Mon premier souvenir d’elle reste sa voix ingénue, de son énumération anatomique, dans la célèbre scène avec Michel Piccoli, du film de Jean-Luc Godard, Le Mépris, avec Fritz Lang, Homère, la Mer Thyrénéenne à Capri vue depuis la Casa Malaparte, joyau architectural de Curzio Malaparte, et le magnifique et majestueux thème musical de Camille, signé Georges Delerue. Une édition du magazine érotique Lui des années 1970, la magnifiait dans ses rondeurs naissantes d’une pudeur dévoilée aux eaux de la Madrague. Elle a quitté la scène, comme sa voisine Grace Kelly, pas pour un prince avec la bénédiction du Vatican, mais essentiellement par un haut le corps, par écoeurement. Voyons-nous maintenant la synchronicité, d’une part, de sa défense des animaux pleine d’amour, et, d’autre part, du carnage bovin actuel perpétré par les forces de l’ordure. Sa naissance au ciel vient-elle d’un saisissement de coeur face à cet insupportable massacre ? En serait-elle une victime collatérale ? Quel aurait été l’impact de sa voix aujourd’hui encore, si elle avait tonné de toute sa gouaille pour brandir l’étendard de Marianne, comme une Jeanne d’Arc qui aurait échappé au bûcher de Rouen, mais qui serait encore là pour conduire l’assaut des redoutes d’Orléans, de son Verbe haut, dénonçant l’usurpation contemporaine ? Qui de ses bras lassés de tant d’étreintes lui reprendra l’étendard ensanglanté ?
Alain Soral et E&R
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