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Zelensky piégé par Moscou et Washington

L’évolution du rapport de forces sur le champ de bataille ukrainien et l’épisode tragique du G20 de Bali marquent un retournement de situation. Si les Occidentaux croient toujours vaincre prochainement Moscou, les États-Unis ont déjà débuté des négociations secrètes avec la Russie. Ils s’apprêtent à lâcher l’Ukraine et à faire porter le chapeau au seul Volodymyr Zelensky. Comme en Afghanistan, le réveil sera brutal.

 

Discutant, il y a une dizaine de jours à Bruxelles, avec un chef de file des députés européens que l’on dit ouvert d’esprit, je l’écoutais me dire que le conflit ukrainien était certes complexe, mais que la chose la plus évidente était que la Russie avait envahi ce pays. Je lui répondis en observant que le droit international faisait obligation à l’Allemagne, à la France et à la Russie d’appliquer la résolution 2202, ce que Moscou, seul, avait fait. Je poursuivais en lui rappelant la responsabilité de protéger les populations en cas de défaillance de leur propre gouvernement. Il me coupa la parole et me demanda : « Si mon gouvernement se plaint du sort de ses ressortissants en Russie et attaque ce pays, vous trouverez cela normal ? ». Oui, lui répondis-je, si vous avez une résolution du Conseil de sécurité. En avez-vous une ? Décontenancé, il changea de sujet. Trois fois, je lui demandais si nous pouvions aborder la question des « nationalistes intégraux » ukrainiens. Trois fois, il refusa. Nous nous séparâmes avec courtoisie.

La question de la responsabilité de protéger aurait dû être nuancée. Ce principe n’autorise pas une guerre, mais une opération de police, menée avec des moyens militaires. C’est pourquoi le Kremlin veille à ne pas désigner ce conflit comme une « guerre », mais comme une « opération militaire spéciale ». Les deux manières de parler désignent les mêmes faits, mais « opération militaire spéciale » limite le conflit. Dès l’entrée de ses troupes en Ukraine, le président russe, Vladimir Poutine, a précisé qu’il n’entendait pas annexer ce territoire, mais uniquement libérer les populations persécutées par les « nazis » ukrainiens. Dans un long article précédent, j’ai indiqué que, si l’expression « nazis » est juste au sens historique, elle ne correspond pas à la manière dont ces gens se désignent. Ils utilisent l’expression : « nationalistes intégraux ». Rappelons que l’Ukraine est le seul État au monde à disposer d’une Constitution explicitement raciste.

Le fait d’observer que le droit international donne raison à la Russie ne signifie pas qu’on lui donne un blanc-seing. Chacun doit critiquer la manière dont elle applique le droit. Les Occidentaux trouvent toujours la Russie « asiatique », « sauvage » et « brutale », même s’ils se sont montrés eux-mêmes bien plus destructeurs en de nombreuses occasions.

 

Renversement de situation

Les points de vue des Russes et des Occidentaux ayant été précisés, force est de constater que plusieurs événements ont suscité une évolution occidentale.

• Nous entrons dans l’hiver, une saison rude en Europe centrale. La population russe a conscience, depuis l’invasion napoléonienne, qu’elle ne peut pas défendre un pays aussi grand. Aussi a-t-elle appris à utiliser précisément l’immensité de son territoire et les saisons pour vaincre ceux qui l’attaquaient. Avec l’hiver, le front est figé pour plusieurs mois. Chacun peut constater que, contrairement au discours selon lequel les Russes sont vaincus, l’armée russe a libéré le Donbass et une partie de la Novorussia.

• Avant que l’hiver ne tombe, le Kremlin a replié la population libérée qui habitait au nord du Dniepr, puis a retiré son armée, abandonnant la partie de Kershon située sur la rive Nord du Dniepr. Pour la première fois, une frontière naturelle, le fleuve Dniepr, marque une frontière entre les territoires contrôlés par Kiev et ceux contrôlés par Moscou. Or, durant l’entre-deux-guerres, c’est l’absence de frontières naturelles qui a fait tomber tous les pouvoirs successifs en Ukraine. Désormais, la Russie est en position de tenir.

• Depuis le début du conflit, l’Ukraine peut compter sur l’aide illimitée des États-Unis et de leurs alliés. Or, les élections de mi-mandat aux USA ont enlevé la majorité de l’administration Biden à la Chambre des représentants. Désormais, le soutien de Washington sera limité. Identiquement, l’Union européenne trouve aussi ses limites. Ses populations ne comprennent pas la hausse des coûts de l’énergie, la fermeture de certaines usines et l’impossibilité de se chauffer normalement.

• Enfin, dans certains cercles de pouvoir, après avoir admiré les talents de communiquant de l’acteur Volodymyr Zelensky, on commence à s’interroger sur les rumeurs concernant sa soudaine fortune. En huit mois de guerre, il serait devenu milliardaire. L’imputation est invérifiable, mais le scandale des Pandora Papers (2021) la rend crédible. Est-il nécessaire de se saigner aux quatre veines pour ne pas voir arriver les dons en Ukraine, mais disparaître dans des sociétés off shore ?

Les Anglo-Saxons (c’est-à-dire Londres et Washington) souhaitaient transformer le G20 de Bali en sommet antirusse. Ils avaient d’abord fait pression pour que Moscou soit exclu du Groupe comme ils y sont parvenus au G8. Mais si la Russie avait été absente, la Chine, de très loin le premier exportateur mondial, ne serait pas venue. Aussi, c’est le Français Emmanuel Macron qui a été chargé de convaincre les autres invités de signer une déclaration sanglante contre la Russie. Durant deux jours, les agences de presse occidentales ont assuré que l’affaire était dans le sac. Mais, en définitive, la déclaration finale, si elle résume le point de vue occidental, ferme le débat en ces mots : « Il y avait d’autres points de vue et différentes évaluations de la situation et des sanctions. Reconnaissant que le G20 n’est pas le forum pour résoudre les problèmes de sécurité, nous savons que les problèmes de sécurité peuvent avoir des conséquences importantes pour l’économie mondiale. » En d’autres termes, pour la première fois, les Occidentaux ne sont pas parvenus à imposer leur vision du monde au reste de la planète.

 

Le piège

Pire : les Occidentaux ont imposé une intervention vidéo de Volodymyr Zelensky comme ils l’avaient fait, le 24 août et le 27 septembre, au Conseil de sécurité des Nations unies. Or, alors que la Russie avait vainement tenté de s’y opposer en septembre à New York, elle l’a accepté en novembre à Bali. Au Conseil de sécurité, la France, qui détenait la présidence, avait violé le règlement intérieur pour donner la parole à un chef d’État par vidéo. Au contraire, au G20, l’Indonésie tenait une position absolument neutre et ne risquait pas d’accepter de lui donner la parole sans autorisation russe. Il s’agissait à l’évidence d’un piège. Le président Zelensky, qui ne connaît pas le fonctionnement de ces instances, y est tombé.

Après avoir caricaturé l’action de Moscou, il a appelé à l’exclure du… « G19 ». En d’autres termes, le petit Ukrainien a donné, au nom des Anglo-Saxons, un ordre aux chefs d’État, Premiers ministres et ministres des Affaires étrangères des 20 plus grandes puissances mondiales et n’a pas été entendu. En réalité, le litige entre ces dirigeants ne portait pas sur l’Ukraine, mais sur leur soumission ou pas à l’« ordre mondial américain ». Tous les participants latino-américains, africains et quatre asiatiques ont dit que cette domination était finie ; que désormais le monde est multipolaire.

Les Occidentaux ont dû sentir le sol trembler sous leurs pieds. Ils n’ont pas été les seuls. Volodymyr Zelensky a vu, pour la première fois, que ses parrains, jusqu’ici maîtres absolus du monde, le laissaient tomber sans hésiter pour maintenir quelques temps encore leur position.

Il est probable que Washington a été de mèche avec Moscou. Les États-Unis constatent qu’à l’échelle du monde, les choses tournent à leur désavantage. Ils n’auront aucune hésitation à faire porter le chapeau au régime ukrainien. William Burns, directeur de la CIA et opposant à la ligne straussienne, a déjà rencontré Sergueï Narychkine, le directeur du SVR, en Turquie. Ces entretiens font suite à ceux du straussien Jacob Sullivan, le conseiller national à la sécurité US, avec plusieurs officiels russes. Or, Washington n’a rien à négocier en Ukraine. Deux mois avant le conflit en Ukraine, j’expliquais que le fond du problème n’avait aucun rapport avec ce pays, pas plus qu’avec l’OTAN. Il porte essentiellement sur la fin du monde unipolaire.

Aussi ne faut-il pas s’étonner que, quelques jours après la gifle du G20, Volodymyr Zelensky ait contredit, pour la première fois en public, ses parrains états-uniens. Il a accusé la Russie d’avoir lancé un missile sur la Pologne et a maintenu ses propos lorsque le Pentagone a indiqué qu’il avait tort, c’était un contre-missile ukrainien. Il s’agissait pour lui de continuer à agir dans la droite ligne du traité de Varsovie, conclu le 22 avril 1920, par les nationalistes intégraux de Symon Petlioura avec le régime de Piłsudski ; de pousser la Pologne à entrer en guerre contre la Russie. C’est la seconde fois que Washington faisait sonner une clochette à ses oreilles. Il ne l’a pas entendue.

Probablement, ces contradictions ne vont plus se manifester en public. Les positions occidentales vont s’assouplir. L’Ukraine est prévenue : dans les prochains mois, elle va devoir négocier avec la Russie. Le président Zelensky peut prévoir dès à présent sa fuite car ses compatriotes meurtris ne lui pardonneront pas de les avoir dupés.

Thierry Meyssan

 

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28 Commentaires

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  • #3068899
    Le 24 novembre à 17:00 par Domino
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    Zelenski est piégé par Moscou et Washington, mais aussi par Londres où la caste financière (*) lui maintient, à travers les services britanniques, le pistolet sur la tempe, tout en lui versant des sommes colossales logées dans des paradis fiscaux. Les intérêts de cette caste, qui veut "à tout prix" maintenir le monde unipolaire, ne se confondent qu’avec une partie du pouvoir américain. Visiblement, l’autre partie considère, avec les autres pays de l’OTAN, que le prix à payer est trop élevé compte tenu de la supériorité militaire russe, de l’impréparation des armées et de la désapprobation populaire grandissante.
    (*) « L’Ukraine est une pièce essentielle que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre sur l’échiquier géopolitique... Sans l’Ukraine, l’ordre mondial pourrait ne pas survivre. » (Nathaniel Rothschild, 27 février 2022)

     

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  • #3068934
    Le 24 novembre à 18:16 par Sergey
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    Ils feront porter le chapeau à l’Ukraine et à l’UE. La Russie cherchera à récupérer toute l’Ukraine, mais l’UE sera anéantie et en grande souffrance par l’effet boomerang des sanctions, car la Russie souhaite faire payer l’ingérence de l’UE, ces gentils de l’aide humanitaire. Attention de ne pas voir un déferlement d’alliés de la Russie dans les pays membres de l’UE, la Russie ne pardonnera pas pour les russes tués avec des armes occidentales, c’est le mot d’ordre à Moscou, de faire payer cette ingérence. Le président russe avait averti ces pays.

     

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    • #3069109
      Le 24 novembre à 23:42 par Trouty
      Zelensky piégé par Moscou et Washington

      Je ne crois pas que la Russue veuille toute l’Ukraine. La partie ouest est pro-européenne

       
    • #3069133
      Le 25 novembre à 02:36 par bh426nu2
      Zelensky piégé par Moscou et Washington

      Ca sert à rien le reste de l’Ukraine

       
    • #3069137
      Le 25 novembre à 03:10 par Gbqcca
      Zelensky piégé par Moscou et Washington

      La région très à l’ouest de Ukraine est très hostile à la Russie. Cette région pourrait être retournée à la Pologne. Une région plus au sud sera récupérée par la Roumanie. Et la nouvelle Ukraine ne sera plus qu’un fleuve de 100 kilomètres avec une capitale au milieu.

       
    • #3069163
      Le 25 novembre à 05:29 par Holala !
      Zelensky piégé par Moscou et Washington

      Attention de ne pas voir un déferlement d’alliés de la Russie dans les pays membres de l’UE,
      J’espère qu’ils viendront, depuis le temps que je le souhaite, ils seront les bienvenus chez moi
      Poutine, vite !

       
    • #3069186
      Le 25 novembre à 06:48 par Fautquecachange
      Zelensky piégé par Moscou et Washington

      Votre analyse est parfaitement étayée par l’interview du vice président Tolstoï du sénat russe, par le media stream BFM, après les missiles tombés en Pologne. Un régal de réalités et perspectives assénées aux dirigeants des puissances occidentales.

       
    • #3069191
      Le 25 novembre à 07:12 par Denis
      Zelensky piégé par Moscou et Washington

      Ok sur votre 1ère phrase.
      Pour le reste j’en doute car (1) conquérir l’Ukraine n’est pas le but de guerre des Russes et (2) les Russes n’appliquent pas la Loi du talion. Lorsqu’ils se sont fait descendre des avions en Syrie, une fois par la Turquie l’autre par Israël, ils n’ont pas fait de rétorsion (J’aurais pu écrire "retord-sion", s’agissant de Loi du talion).

       
  • #3068955
    Le 24 novembre à 19:13 par FranceLibre
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    Dur de prédir l’avenir sur ce conflit : il y a trop de mauvaises choses en ukraine, trop de traffics et d’argents pour que les USA et surtout Biden abandonnent Zelensky.
    Le fils Biden, les laboratoires secrets ukrainiens, les meres porteuses pour les lgbt...

     

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  • #3069013
    Le 24 novembre à 20:56 par agri
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    même s’il n’a pas une véritable constitution , l’état israélien a des lois fondamentales, qui font de ce pays un état juif, pour les juifs du monde entier ,alors que parallèlement, les non juifs qui vivent sur le territoire israélien, dont certains depuis des dizaines de générations, ne bénéficient pas des mêmes droits .
    Je suis étonné que Mr Meyssan, ne considère pas Israel, comme un pays ayant une Constitution explicitement raciste.

     

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  • #3069034
    Le 24 novembre à 21:18 par X
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    Je suis fier que mon pays d’origine l’Algérie soit allié de la Russie.

     

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  • #3069386
    Le 25 novembre à 12:28 par ursus
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    Le petit "chose" Zelenski n’a pas réussi à déclencher la troisième guerre mondiale...
    Zut, bon "l’Etat profond" va s’en débarrasser en attendant une prochaine occase !
    Ils n’hésitent jamais à sacrifier l’un des leurs...

     

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  • #3069394
    Le 25 novembre à 12:34 par ursus
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    Zelenski pourra toujours se réfugier en Israël où de nombreux escrocs ont trouvé en base arrière...

     

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  • #3069451
    Le 25 novembre à 14:10 par Argiotalus
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    La plus belle fakenews du jour nous vient de France 24 qui nous invente un sosie de zelinski qui serait d origine tchétchène donc prorusse et qui serait à l origine de tout les discours belliqueux en place et lieu du président de l Ukraine , histoire sans doute de trouvé des excuses au pseudo comique de kiev

     

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  • #3069533
    Le 25 novembre à 16:55 par crachetonvenin2
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    L’Ukraine "piégée" par Moscou et Washington, mais pas par l’UE et donc la France qui contient des forces pas encore en première ligne y compris chez elle.
    La Russie et les USA sans aucune réserve dans bien des domaines avec - au loin - un volume occidental européen autre qui peut aussi s’allier à des énergies nouvelles dans le monde. L’appréciation de la situation en Ukraine sur un modèle qui fait encore et toujours référence au passé "guerre froide" avec ses deux blocs montre un manque de connaissance de la véritable situation par exemple française.
    L’Europe et donc la France non pas un piège mais une porte pour l’Ukraine qui connait déjà quelques parties de la maison à Bruxelles.

     

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  • #3069673
    Le 25 novembre à 22:41 par Kal
    Zelensky piégé par Moscou et Washington

    En dehors de Washington, Zelinsky combien de divisions ?

     

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