C’est la question que pose Piotr Smolar, le correspondant du Monde à Washington, le poste le plus envié des journalistes mainstream (oxymore), dans un article intitulé « Israël, la nouvelle obsession du mouvement trumpiste aux États-Unis », et daté du 29 décembre 2025.
De quoi est-il question ? La veille de la rencontre entre Trump et Netanyahou, au cours de laquelle Trump a rassuré le criminel de guerre en menaçant (en paroles) le Hamas et l’Iran, le très honorable correspondant de la Pravda française (ou plutôt israélo-américaine) a analysé les nouveaux rapports que la droite républicaine US entretenait avec Israël. Autant le dire tout de suite : un désamour.
De Israel First à America First
Il est loin le temps où les républicains étaient les carpettes de l’AIPAC et les soutiens fervents, parfois jusqu’à la mort (de soldats américains, pas de congressistes ou de sénateurs), de la politique colonialiste mortifère de l’entité israélienne. Le nouvel axe intérieur-extérieur Fuentes-Owens-Carlson-Vance (on met Musk de côté) donne une idée du catamaran trumpiste qui a confisqué le débat aux démocrates. Pendant que Trump ment aux sionistes ultra, ils lancent le débat autour de l’israélisme, et ils y vont fort, voyez Fuentes, le chien fou de Trump qui pose une grosse question au Système.
Le message inquiétant passe dans la diaspora américaine, et maintenant française : la prise n’est plus assurée, en Amérique. Il reste « heureusement » la France. Smolar, qui transmet l’inquiétude, commence par Bannon, qui est toujours influent.
Benyamin Netanyahou ne peut négliger l’évolution du débat américain, notamment parmi les jeunes républicains. Elle fut flagrante lors de la conférence AmericaFest, grand rassemblement du monde MAGA (Make America Great Again), qui s’est tenue à Phoenix (Arizona), du 18 au 21 décembre. L’un de ses idéologues, Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, a dressé une opposition entre « Israel First » (« Israël d’abord ») et « America First » (« l’Amérique d’abord »), contrat originel du trumpisme. « Israël a besoin de sa souveraineté. Israël a besoin d’être indépendant. Si Israël veut s’en prendre à la Syrie, qu’il y aille. Si Israël veut aller au Liban, qu’il y aille, mais n’entraînez pas les États-Unis dans une autre guerre sans fin. »
Et là on en arrive au point névralgique. Vance donne un discours à UnHerd le 22 décembre 2025, lance une deuxième bombe après celle de Bannon. Smolar va frôler l’AVC :
J. D. Vance, dans le même entretien, a qualifié Israël d’« allié important », mais avec lequel « nous allons aussi avoir des désaccords substantiels », a-t-il ajouté. Sur le réseau X, quelques jours plus tôt, il expliquait qu’il y avait une différence entre « ne pas aimer Israël (ou désapprouver une politique donnée d’Israël) et l’antisémitisme ». Une formulation incroyable. Que peut bien signifier « ne pas aimer Israël » ?
C’est le pompon ! Comment peut-on ne pas aimer Israël ? Et là, toute la maison israélo-américaine s’effondre : Marjorie, notre copine à moitié dingo mais cash comme pas deux, soutient que l’armée israélienne a commis un génocide à Gaza (43 % des Américains sont d’accord avec elle) ; seuls 55 % des Américains ont une opinion favorable du gouvernement Netanyahou ; Trump qui annonce, ce vicieux, que le Congrès est devenu antisémite, puis qui serre la main au djihadiste Jolani, genre c’est de la realpolitik !
Au-delà du « nazi » Fuentes, c’est Candace qui exaspère Smolar. Heureusement, c’est un tourbillon de mensonges et de fantasmes...
À ce débat s’ajoute un tourbillon de fantasmes et de mensonges. L’affaire du prédateur sexuel Jeffrey Epstein, qui continue à tourmenter la Maison-Blanche faute d’une véritable transparence sur les archives judiciaires, est l’une des fièvres MAGA. Beaucoup imaginent l’ancien financier comme un agent des services israéliens. C’est le cas de Candace Owens, qui accusait Israël, à la mi-novembre, de « faire chanter » Donald Trump dans cette affaire.
C’est pas gagné pour Israël, qui commence à se faire désaimer un peu partout, aux USA et dans le monde. On se demande bien pourquoi, Piotr. Justement, la journaliste montante de la chaîne NewsNation, Batya Ungar-Sargon, qui se dit pourtant pro-Israël, est désormais sur la ligne de Bannon :
« Ce qui a changé, c’est que les gens en ont marre de l’aide pour l’étranger, ils ne veulent plus financer ni l’Ukraine ni Israël. Je suis d’accord avec cela. Ce n’est pas une position anti-israélienne, c’est America First. »
La revitalisation de la doctrine Monroe permet de se débarrasser de l’encombrant soutien à Israël, mais en douceur, avec le double discours qui sied à la politique trumpienne.
Mince, on allait oublier : qui est Piotr Smolar ?
Du fait de l’histoire de sa famille, Piotr Smolar est très tôt plongé dans l’actualité politique, en particulier à cause de l’emprisonnement de son père, poursuivi puis contraint à l’exil et de son grand père Grzegorz Smolar, ayant choisi la nationalité israélienne. [...]
Entre 2014 et 2019, il est correspondant du journal Le Monde à Jerusalem. [...]
Un mauvais Juif (Les Équateurs, 2019). Ouvrage dans lequel il évoque l’enquête qu’il a menée sur les origines de sa famille, autour de la personnalité de son grand-père, héros du ghetto de Minsk, à la fois polonais et juif, résistant et communiste, tout en évoquant les difficultés à exercer son métier de journaliste à Jérusalem. (Wikipédia)
Piotr Smolar, d’origine juive polonaise, est interrogé par Sonia Devillers, d’origine juive roumaine : « Il fallait que je dissimule mon identité ».
Ne ratez pas l’épisode précédent : La question juive divise le mouvement MAGA.


et
!





