Comme Alain Soral, je me réjouis qu’en Syrie, plusieurs religions puissent cohabiter sans heurts, mais par quel mécanisme institutionnel est-ce possible si, comme il le dit, la laïcité n’existe pas dans ce pays ?
Car c’est dans la nature des religions de se combattre, éventuellement pour affirmer chacune qu’elle est la seule vraie, et de toute façon pour prendre des parts de marché. L’idéal pour une religion est de s’imposer comme unique sur un territoire, mais quand avec les facilités de circuler, il est apparu qu’on devait accepter un multiculturalisme religieux, une solution trouvée a été une certaine neutralité de l’Etat (dite "laïcité").
Même en France, elle reste théorique (par exemple, le président de la République et les ministres, quelles que soient leurs croyances personnelles, assistent constamment, es-qualité, à des messes). Mais en posant que la religion est une affaire privée, elle est censée éviter des favoritismes.
Cette méthode n’est peut-être pas la seule ni la meilleure pour assurer la paix. En Syrie, l’Etat subventionne-t-il les cultes ? Selon quelle clé de répartition ? Par rapport à la majorité sunnite, les minorités sont-elles particulièrement "protégées" ? De quelle façon ? Bref, si l’Etat n’est pas "séparé" des Eglises (définition de la laïcité), comment leur est-il lié ?
Par ailleurs, il faut distinguer la "laïcité" (séparation de l’Etat des religions) et la "religion du progrès", diffusée par la Franc-maçonnerie et qui répand la croyance que le progrès technique et le suffrage universel apportent le paradis sur Terre (le "progrès humain").
Cette religion, créée au service de la bourgeoisie industrielle (comme les monothéismes l’ont été pour les propriétaires terriens) a évidemment bénéficié pour sa diffusion de la (relative) neutralité de l’Etat en France, en comparaison de l’époque où une seule religion contrôlait tous les rouages de l’Etat (notamment l’éducation des enfants). Mais la religion du progrès n’est qu’une religion parmi d’autres, alors que la laïcité est simplement une technique pour éviter les guerres entre religions. Ce sont donc deux choses différentes.
La religion du progrès est actuellement contestée, du fait des conséquences du progrès technique sur la Nature et sur les liens sociaux. On peut aussi contester que la laïcité soit le seul et le meilleur moyen d’éviter les guerres de religions (et de ne pas persécuter les athées). On gagnerait donc peut-être à mieux connaître le modèle syrien.