La Bible n’est pas une cause, c’est un instrument
Si la politique israélienne avait une « permanence biblique », elle serait la même sous David Ben Gourion (socialiste laïc), sous Menahem Begin (libéral-nationaliste) et sous Benyamin Netanyahou (populiste de droite). Or ce n’est pas le cas. Les références bibliques changent de sens et d’intensité selon les époques. Années 1950-60 : le discours sioniste social-démocrate est largement sécularisé. La Bible est une « chronique nationale », pas un code juridique. Après 1967 : la conquête de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est réactive des motifs bibliques (Judée-Samarie, mont du Temple). Pourquoi ? Parce qu’il faut légitimer l’occupation de territoires conquis militairement. Années 1980-2000 : l’essor du mouvement des colons (Gush Emunim) et du sionisme religieux transforme la Bible en titre de propriété. Pourquoi ? Parce que le retrait du Sinaï (1982) et les accords d’Oslo (1993) créent une crise de légitimité qu’on résout par un ancrage théologique. Ce n’est pas la Bible qui produit la politique, c’est la politique (rapports de force, conquête, colonisation) qui va chercher dans la Bible des justifications a posteriori. La « permanence » est un effet rhétorique, non une réalité causale. Ce qui est vraiment permanent, c’est le rapport de force matériel
Si on veut chercher une permanence, elle n’est pas biblique mais structurelle, les constantes de la politique israélienne depuis 1948 sont : L’appropriation des terres et des ressources (eau, énergie, zones agricoles) au détriment des Palestiniens. La gestion d’une main-d’œuvre palestinienne bon marché (permis de travail, enclaves, checkpoints). La dépendance militaire et économique vis-à-vis d’une grande puissance (d’abord France, puis États-Unis). Ces permanences-là sont matérielles, et elles existent quel que soit le discours biblique du moment. Le jour où Israël évacuerait tous les territoires occupés et renoncerait au contrôle des ressources, la « permanence biblique » disparaîtrait du discours officiel du jour au lendemain. Preuve qu’elle n’avait rien de permanent. Comparaison avec d’autres « permanences sacrées ». Le régime de Poutine parle de la « permanence orthodoxe » de la Russie. Les nationalistes hindous parlent de la « permanence védique » de l’Inde. Les États-Unis parlent de leur « permanence de la destinée manifeste ». Ces permanences sacrées apparaissent ou disparaissent selon les besoins du moment.
Alain Soral et E&R
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