Lucien Cerise : « L’ennemi commun des gauchistes et du capitalisme est la notion de limite »
13 mai 16:51, par Langue et PoiesisÀ force de tout appeler “ingénierie sociale”, le concept finit par ne plus rien vouloir dire. Oui, les sociétés influencent les comportements. Oui, il y a une volonté de certains d’orienter le comportement des foules sous leur propre contrôle et leur propre vouloir.
Mais enseigner, transmettre, convaincre ou chercher un ordre rationnel n’équivaut pas automatiquement à vouloir “programmer les esprits”. Sinon toute philosophie, toute éducation et même toute discussion deviennent de la manipulation forgée par une caste de puissants au détriment des masses.
À ce titre, ramener Platon au positivisme est fondamentalement très très fort (de café), et fondamentalement soit une ânerie, soit une considération très casse-gueule : je veux bien admettre du positivisme (très relatif) chez Platon l, dans le sens où il y a dans sa philosophie la quête de devenir meilleur de l’humanité, ainsi que la définition précise de ce qu’est ce devenir meilleur, comment il est possible, ce qu’il implique ; mais de là à le lisser sur le positivisme de Comte, on va arrêter de déconner. Platon ne cherchait pas à “programmer des PNJ”, mais à penser les conditions d’un ordre juste et rationnel. On peut critiquer sa vision sans transformer toute recherche de vérité ou d’unité en projet de domination cachée.
En philosophie, il faut être rigoureux ; je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi Cerise va sur ce terrain là alors que ce qu’il decrit sur l’ingénierie sociale actuelle est, somme toute, assez correct.
Car il y a une différence abyssale, du point de vue ontologique, entre penser un ordre rationnel du monde et du politique, et concevoir scientifiquement des techniques de pilotage comportemental fondées sur l’administration, la fonctionnalisation et la predictibilité.
Alain Soral et E&R
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