Trump remet de l’ordre dans la maison Monde
22 janvier 18:09, par Langue et PoiesisTrump est dans l’immanence du monde. Il est frappant de l’entendre user et abuser du phrasé de l’homme du quotidien, dans toute sa simplicité et sa capacité à dire les choses telles qu’elles sont, sans enrobage psycho-émotionnel. Il parle de ses discussions avec ses homologues, comme on raconterait ça dans la sphère privée avec des amis. Trump parle froidement, presque chirurgical.
Et c’est là tout le non-changeant du changeant Donald Trump. Par son phrasé de l’homme du quotidien et par sa capacité à dire les choses avec flegme, Trump balaie la rigidité des catégories conceptuelles que la philosophie occidentale a utilisées pour définir les fondements de la modernité. Ce phrasé et cette appréciation froide des choses - il suffit de prendre exemple sa moquerie à l’égard de Macron à Davos 2026 - contribuent fondamentalement à amplifier voire révéler au monde les antagonismes en jeu afin de générer ou de constater une cohérence globale se transformant. Alors que les Européens sont prisonniers de leur paradigme moderne qui consiste à lire le réel et à agir sur lui par des catégories abstraites et rigides les unes des autres (négociation/confrontation ; parole/action ; libéralisme/étatisme...) sans possibilité rationnelle d’après la logique admise de les articuler, Trump passe de l’un à l’autre, comme on passe du coq à l’âne : derrière une absence de logique rationnelle, Trump produit ainsi des tensions, des peurs, des doutes, des inquiétudes, notamment chez les dirigeants européens, mais aussi au sein des peuples européens (cf les réactions épidermiques des gens à son sujet sur les réseaux sociaux). Et une fois que les antagonismes sont révélés ou amplifiés, Trump passe à l’action radicale, celle qui bouscule l’ordre en place bien confortable pour une certaine elite moderne sclérosée dans ses catégories caduques. En réalité, Trump exacerbe les contradictions et témoigne, bien qu’il n’en soit peut-être pas conscient, d’un réel fait de forces contraires et opposées, non s’annulant les unes les autres, mais bien plutôt se tenant en respect mutuellement au service de l’apparition d’une cohérence fondamentale se formant et se transformant au gré de l’histoire.
Et dans ce monde, la Chine est comme un poisson dans l’eau. Depuis bien longtemps, elle a intériorisé ce cadre conceptuel du monde comme forces qui s’opposent et co-existent au service de la cohérence : la sienne, et celle du monde.
Le retour de la dialectique.
Alain Soral et E&R
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