Tensions entre le Crif et le Likoud
À la suite de la rencontre historique entre Marine Le Pen et l’ambassadeur d’Israël, Joshua Zarka, à Paris le 15 avril, les hostilités sont définitivement lancées entre les principaux dirigeants du Crif (à commencer par Yonathan Arfi, qui s’en est confié à Mediapart le 9 mai) et les partisans de la ligne dure du Likoud, largement représentée en France par Gilles-William Goldnadel.
Richard Abitbol, président d’honneur de la Confédération des juifs de France et amis d’Israël (CJFAI) et vice-président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), accuse dans Tribune juive le 11 mai : « Il faut désormais avoir le courage de dire ce qu’une immense partie des Juifs français pense tout bas : le CRIF, le Consistoire et une partie des institutions communautaires ne représentent plus réellement la base juive française. Ils représentent un appareil. Un entre-soi. Une sociologie vieillissante. Un logiciel politique périmé. Une respectabilité médiatique devenue leur obsession principale. […] Le CRIF n’est pas élu par les Juifs de France. Il fonctionne comme une fédération opaque d’associations et d’appareils internes dont l’immense majorité des Juifs ignore même les mécanismes de désignation. Quant au Consistoire, chacun sait que les taux de participation aux élections consistoriales sont dérisoires. À peine quelques pourcents des membres se déplacent parfois. Quelques centaines de votants prétendent ainsi parler au nom de centaines de milliers de Juifs français. […] La vérité est devenue insupportable : les institutions communautaires parlent encore comme si nous étions dans la France des années 1980. […] Pendant des décennies, les Juifs de France ont largement voté pour la gauche républicaine, le centre ou la droite modérée. […] Alors oui : une partie croissante des Juifs regarde désormais vers le RN, […] parce qu’ils ont le sentiment que ce sont désormais les seuls à nommer clairement les dangers qu’ils vivent quotidiennement. […] Les Juifs français ne votent plus selon les catégories idéologiques du XXe siècle. Ils votent selon une angoisse existentielle du présent. Et tant que les institutions communautaires refuseront de comprendre cela, le fossé continuera de devenir abyssal. »
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Antiracisme contre antisémitisme
En Suisse romande, la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) a déposé une plainte pénale pour diffamation contre le CDDH (Collectif pour la défense des droits humains). Depuis de nombreuses années, la CICAD intervient dans les établissements scolaires de Suisse romande pour proposer des « programmes de prévention contre le racisme et l’antisémitisme » ; le CDDH avait publiquement accusé la CICAD de stigmatiser certaines communautés dans ses outils pédagogiques et de mener une action partisane : « La CICAD nuit à la lutte contre l’antisémitisme et les autres formes de racisme, notamment en propageant un amalgame fallacieux entre antisionisme et antisémitisme, en se faisant l’avocat du régime israélien et de son idéologie sioniste dans la sphère publique, et en stigmatisant les personnes arabes et musulmanes dans ses outils pédagogiques. […] L’argent des contribuables ne devrait pas financer un tel détournement de la lutte antiraciste, ni la propagande au service d’un État étranger commettant de graves violations du droit international et des droits humains. » La CICAD rejette ces accusations et considère qu’elles portent atteinte à son honneur et à sa crédibilité.
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Statistiques antisémites
En Suisse, un fossé considérable sépare les chiffres publiés par la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) et ceux de la Commission fédérale contre le racisme (CFR). Pour 2025, la CICAD recense 2 438 actes antisémites en Suisse romande, soit 40 fois plus que les 60 cas rapportés par la CFR pour l’ensemble de la Suisse.
Ces deux organismes s’appuient sur des méthodes et des définitions sensiblement différentes. La CFR centralise les données de 26 centres de conseil auprès des victimes et n’intègre pas les simples signalements. Elle définit l’antisémitisme comme tout rejet envers des personnes perçues comme juives. La CICAD, elle, fonde ses statistiques sur des signalements collectés directement (par téléphone, courriel ou formulaire en ligne), surveille les réseaux sociaux et adopte une définition plus large, incluant l’antisionisme.
Selon le rapport de la CFR, les actes antisémites ont légèrement reculé entre 2024 et 2025, passant de 66 à 60. L’organisme fédéral recense par ailleurs 1 245 cas de discrimination toutes communautés confondues, soit la moitié du chiffre avancé par la CICAD pour la seule communauté juive en Romandie. L’écart avec la France est également remarquable : le ministère de l’Intérieur y a comptabilisé 1 320 actes antisémites en 2025 pour un pays huit fois plus peuplé.


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