J’ai vécu à Bordeaux de 1996 à 2000. Je vivais seule avec ma fille (10 ans à l’époque). J’avais tout pour être heureuse. Un seul problème : les bordelais.
A l’époque les Français (souvent des couples jeunes) qui arrivaient à Bordeaux partaient au bout de 2 ans en moyenne. Ce sont surtout les femmes qui ne supportent pas la mentalité. C’est une mentalité bourgeoise bien sûr, mais je dirais "pire que ça encore" parce que si vous n’êtes pas Bordelais on vous considère comme un sous-homme. Comme je vivais seule avec ma fille, quelqu’un m’a même demandé si j’étais lesbienne !!!!! vous imaginez la mentalité. J’ai constaté que les veuves se remariaient à toute vitesse car, dans la société bordelaise, on n’invite jamais une femme seule (même si elle est riche). En revanche, il est de bon ton d’avoir un homosexuel à sa table : ça fait intello, art moderne, enfin toutes les conneries du monde.
Un jour, prise de colère, le 18 juin 1998, j’écris à Alain Juppé à son domicile particulier, pour lui faire part des difficultés qu’il y a à s’intégrer à Bordeaux. Voici un extrait de sa lettre en réponse (écrite à la main) ::
"Je comprends votre déception ; je mentirais si j’affirmais que votre sentiment d’isolement, vos difficultés d’insertion dans la vie bordelaise sont chose rare. Il est vrai que beaucoup de nouveaux bordelais vivent cette épreuve. Et pourtant moi qui [passage personnel évoquant sa mère], je rencontre beaucoup de gens chaleureux. Davantage dans les milieux populaires, je vous l’accorde, que dans la bourgeoisie."
Il m’exhorte ensuite à tenir le coup "Rien n’est perdu ! Pour ma part je persévère".
Je n’ai pas tenu le coup et suis remontée à Paris et ma fille et moi nous sommes senties libérées d’un poids !