Les Chroniques de Youssef Hindi #72 – Géopolitique des peuples élus
5 juin 18:17, par MauriceSuite,
Le cœur du problème au delà de l’étalage de faits bruts, les bulles papales ne sont pas des textes théologiques purs, mais des actes politiques et économiques pris dans un contexte de production et de rapports de force historiques.
Les superstructures (religion, droit, morale) tendent à refléter et légitimer les rapports de production dominants.
Au XVe siècle, ce n’est pas encore la bourgeoisie industrielle, mais une bourgeoisie marchande et bancaire (Portugal, Espagne, Italie du Nord). Cette bourgeoisie a besoin de nouveaux espaces d’investissement (terres, mines, plantations, traite esclavagiste). Elle a besoin d’une légitimation morale pour piller et asservir, en contradiction avec le droit canonique classique (qui interdit l’esclavage des chrétiens). L’Église, en tant que grande propriétaire foncière et perceptrice de dîmes, n’est pas extérieure au système. Les ordres religieux (jésuites, dominicains) participeront aux reducciones et aux plantations. Les bulles papales sont donc une réponse à une demande économique de la part des monarchies commerciales, qui agissent pour le compte (et parfois contre) de fractions de la bourgeoisie naissante. Karl Marx : dans La Question juive, moque l’État chrétien qui persécute au nom de Dieu alors qu’il s’agit de rapports sociaux. Dans Le Capital, sur “l’accumulation primitive”, il montre que l’Église a participé à l’expropriation des paysans et à la traite. Max Weber : l’éthique protestante, mais aussi l’inverse – l’Église catholique s’est accommodée du capitalisme commercial avant de s’en méfier (contre l’usure, pourtant contournée via les Monts-de-piété).
Alain Soral et E&R
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