Si pour garder l’Arménie dans son giron, Poutine doit se livrer à un spectacle aussi affligeant que celui de Macron avec Khatchatourian, avec des bisous-bisous, des doigts en forme petits coeurs et un show digne de "Pianobiote" , c’est que la Russie aura perdu toute dignité et crédibilité aux yeux du monde civilisé.
Les Américains n’ont dépensé que 5 milliards de dollars et quelques cookies distribués par Victoria Nuland pour prendre le contrôle de l’Ukraine et la forcer à faire la guerre contre la Russie.
J’aurais aimé que la Russie dépensât 10 milliards de dollars et que Lavrov distribuât quelques Песочное кольцо с орехами dans les rues de Kiev pour garder l’Ukraine et éviter la guerre.
Si la Russie échoue à conserver des alliés historiques et proches comme l’Ukraine et l’Arménie, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Insulter les anciens alliés qui ont préféré s’éloigner ne les fera pas revenir, parce que les alliances se font, se défont et se refont. Et l’enjeu, à partir du moment où l’allié est perdu, c’est de le retrouver.
Et donc la question que doit se poser un analyste géopolitique est : comment faire revenir l’Arménie ? Pourquoi se détache-t-elle ? Qu’est-ce qui lui a manqué ? Comment réparer la relation ?
Lavrov ne passe pas son temps à insulter les voisins de la Russie, lui, il pense en analyste géopolitique.
La Russie a les défauts de ses qualités, et comme les Etats-Unis (frontier culture, new frontier), elle n’a pas une conscience très claire de ses limites : leurs voisins plus petits, eux, ont une conscience parfaitement claire de leurs limites. Si les Etats-Unis ne savent pas très clairement où s’arrête leur territoire, le Canada, le Mexique et le Groenland savent très clairement où s’arrête le leur. De même, si la Russie ne sait pas très clairement où s’arrête son territoire, la Finlande, les pays baltes, la Pologne, l’Ukraine, l’Arménie, la Géorgie savent très clairement où s’arrête le leur.
C’est une très ancienne mentalité indo-européenne qui subsiste aujourd’hui aux Etats-Unis et en Russie, du fait de l’immensité des territoires de ces pays. L’Espagne, le Portugal, l’Angleterre, la France, ont eu aussi du XVIe au XXe ce même besoin d’expansion. Le problème des cultures européennes, c’est d’accepter la sédentarisation (la limite) ou de trouver un autre espace à explorer et conquérir : Musk avec ses rêves de Lune et de Mars, tient peut-être la paix de demain entre ses mains...