Pendant que les autorités suisses, dépassées par l’urgence de prendre en charge 115 grands brûlés, à tel point que des spécialistes français ont été appelés, tentent d’identifier les victimes, les réseaux s’écharpent, non sur les raisons du drame, mais sur son déroulement, y voyant un déterminisme socio-logique.
Il y a, d’une part, la mauvaise joie de voir des gosses de riches mourir, et nous évacuerons tout de suite cette branche, qui n’apporte rien, et qui a blessé les Suisses en deuil national. Sur les réseaux sociaux, chacun est libre (et en partie responsable) de ses propos, mais quand ils sont stériles, ils s’annulent tout seuls.
Reste des propos plus poussés, au-delà d’une boîte de nuit ouverte à des mineurs, donc alcoolisables, et qui dit mineurs dit méconnaissance de la vie et de ses lois, notamment physiques. Or, la connaissance des lois physiques qui nous entourent et nous constituent est la première des conditions de survie. Ne pas marcher sur une bouche d’égout ouverte, ne pas slalomer en sens inverse sur l’autoroute. Ne pas marcher sur la queue du tigre, dirait-on plus poétiquement.
Et puis il y a les réflexions plus poussées, comme celle de ce Mehdi. Il résume en trois lignes le propos à la fois non vengeur, et pointu.
filmer au lieu de sauver des vies c’est vraiment le stade terminal du besoin de validation sociale
le cerveau préfère la dopamine d’un post viral à l’action réelle parce que les RS ont transformé chaque tragédie en opportunité de contenu
bienvenue dans un système dopaminergique… https://t.co/jNqfwuAZzb
— Mehdi (e/λ) (@BetterCallMedhi) January 1, 2026
C’est ce qu’on peut appeler une base de réflexion. Sans rendre les adolescents responsables de leur propre mort, on ne peut évacuer la question de la dissociation du réel par le portable, et le fait que les jeunes, aujourd’hui, grâce ou à cause de cet outil, filment leur vie et ses micro-événements, ne prenant pas toujours conscience de cette dissociation, soit l’écart entre le virtuel (indolore et excitant) et le réel (douloureux et souvent morne).
ALERTE INFO : tragédie de Crans-Montana, une nouvelle vidéo accablante
Une nouvelle vidéo dévoilée montre une scène sidérante : aucune évacuation, la musique continue à plein volume, tandis que le feu se propage durant de longues minutes. Autour des flammes, de nombreux… https://t.co/19WOeIajDH pic.twitter.com/cCYO2B6BLJ
— Trump Fact News (@Trump_Fact_News) January 2, 2026
Oui, certains, au lieu d’écouter leur instinct, ont été piégés par ce nouvel instinct de tout filmer, de s’exclure en quelque sorte du dame qui se déroule sous leurs yeux, ne comprenant pas qu’il les englobait aussi. Cette abstraction du réel est la conséquence de la dématérialisation de leurs vies, et elle est addictive, car de nombreux jeunes en vivent, donnant à tous le désir de s’en sortir sans travailler... dans le monde réel, un monde dur parce que régi par des lois dures, intangibles : des lois physiques autant que sociales. Celles de la physique newtonienne et celles des rapports sociaux, la gravité et la hiérarchie.
« Il lui faut sa dose de téléphone »
Cette tragédie ne changera rien au couple formé par l’adolescent et son portable, mais on ne peut pas faire l’impasse sur les conséquences de cette nouvelle cellule sociale. C’est par cet objet transitionnel que l’adolescent entre en contact avec le monde, avec les autres, avec son propre réel, qui se mélange au virtuel. C’est un potentiel extraordinaire et c’est un risque, on peut dire civilisationnel. Au fait, la déconnexion du réel, selon les différentes disciplines, peut s’appeler folie, psychose, ou mort. Oui, le couple formé par l’ado et son portable est, au prix d’une mort sociale au sens propre ou au sens figuré, un isolat transhumaniste.
C’est pourquoi on peut filmer sa propre mort, et l’envoyer sur les réseaux. Mourir dans le réel, et continuer d’exister dans le virtuel. Parce qu’on a déjà un pied de l’autre côté.
Sora analyse cette déviance (voir la « bonne story » incendie à 3’23)


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