L’un a fait de l’interview (corporate) un business juteux sur YouTube, l’autre a créé un réseau social à partir d’un logiciel pour noter (le physique) des filles à la fac. Apparemment, rien ne relie ces deux personnalités, si ce n’est le succès, rapide, exponentiel, inattendu.
Avant d’entrer dans la vie paradisiaque de Guillaume Pley, écoutons ce portrait de la réussite d’une entreprise et d’un homme seul (avec la Fimalac de Ladreit de Lacharrière derrière, tout de même).
L’avantage du portrait purement économique, c’est qu’il évacue toute question politique ou morale. En d’autres termes, le succès efface les questions, et les traces même du succès. Deschamps le dit bien : quand ton équipe gagne, tu vas pas te poser des questions sur la victoire, tu savoures.
Guillaume a 40 ans, c’est un post-ado cool (malgré quelques démêlés avec le petit personnel, toujours mécontent de se faire maltraiter), il a fait un parcours dans les médias de seconde zone (NRJ, Hanouna), et il surgit un jour avec un projet étincelant sur YouTube : Legend. Carrément.
Nous, on va monter une chaîne YT qui s’appellera Empereur ou Imperium, et on interviewera tous les grands de ce monde : Trump, Poutine, Xi, et les seconds couteaux Vance, Lavrov, Kim et Khamenei. Et aussi Brigitte, quand on aura un trou dans la prog. Oui mais voilà, la programmation est un art : comment avoir ne serait-ce que le contact de ces personnalités ? Et surtout, leur aval pour un entretien de deux ou trois heures, si l’on compte chutes et rushs ?
Guillaume, ou comment passer du showbiz pourrave à la cour des grands
Rien que la grosse Patrick Sébastien, c’est pas évident, en plus quand on a le tampon Soral sur le front, on vous raconte pas la difficulté, le chemin de croix, le shitstorm permanent. Alors les têtes du renseignement, des cadors de la BRI, les hauts gradés de l’armée, les multimillionnaires, les hommes po, des ex-présidents ! À n’en pas douter, les blagues nullach’ sur NRJ le soir et un jeton de présence chez Hanouna, ça ouvre les portes de la haute politique ou de la politique profonde. Boro a du souci à se faire !
Certains nous reprocheront de chercher la petite bête, illustration avec ce commentaire sous la vidéo éco :
« Ce succès n’est pas lié au hasard. Un intervieweur brillant et surtout au ton différent, cool et mettant ses invités parfaitement à l’aise. La montée en puissance se mesure à des invités de + en + prestigieux ou intéressants avec notamment des pros d’un domaine bien spécifique qui nous emmènent dans leur domaine d’activité. Évidemment, dans ce pays où la réussite est stigmatisée, il est évidemment critiqué par les frustrés de service. Qu’il réussisse financièrement va bien évidemment déranger mais il faut se féliciter de ce succès qui récompense le talent. Bravo Légend pour ces interviews passionnantes et très pro. »
Ah, il y en a qui vivent toujours au pays des Bisounours, tant mieux pour les oligarques et leurs ingénieurs sociaux. Pourquoi qu’on dit ça ? Quel est le rapport ? Guillaume ne fait de mal à personne !
Non, il s’agit du succès fulgurant dans un pays aux multiples blocages pour les entrepreneurs, un succès qui nous rappelle le départ façon fusée de la boîte à drague du petit Zuckerberg, l’avorton qui ressemble à une créature de The Descent...
| Etats-unis > Zuckerberg admet un accès de la CIA à WhatsApp. Lors d’une interview avec Joe Rogan, Mark Zuckerberg, propriétaire de Meta, a révélé que la CIA disposerait d’un accès complet à WhatsApp, pouvant lire toutes les conversations. #WhatsApp #Meta
La campagne… pic.twitter.com/5b1cY8Ew2V
— (((SIMON WEINBERG))) (@SlMONWEINBERG) January 11, 2025
Le gars crée Facebook avec un pote (qui se fait enfler), et vingt ans plus tard, on apprend que la CIA se sert à la louche dans les datas du réseau social. Oh ben mince, alors.
Retour à la maison : quand tu vois le niveau de l’intervieweur et le niveau des invités, y a un truc qui cloche. Les invités sont nettement supérieurs à l’inviteur, et ça, en médias, ça a un nom. Cependant, le niveau moyen de l’inviteur permet d’amener le contenu des invités au niveau du grand public, c’est un peu le Tout le monde en parle d’aujourd’hui, version soft évidemment, avec Ardisson dans le corps de Pley, la culture en moins.
On finira cet article de frustrés sur une note cinématographique, quand le Zuckerberg de Jason Bourne (le 5e opus sorti en 2016) devient la cible de la CIA parce qu’il veut tout déballer, le fait d’avoir dès le départ traité avec l’Agence. C’est en anglais mais c’est pas grave.
Philippe Val a un jour entendu des voix qui lui ont fait changer le Charlie Hebdo des origines, anar et anti-impérialiste, en torchon sionard de bas étage. Peut-être que Guillaume a un jour entendu la voix de Dieu qui lui disait de faire un site corporate attrape-gogos avec une prog d’enfer.
C’est autant que la dissidence n’aura pas ! Ça permet de vider le dangereux marigot des mal-pensants, une opération de contre-feu politique fort efficace. Sur ce, on va aller mendier des invités dans la rue.


et
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