Pierre Razoux, un spécialiste très officiel des conflits du Proche-Orient, analyse la guerre des Quarante Jours. Pour lui, affaiblir l’Iran c’est affaiblir la Chine. La future guerre USA-Chine est en marche.
Les Iraniens ont prévu le coup. Ils ont enterré leurs bases de missiles. De plus, les Russes leur fournissent des drones améliorés, qui ont servi à frapper les intérêts américains dans le Golfe, la flotte US, les installations militaires israéliennes étant, elles, visées par des missiles très bien renseignés. Le conflit est global.
C’est sans parler du détroit d’Ormuz, par lequel passent 40 % du pétrole importé par la Chine. En provoquant cette fermeture, pour l’instant non définitive, Trump serre la gorge de Xi. Pour Vernochet, l’Iran a gagné, l’Amérique a perdu. Mais l’Amérique voulait-elle vraiment gagner, et gagner quoi ?
La Chine a senti le vent du boulet, Trump cherche un accord avec l’Iran pour contrôler une partie du détroit, et si l’Iran n’est pas d’accord, trouvant les exigences américaines excessives, il est à la merci d’une énième vengeance israélienne, qui n’attend que le feu vert américain pour détruire le pays. Mais il faudra attendre que le stock de missiles sol-air soit reconstitué...
Nous avons donc affaire à trois belligérants fatigués, qui ont tous une raison d’avoir gagné le conflit, mais qui ont chacun beaucoup perdu. La Russie, elle, s’est refait une santé à la fois militaire et financière avec cette guerre du pétrole qui a consommé au moins 30 % des missiles américains, dont beaucoup devaient être destinés à l’Ukraine.
Seule la Chine peut se targuer, encore une fois, d’avoir gagné sans coup férir. Mais elle ne pourra rester longtemps sans le pétrole iranien et vénézuélien, soit 20 % de sa consommation. Le demi-tour de Vance à Islamabad (négociations au point mort) est encore une pression américaine sur la Chine, puisque le détroit n’est toujours pas débloqué. Et de quel moyen de pression la Chine dispose-t-elle ?
Selon le média américain CNN, la Chine pourrait bientôt livrer des armes à l'Iran pic.twitter.com/FyOQqJJ7SM
— BFM (@BFMTV) April 11, 2026
Comme pour Barbarossa, nous entrons dans une guerre d’attrition de puissance industrielle à puissance industrielle. Et il est facile de voir quelles sont les puissances industrielles du moment : la Russie et la Chine, puis l’Iran dans une moindre mesure. Mais une mesure quand même, puisque l’Iran produit quasiment autant d’ingénieurs que les États-Unis, et sans en importer d’Inde ou de Chine...
Sans vouloir verser dans un technologisme outrancier, l’ordre futur du monde est peut-être ici.


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