Tremblement de terre à Pékin, aux conséquences géopolitiques potentiellement importantes, quoiqu’encore mystérieuses à ce stade. Zhang Youxia [photo], 75 ans, membre du Politburo et plus haut gradé du pays, a été démis de ses fonctions sur des accusations de corruption, prétexte classique en Chine pour limoger un haut dirigeant soupçonné de manquer de loyauté envers le numéro un, Xi Jinping.
Le Wall Street Journal affirme savoir qu’il est accusé d’avoir transmis des secrets nucléaires aux États-Unis, ce qui peut surprendre en raison à la fois du risque pris ainsi – en clair, la peine de mort –, et de la surveillance dont ce genre de responsable fait l’objet.
Liu Zhenli, membre de la Commission militaire centrale du Parti communiste, fait également l’objet d’une enquête. Ces enquêtes ont provoqué une onde de choc dans les plus hautes sphères du pouvoir militaire chinois, élargissant la plus grande purge de généraux que le pays ait connue depuis la fin du règne chaotique de Mao Zedong en 1976. Surtout, elles semblent indiquer une volonté du numéro un chinois de limoger quiconque pourrait ne pas être d’une loyauté absolue, peut-être dans l’optique d’une invasion de Taïwan à l’horizon de 2027.
Zhang et Liu font aussi partie des très rares officiers de haut rang ayant eu une expérience directe de la guerre, en tant que jeune soldat lors du conflit entre la Chine et le Vietnam entre 1979 et 1991. Xi Jinping a lancé sa dernière campagne visant à éradiquer la corruption dans les forces armées à la mi-2023, quelques mois après avoir obtenu un troisième mandat. Depuis lors, deux vice-présidents militaires, trois membres de la CMC, un ancien ministre de la Défense et au moins une douzaine de généraux de haut rang qui supervisaient les commandements militaires ont été destitués.
L’analyse de Laurent Michelon :
Le Wall Street Journal @WSJ commence la semaine avec des théories farfelues (« fuite de secrets nucléaires ») concernant l'enquête sur le général Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale chinoise.
Le WSJ et le New York Times sont deux des médias les plus… pic.twitter.com/SnDZMbTtCy
— Laurent Michelon Officiel (@LH_86_) January 26, 2026
Le Wall Street Journal @WSJ commence la semaine avec des théories farfelues (« fuite de secrets nucléaires ») concernant l’enquête sur le général Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale chinoise.
Le WSJ et le New York Times sont deux des médias les plus anti-Chine et les plus favorables à un changement de régime.
L’aura de respectabilité qu’ils se sont forgée trompe encore de nombreux observateurs occasionnels de la Chine et sert de source et de validation à d’autres médias occidentaux, qui se contentent généralement de copier-coller et de traduire leurs articles dans d’autres langues sans vérifier les faits.
Ces médias parient que leur aura de respectabilité suffira à convaincre leurs lecteurs que le simple fait de citer « des personnes familières avec un briefing de haut niveau sur les allégations » constitue une preuve solide.
La structure du pouvoir en #Chine est probablement l’une des plus opaques au monde. Cette opacité crée une aura de mystère autour de Zhongnanhai, même pour les Chinois eux-mêmes qui sont bien "connectés". Il y a donc une incitation à répandre ces rumeurs, afin de donner l’impression de disposer d’informations privilégiées, d’être l’un des rares initiés.
Ces rumeurs selon lesquelles Zhang Youxia aurait divulgué des secrets nucléaires pourraient être propagées de manière malveillante par des « libéraux » au sein ou proches du gouvernement, et ceux-ci sont aussi nombreux en Chine, sinon plus, qu’en Russie.
En ce qui concerne le gouvernement et les médias d’État, même si de telles fuites avaient eu lieu, ils ne permettraient pas que de telles rumeurs se propagent après une séance de briefing, car cela reviendrait à reconnaître une extraordinaire faiblesse du gouvernement chinois au monde entier.
À Pékin, chaque fois qu’une enquête pour corruption est lancée contre une personnalité haut placée du gouvernement, j’entends de telles rumeurs farfelues, provenant de personnes parfaitement sérieuses dont je ne soupçonne pas les motivations. La différence avec les journalistes occidentaux, c’est que je ne me précipite pas immédiatement sur mon ordinateur portable pour répandre les rumeurs, pensant que je vais faire le buzz avant tout le monde.
Venons-en maintenant à la rumeur elle-même. En 2022, Xi Jinping a demandé à Zhang Youxia de rester à son poste (alors qu’il était censé prendre sa retraite) car il est le plus haut gradé ayant une véritable expérience du combat (contre le Vietnam, à deux reprises en 1979 et 1984). Ce n’est pas un jeune loup qui gravit rapidement les échelons et qui serait facilement tenté de faire défection ou de trahir l’Occident. Même s’il l’était, il est accompagné partout où il va, ses communications sont surveillées, il y a donc un risque très élevé d’être découvert, de déshonorer tout son héritage et le nom de sa famille, et d’écoper de la peine la plus sévère. Quelle serait la motivation pour prendre des risques aussi élevés à son âge ? Ce n’est pas très crédible.
À mon avis, il est le dernier fonctionnaire en date à être impliqué dans le scandale des pots-de-vin dans les marchés publics de l’armée, et cela s’inscrit dans la continuité des efforts de Xi Jinping pour débarrasser l’armée de tout élément faible avant un éventuel affrontement avec un vassal des États-Unis en mer de Chine méridionale ou au sujet de Taïwan.
En outre, pour recevoir des pots-de-vin sans être détecté à ce niveau, il aurait dû former autour de lui un cercle d’aides et d’officiers loyaux, ce qui pourrait être considéré comme la création d’une faction au sein de l’armée, afin d’influencer les décisions au plus haut niveau. Cela constituerait en soi un autre crime, sur lequel les enquêteurs pourraient s’appuyer dans leur enquête.
De nombreux acteurs ont tout intérêt à répandre des rumeurs sur une affaire aussi médiatisée, et la plupart du temps, l’explication la moins fantaisiste est la plus proche de la réalité.
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Ajout du 28 janvier :
Le traitement médiatique de l'affaire du général chinois Zhang Youxia, soumis à une enquête pour corruption qui mènera probablement à sa destitution, est une opportunité de cartographier la propagande anti-chinoise à laquelle est soumise la population occidentale.
Son caractère… pic.twitter.com/ESSp8Cv0ek— Laurent Michelon Officiel (@LH_86_) January 28, 2026
Le traitement médiatique de l’affaire du général chinois Zhang Youxia, soumis à une enquête pour corruption qui mènera probablement à sa destitution, est une opportunité de cartographier la propagande anti-chinoise à laquelle est soumise la population occidentale. Son caractère pluri-modal et multi-couches est le point sur lequel je souhaite attirer votre attention.
Mais tout d’abord, un résumé de l’affaire, débarrassé des scories spéculatives et fantaisistes, qui révèlent plus les intentions cachées de leurs auteurs que la réalité sur le terrain.
Le général Zhang Youxia est vice-président de la Commission militaire centrale chinoise. En 2022, Xi Jinping lui a demandé de rester à son poste (alors qu’il était censé prendre sa retraite) car il est le plus haut gradé ayant une véritable expérience du combat (contre le Vietnam, à deux reprises en 1979 et 1984). Par ailleurs, il est considéré comme un proche du président chinois. Officiellement soupçonné de corruption (et de "former une clique", nécessaire pour camoufler cette corruption), il est le dernier général, le plus haut gradé en date, à être soupçonné d’avoir enfreint la discipline du Parti, ce qui est suffisant pour l’écarter immédiatement.
Ce sont les seuls éléments dont nous pouvons être certains, le reste n’est que mensonge car personne, surtout pas des journalistes occidentaux, n’ont la moindre idée de ce qui se passe derrière les murs de Zhongnanhai. Ce que vous avez pu entendre ici et là n’est donc que spéculation malveillante, diffusée dans un ordre décroissant du scénario de cinéma grotesque au commentaire diffamatoire qui se veut érudit :
"Zhang préparait un coup d’état contre le président Xi Jinping" (comptes anonymes de réseaux sociaux)
"Une fusillade a eu lieu au prestigieux hôtel Jingxi de Pékin entre partisans de Xi Jinping et de Zhang Youxia" (comptes anonymes de réseaux sociaux)
"Zhang aurait livré des informations aux États-Unis sur la dissuasion nucléaire chinoise" (médias de masse occidentaux, à commencer par le Washington Post et le New York Times, puis copié-collé-traduit par l’ensemble des médias européens)
"On ne sait rien de toute cette affaire, mais on va en profiter pour relayer d’autres rumeurs ("il pourrait y avoir une division interne entre Xi Jinping et l’APL sur la façon de préparer une invasion de Taïwan"), et pour répéter qu’il s’agit "d’une nouvelle dérive maoïste du président Xi Jinping" (de la "boîte à idée" atlantiste Institut Montaigne, et autres analystes de plateau, qui ne peuvent pas raconter les mêmes sottises listées ci-dessus, et donc n’ont rien d’original à suggérer).
"You can’t spell Academia without C-I-A"
L’influent blogueur américain Mike Benz, qui divulgue et explique depuis plus de deux ans le fonctionnement de l’État profond nord-américain, dont il était lui-même un agent de haut niveau, soulignait dans une célèbre vidéo l’influence historique de la CIA au sein des institutions universitaires américaines, suggérant l’existence d’un va-et-vient entre les agents de la CIA et les postes universitaires (il cite en particulier l’université Columbia), mais aussi comment des hauts responsables politiques (il cite Hillary Clinton, Pompeo, Nulan, etc.) issus du renseignement et de la diplomatie, font des aller-retours entre haute administration et monde universitaire, où ils peuvent continuer à influencer la politique et l’opinion publique depuis des chaires prestigieuses. L’université est devenue ce qu’il appelle un "domaine diplomatique parallèle". A leur tour, leurs positions académiques servent de faire-valoir et de "sources proches des milieux informés" aux médias et aux think tanks qui pullulent autour des centres de pouvoir gouvernementaux. Ce système qui empile plusieurs couches, en apparence séparées et indépendantes, qui aujourd’hui incluent les réseaux sociaux, se citent et se complémentent entre elles, selon une division du travail en "niches" marketing :
les comptes anonymes à forte influence sur les réseaux sociaux, pour l’audience, éduquée ou pas, qui a abandonné les médias traditionnels,
les universités qui non seulement formatent la nouvelle génération , mais sont également des plateformes d’influence stratégique. En Europe, et en France tout particulièrement, cette tendance existe depuis au moins les années 90 en ce qui concerne la sinologie, et bien avant pendant la période de la Guerre froide contre l’URSS.
les médias de masse, pour le travailleur qui n’a pas le temps de chercher l’information factuelle et indépendante : désinformation grossière, qui survole et édulcore les grands thèmes, ce qui est bien suffisant pour une audience qui lit quotidiennement son journal avec une foi quasi-religieuse.
les think tanks, tous atlantistes et mondialistes : pour le haut fonctionnaire et le cadre supérieur, les soldats plus ou moins conscients et consentants du globalisme, dont le métier technique, proche du terrain, pourrait leur ouvrir une fenêtre vers une autre interprétation du monde que celle délivrée par les médias de masse (qu’ils sont quand même contraints de lire tous les jours), de part leur connaissance des flux (financiers, logistiques, etc.) et des accords internationaux. Pour eux, la propagande est forcée de quitter le domaine du caricatural, du manichéisme, et du mensonge outrancier, pour se déplacer vers la critique dubitative, la diabolisation subtile, l’omission mensongère, l’indignation sélective et le dénigrement feutré.
Informez-vous et dites non à la désinformation, quelle que soit la forme qu’elle prenne.


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