Beaucoup de Français sont à la rue sur ces questions tellement ils sont déposédés depuis longtemps de l’éducation de leurs enfants. Évidemment qu’il ne s’agit pas de distribuer des claques à tour de bras... L’interdiction de la fessée n’est qu’un point de détail, le plus symbolique sans doutes, d’un problème beaucoup plus vaste. Les châtiements corporels ne sont pas faits pour s’en servir à tout bout de champ, comme l’arme du policier... Mais les enfants doivent savoir qu’on peut s’en servir, que c’est possible ! L’interdire aux parents revient à interdire les armes aux policiers, sous prétexte qu’il y en a qui s’en servent mal ou trop souvent, ou d’interdire les armes aux militaires d’un pays, sous prétexte de pacifisme : le policier ou le souverain n’ont plus les moyens de leur autorité, le pays n’a plus les moyens de se faire respecter, ce qui signifie sa mort, ou sa soumission.
Ensuite, évidemment qu’il ne faut pas en abuser, de même qu’il ne faut pas engager son autorité pour tout et n’importe quoi, et user principalement d’écoute, de patience, de respect, de tolérance, etc. Il y a un travers typiquement français qui date du jansénisme et qui était particulièrement en vogue dans les années 50 de même qu’au 18ème siècle, qui consiste, dans les grandes lignes, à brimer les enfants, et à les châtier pour un oui ou pour un non (éducation à la Bossuet, pour donner un illustre exemple). On sait ce que ça produit comme fruit : l’hypocrisie, la lâcheté, ou la rébellion (mai 68, Révolution).
Vous soulignez le fait de ne pas punir sous le coup de la colère et de l’exaspération, ce qui est parfaitement juste, mais c’est pourtant ce que cause l’interdiction de la correction : les parents qui s’interdisent de punir à tête reposée, vont le faire tôt ou tard sur le coup de l’énervement.
En fin de compte, ce n’est pas à l’Etat de juger de tout ça, ce n’est pas son rôle, et il le fait d’ailleurs très mal. C’est un dosage subtil et personnalisé réservé aux parents, qui sont les plus légitimes et les plus qualifiés pour ça, ne serait-ce que parce qu’ils connaissent mieux leurs enfants, parce qu’ils en sont à l’origine, qu’ils vivent au quotidien avec eux et les suivent sur le long terme. En éducation l’Etat est comme un éléphant dans un jeu de quille, il piétine tout. Bien sûr, l’Etat peut contrôler les abus graves, mais ce ne n’est la plupart du temps qu’un prétexte pour s’arroger le droit de contrôler les familles et d’imposer toutes sortes de normes stérilisantes.