L’alliance Milei-Netanyahou ou la réactivation du plan Andinia
17 mai 20:57, par Saturnin PompierIIl y a une vingtain d’années, j’ai écumé les bouquinistes de Buenos Aires (un véritable filon pour les amateurs de livres anciens. On y trouvait à bon prix de magnifiques éditions, particulièrement en français. Les élites argentines ont toujours été très francophiles, et souvent assez francophones) pour chercher quoi que ce soit sur le Plan Andinia.
J’en avais entendu parler et je voulais en savoir plus. Pratiquement personne ne savait rien du sujet, sauf un libraire qui me fit savoir que c’était une histoire ancienne, un truc fantaisiste qui avait fait son temps. Certaines de ces librairies d’occasion (et les autres) étaient tenues par des juifs (omniprésents dans le commerce local). Comme le sujet leur était inconnu, je devais faire des contorsions dialectiques et prendre un air détaché et intellectuel pour expliquer de quoi il s’agissait et mon intérêt (non coupable) pour la chose. (Je gardais, comme argument ultime de sauvetage, laisser entendre que j’étais juif moi-même. Heureusement, je n’ai pas eu à me déshonorer de la sorte).
De toute façon, les "porteños" ont toujours vécu en tournant le dos à leur propre pays. Leur univers se limite à Buenos Aires ; le reste de l’Argentine les intéresse fort peu. Hors de la mégalopole s’étendent les grands espaces, ces plaines immenses et monotones (que quelqu’un a justement qualifiées d’« absence de paysage ») qui instillent le vague à l’âme, cette mélancolie si caractéristique de l’Amérique du Sud. Chez les « gens bien », il a longtemps été de bon ton de connaître Paris mieux que les provinces argentines.
Il est vrai que, depuis quelques années, les Argentins ont commencé à redécouvrir leur territoire. Pourtant, les gouvernements successifs, toutes tendances confondues, ont durablement négligé la Patagonie. L’une des explications tient à l’histoire : les flux d’émigration européenne se sont taris avant que le pays ne soit véritablement peuplé. L’Argentine historique offrait déjà un territoire suffisamment vaste et hospitalier pour accueillir des dizaines de millions d’habitants. Dès lors, pourquoi mobiliser des ressources pour inciter les gens à s’installer dans des régions plus austères ?
La richesse du pays reposait depuis toujours sur le blé et la viande, productions emblématiques de la pampa fertile, et non de la Patagonie. Par manque de vision et par excès de confiance, les Argentins ont repoussé la mise en valeur de ces terres australes « à plus tard ». Ils pourraient bien, un jour, le regretter.
Alain Soral et E&R
E&R en vidéos
Revues
Bonnes adresses
International
Alain Soral
Kontre Kulture

et
!