L’avantage d’une tribune dans un grand journal, c’est qu’on ne touche pas à la prose de l’invité (les quidams et les dissidents n’ont pas le droit aux tribunes) qui a envoyé son papier. Cela évite les questions pénibles.
La tribune est un sport qui se doit d’être équilibré, dans le cas d’un sujet grave, une sujet sujet à polémique. C’est le cas avec l’Iran, l’Iran des mollahs, rappelle toujours le journaliste mainstream qui a bien appris sa leçon, ses éléments de langage qui font de lui un perroquet. Mais le perroquet de qui ?
On va le voir. Cela peut être un courant de pensée dominant, la doxa diplomatique du moment, la ligne d’un parti, d’un régime, ou le doux mais encombrant murmure du pouvoir profond qui souffle les réponses et les questions. Bolton, c’est un neocon radical, radicalisé pourrait-on dire. Va-t-en-guerre à la BHL, faucon du Pentagone, il a dirigé la sécurité nationale des États-Unis sous Trump I, comprendre qu’il a validé les manœuvres de l’Empire, qui fonctionne sur une extraterritorialité permanente.
Un journal sérieux devrait-il laisser passer ça ? Oui, si une tribune est accordée aux gens d’en face. Là, on a un appel à l’ingérence dans un pays souverain, doublé d’un appel à la guerre avec un mensonge énorme sur les soutiens du terrorisme. Car longtemps, ce sont les pétromonarchies qui ont soutenu le djihadisme, justement contre la république islamique d’Iran dans les années 80-90. Et bien sûr pendant la guerre de Syrie, qui a commencé en 2011 et qui n’est jamais vraiment achevée. Achevé, le pays l’est. L’Amérique a créé et activé le terrorisme islamiste quand ça l’arrangeait pour déstabiliser les pays qui lui échappaient, notamment en Asie centrale et au Proche-Orient, des pays par trop souverainistes ou laïcs. Du moment qu’il y avait du pétrole (Irak), ou une position géostratégique à prendre (Syrie, Afghanistan), on lançait le plan d’ingérence démocrate. Et puis en matière de terrorisme, le champion du monde, c’est quand même Israël ! Qui élimine ses opposants partout dans le monde, n’hésitant pas à tuer ses propres coreligionnaires, histoire de victimiser la cause (voir les hélicos du 7 Octobre).
Les Américains, qui n’ont jamais eu de scrupules à massacrer des peuples ou des ethnies, que ce soient les Indiens ou les Irakiens, prennent prétexte de la répression iranienne sur les instigateurs de la révolution orange actuelle, soutenue officiellement par les services occidentaux qui s’appuient sur une opposition interne politique (réformistes anti-mollahs) mais aussi ethnique, il faut le souligner (minorités), pour déclencher une intervention armée. On appelle ça une guerre d’agression. Si Trump applique la doctrine Monroe, il ne devrait pas s’occuper de l’Iran, mais il le fait pour Israël. Pour des raisons internes, ou personnelles, personne ne sait vraiment : le POTUS est illisible. Certains le disent fou, ou déjà gâteux. Si l’Amérique ouvre un second front en Iran, on pourra dire que Trump a perdu la main face à Netanyahou.
Mais le message de Bolton au Monde, et à l’Europe, est clair : il veut la guerre, en se cachant derrière Trump, qu’il critique par ailleurs.
Même si le pire semble derrière lui, le régime des mollahs, en Iran, est plus fragilisé que jamais. Il n’est pas du tout exclu que Donald Trump décide de recourir à la force pour le punir du massacre de milliers de manifestants innocents. Et, à terme, le sort des mollahs demeure hautement incertain.
Depuis quand un président étranger punit un pays pour ce que fait son gouvernement ? Un volontaire pour punir les Américains qui ont fait plus d’un million de morts en Irak ? Pourquoi les Américains ne débarquent-ils pas sur les côtes françaises (sans bombarder une nouvelle fois la Normandie, s’il vous plaît) pour libérer les Français de la dictature macronienne ? Qui, il est vrai, ne fait pas autant de victimes que la répression du pouvoir iranien, mais vu la situation, Macron n’est pas loin de faire tirer à balles réelles sur les Français, qui se font embastiller pour un drapeau palestinien, une phrase sur les réseaux ou une manif pour du travail.
Le reste est du délire pur et simple :
Une action commune contre la dictature théocratico-militaire iranienne pourrait constituer un pareil objectif. Sans le soutien de Téhéran, le Hamas, le Hezbollah, les houthistes [au Yémen] et les milices chiites irakiennes seraient, en effet, privés de capitaux vitaux. Les représailles d’Israël à l’attaque barbare du 7 octobre 2023 modifient profondément l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, certes, mais tant que la République islamique n’aura pas disparu, la menace terroriste iranienne perdurera. Renverser le régime apparaît donc comme la solution la plus rapide et la plus efficace pour mettre fin à cette menace, qui pèse depuis plus de cinquante ans sur l’Occident.
Bolton a oublié ses amis saoudiens (une dictature théocratico-militaire, tiens), qui ont été priés de mettre la main à la poche pour financer un terrorisme djihadiste, pardon, des proxys pro-américains (parfois ignorant leurs commanditaires), pour déstabiliser une région qui doit rester instable, et pour cause : on exploite mieux des pays affaiblis par des injections régulières de virus...
Parti dans les limbes, Bolton parle maintenant de menace nucléaire iranienne, oubliant les 200 têtes que le pouvoir devenu dingue de Tel-Aviv, cette autre théocratico-militaire !, cultive dans ses jardins et ses sous-marins. La menace théocratique, elle est là !
Cela dit, l’Europe et Israël sont davantage exposés à la menace nucléaire iranienne que les Etats-Unis. Si l’Etat iranien se dote de l’arme nucléaire, sa capacité de frappe demeurera, dans un premier temps du moins, significativement limitée par sa capacité balistique. À l’heure actuelle, l’Iran ne possède que des missiles à moyenne portée. Sans missiles balistiques intercontinentaux [dont la portée atteint au moins 5 500 kilomètres], la République islamique n’est pas en mesure d’attaquer le territoire américain.
L’Amérique ne craint rien, mais l’Europe est dans la zone de tir iranienne, ajoute Bolton, histoire de bien nous faire comprendre qu’il faut suivre la logique du faucon. C’est pourquoi Leyen, complètement inféodée aux intérêts US – c’est une taupe –vient d’inscrire les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes. Mais pas la CIA. On retiendra encore une phrase, qui résume la pensée pathologique de cet ancien responsable de l’insécurité mondiale, phrase typique des mantras de Netanyahou.
Par conséquent, en dépit de multiples revers, l’Iran continue de représenter une grave menace nucléaire et terroriste pour le monde.
Voilà, c’était notre contre-tribune pour Le Monde. On a hâte d’ouvrir le journal de demain pour découvrir à quelle page elle a paru. Si elle n’apparaît pas, alors la tribune de Bolton ne sera pas une tribune mais un tissu de mensonges justifiant une nouvelle guerre. On demandera alors : mais que font les journalistes ?
Ce qui est remarquable dans l’entretien en vidéo qui suit, c’est la journaliste qui pas une seconde ne sursaute sur les postulats délirants du vieux taré. À la place, cette conne demande même si des frappes sur l’Iran seront suffisantes !
« Vous avez mentionné des frappes militaires ciblées, mais si l’objectif final ici est de finalement renverser le régime de l’ayatollah, est-ce suffisant ? »


et
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