Fouché en 1815

Publié le : mardi 14 octobre 2014
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Ministre de la Police de 1799 à 1802 et de nouveau de 1804 à 1810, il eut longtemps la haute main sur la censure. Les écrivains ne le lui pardonnèrent pas : Chateaubriand, Michelet, plus tard Stefan Zweig ont construit une légende noire, à laquelle Napoléon, depuis Sainte-Hélène, ne manqua pas d’apporter sa contribution : il avait appris d’expérience que la police de Fouché servait le ministre avant l’empereur.

Autre handicap pour le personnage. Tout duc d’Otrante qu’il était devenu, il n’avait pas les manières. Il promenait à la cour qu’il n’aimait pas sa silhouette sèche, son sourire étroit, son regard de colin froid. Il avait la tête de son emploi, il semblait l’avoir volée à un squelette.

Première Restauration en 1814, retour de Napoléon en mars 1815 : après la défaite de Waterloo, quelle issue trouver ?

L’été 1815, côte à côte ou face à face avec Talleyrand qui s’était, lui aussi, aux Affaires étrangères, taillé un ministère à sa mesure, Fouché va jouer serré.

Il n’est jamais aussi à l’aise que dans les situations extrêmes. Tout de même, faire le grand écart entre Napoléon et Louis XVIII, ça réveille d’anciennes blessures mal cicatrisées. Notre homme a été conventionnel. Représentant en mission à Lyon, il a actionné la guillotine : près de 1 300 exécutions en deux mois. Pis, il a voté la mort du roi.

Mais lui considère l’acquis des 25 dernières années. Comment le préserver face à la lame de fond qui monte du passé ? Il y a tout de même eu depuis 1789 des moments héroïques et des réformes respectables, affirme-t-il dans un de ses moments de sincérité.

 

26 commentaires
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Le 14 octobre 2014 à 15:04 par Vegeta
#999320

Sur le sujet, je ne peux que vous conseiller cet excellent film d’Edouard Molinaro avec Claude Brasseur et Claude Rich, réalisé en 1992 : Le souper.

En plus, je crois que vous pouvez le trouver sur youtube.

Le 14 octobre 2014 à 16:15 par Protag
#999379

Ca serait sympa de faire une section films historiques !

Le 14 octobre 2014 à 23:06 par King Gainer
#999859

@ Portag

Tout à fait d’accord avec vous.

Entre les films parisianistes chiants & les comédies éculées, les seuls films français dont on a pas à avoir honte et qui sont un tant soit peu valables, j’entends qui valent le coup d’être vus sur grand écran, ce sont les films historiques en costume.

Ridicule, La gloire de mon père, la reine Margot, le retour de Martin Guerre, Beaumarchais l’insolent (un des derniers films d’Édouard Molinaro, si je ne m’abuse), Germinal, Cyrano de Bergerac, la fille de D’artagnan, que la fête commence, Louis enfant roi, les caprices d’un fleuve, l’armée des ombres, Fort Saganne, Uranus, le colonel Chabert, Dien Bien Phû, Capitaine Conan, Justinien Trouve le bâtard de Dieu...

Même s’il y avait des défauts, on a quand-même eu une production tout à fait honorable (mêmes les comédies historiques "légères" étaient bien fichues sur le fond comme sur la forme : sans peur et sans reproche, la 7ème compagnie, la grande vadrouille, papy fait de la résistance...) jusqu’à ce que ça tombe en désuétude ou que ce soit ringardisé par l’obligation d’être passé à la moulinette du politiquement correct (la rafle, indigènes, en rose et noir, le libertin, Jeanne d’Arc de Luc Besson, le pacte des loups, Blanche...)

Le 14 octobre 2014 à 15:14 par Boudu
#999328

Fouché, en 1792, au Club des Jacobins, vu par Chateaubriand : " Fouché, accouru de Juilly et de Nantes, étudiait le désastre sous ces docteurs : dans le cercle des bètes féroces attentives au bas de la chaire, il avait l’air d’une hyène habillée . Il haleinait les futures effluves du sang ; il humait déjà l’encens des processions à anes et à bourreaux, en attendant le jour où, chassé du club des Jacobins, comme voleur, athée, assassin, il serait choisi pour ministre ."

Le 14 octobre 2014 à 15:31 par René
#999339

Chateaubriand : " Après les Cent-Jours, madame de Custine me força de diner chez elle avec Fouché . Je l’avais vu une fois, six ans auparavant, à propos de la condamnation de mon pauvre cousin Armand . L’ancien ministre savait que je m’étais opposé à sa nomination à Roye, à Gonesse, à Arnouville ; et comme il me supposait puissant, il voulait faire sa paix avec moi . Ce qu’il y avait de mieux en lui, c’était la mort de Louis XVI : le régicide était son innocence . Bavard, ainsi que tous les révolutionnaires, battant l’air de phrases vides, il débitait un ramas de lieux communs farcis de DESTIN, de NECESSITE, de DROIT DES CHOSES, mêlant à ce non-sens philosophique des non-sens sur le progrès et la marche de la société, d’impudentes maximes au profit du fort contre le faible ; ne se faisant faute d’aveux effrontés sur la justice des succès, le peu de valeur d’une tete qui tombe, l’équité de ce qui prospère, l’iniquité de ce qui souffre, affectant de parler des plus affreux désastres avec légèreté et indifférence, comme un génie au dessus de ces niaiseries . Il ne lui échappa, à propos de quoi que ce soit, une idée choisie, un aperçu remarquable . Je sortis en haussant les épaules au crime ."

Le 14 octobre 2014 à 17:04 par François
#999415

Après Waterloo Louis XVIII décide de faire entrer Talleyrand et Fouché au gouvernement, ce qui nous vaut , entre autres, ce célèbre passage de Chateaubriand : " Ensuite je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celles du roi, je ne trouvai personne ; je m’assis dans un coin et j’attendis . Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchand soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît . Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tete de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr : l’évèque apostat fut caution du serment ."

Le 14 octobre 2014 à 15:32 par Simone Choule
#999340

Une bonne vieille saleté ce Fouché ! Homme de l’ombre qui manipule beaucoup de choses dans les coulisses, conspirateur affirmé (une collection de retournements et de serments faits pour n’importe quoi, ce qui le range du coté de Talleyrand niveau retournement de vestes) et bien sûr toujours du bon coté du manche que l’on soit en 1ère République, sous le Directoire, l’Empire et la Restauration. Le livre de Stephen Zweig que je conseille est excellent et bien écrit ("la révolution appartient à celui qui la termine, non celui qui la déclenche" on est pas loin de Guillemin) et ça fait toujours plaisir de voir un Juif (du XIXe donc on est loin de Marc Levy au niveau qualité) faire de bons livres sur les conspirations !

Le 14 octobre 2014 à 18:12 par RUSTY JAMES
#999499

J’ai egalement lu le Fouche de Zweig qui est un de mes auteurs preferes. Je trouve qu’il en fait un portrait plus nuance car il fallait qu’il ait beaucoup de talent pour ne pas perdre sa tete, et il a aussi eu sa periode de disgrace et fait un come back retentissant, Mitterrand et Sarkozy a cote, ce sont des Mickeys

Le 14 octobre 2014 à 17:08 par Grand Bé
#999421

Chateaubriand a écrit lui-même dans un de ses brouillons : " L’Histoire est le jouet du grand écrivain " , et le témoignage qu’il donne sur Fouché dans ses "Mémoires d’outre-tombe" est incontournable .

Le 14 octobre 2014 à 17:15 par Hello
#999430

Tout police à une divinité à sa tête - Fouché

Le 14 octobre 2014 à 17:32 par listener
#999447

On a beau dire et on aura beau faire, les anciens conventionnels, c’étaient des types ! Deux ou trois Fouché et la France est sauvée.

Le 14 octobre 2014 à 19:33 par voronine
#999599

Ces gens là sont de la meme race que les POL POT...STALINE...TROTSKY...NETANYAHOU..HITLER....MAO..etc.... des génocidaires

Le 14 octobre 2014 à 17:39 par rebes
#999457

« Ministre de la Police »

Tout est dit pas la peine d’aller plus loin ... Enfin vous pouvez toujours allez voir à Hong-Kong , mais par delà le temps et la distance , c’est la même chose ...

Le 14 octobre 2014 à 18:02 par neribu
#999485

Chateaubriand : le 6 juillet 1815

"Tout à coup, une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché."

Une légende noire, vraiment ?

Le 14 octobre 2014 à 19:22 par provok
#999583

Fouché est le personnage central de la révolution française. Impossible de comprendre la révolution ans s’intéresser à ce sale type. Lisez le livre de S.Zweig. Il est excellent même s’il est parfois imprécis. Fouché fut le véritable organisateur de Thermidor. Il s’est senti menacé par Robespierre. Quand celui ci a parle des "fripons" c’était Fouché qui était visé. Fouché fut aussi le cerveau de Brumaire. Après avoir entubé Barras, il a soutenu la montée de Napoléon tout en ayant d’excellentes relations avec les anglais et Metternich.... Impossible de comprendre l’histoire française depuis 1789 sans s’intéresser à la biographie de Joseph Fouché.

Le 16 octobre 2014 à 16:05 par Raskol
#1001350

 ?

Les fripons ça serait plutôt les Tallien/Barras, avec des mecs beaucoup plus meurtriers comme Carrier ou effectivement Fouché. Et c’est Barras qui a mené tout son petit monde à Thermidor.

Quant à celui qui se joue de Barras en Brumaire, c’est Talleyrand, pas Fouché.

Le 14 octobre 2014 à 19:26 par SVP
#999593

Il me semble que les 1 300 exécutions mentionnées dans cet article ne sont que celles pratiquées à la guillotine, en 1794, à Paris, au titre de la loi des suspects, sous Robespierre. La répression à Lyon, en 1793, fit à ma connaissance 13 000 morts (treize mille) sur 100 000 habitants.

Le 14 octobre 2014 à 23:16 par Thémistoclès
#999874

21 mars 93 - Dans le cadre des mesures d’exception la Convention décrète que chaque commune ou section aura à constituer un Comité de Surveillance Révolutionnaire de douze membres pour identifier les étrangers. Ces comités composés de sans-culottes jouent le rôle d’instruments de police politique.

17 septembre 93 - Lois sur les suspects. Sur proposition de Merlin de Douai et de Cambacérès, cette loi ordonne l’arrestation de tous les ennemis avoués ou susceptibles de l’être de la Révolution (nobles, parents d’émigrés, fonctionnaires destitués, officiers suspects de trahison, accapareurs, ainsi que les agioteurs et leurs familles). Son contenu fut encore durci en 1794. Les arrestations sont confiées aux Comités de surveillance révolutionnaire et non aux autorités légales. Les textes sur les suspects atteignent les émigrés et les prêtres réfractaires.

Merlin de Douai et de Cambacérès survivront tous les deux à la révolution.

Le 14 octobre 2014 à 19:42 par anonyme
#999612

un franc maçon....comme tous ses potes révolutionaires d’ailleurs.Sinon le mot franc-maçon a son sens en lui même:Franc,qui designe le peuple qui a conquis la Gaule à la chute de l’empire romain(franc ripuère,salien,chamave) et Maçon qui désigne la construction,reconstruction

Ce sont donc les héritiers, ou du moins ils se revendiquent comme telle,des francs et ils se sont donnés comme objectif la reconstruction d’un ordre nouveau et la destruction de l’ancien ordre établi

Le 14 octobre 2014 à 20:55 par kesu
#999702

Pas du tout un maçon franc ou free mason était un maçon qui était libre d’engagement à l’inverse d’autres corporations. Le nom a été tiré de là pour se revendiquer des bâtisseurs alors qu’ils ne furent pas ouvriers.

Le 14 octobre 2014 à 23:25 par Hantisedesmythes
#999886

Ils maçonnent« l’Ordre Divin » à l’envers.

Le 14 octobre 2014 à 20:17 par lordbyron
#999657

Merci pour ces citations des Mémoires d’Outre-Tombe et la référence au Souper de Molinaro, un film exceptionnel. Voir aussi, d’après Conrad, le film de Ridley Scott, Les Duellistes, où le sinistre personnage fait une apparition.

Le 14 octobre 2014 à 21:07 par peg
#999720

Bizzare mais j’ai toujours comparé BHL à Fouché et Attali à Talleyrand...deux sbires qui malgré les alternances gauche droite et les terrains armés, se sontmêmés et se mêlent encore aux politiques sans qu’on ne leur dise rien sur comment peuvent t-ils se fondre dans le paysage politique auprès de nos dirigeant qui plus est leur donnent l’assentiment, leur demande leurs avis !

Le 14 octobre 2014 à 21:50 par benoui
#999776

Sauf que leur motivation première, même si les secondaires ne sont pas à négliger ( leurs prestiges et richesses personnelles, surtout pour Talleyrand d’ailleurs) , c’était le service de la France, aussi bien pour l’un que pour l’autre. Ce qui fait une première différence de taille avec les deux tristes sires que vous citez.

La deuxieme étant qu’ils étaient des hommes réellement intelligents, très intelligents ce qui les rendaient quasi indispensables tandis que les deux gugus en question n’ont que l’intelligence qu’on leur prête et ne restent en place que grâce à la protection d’une certaine communauté.

Troisième différence, Fouché et Talleyrand ont réellement eut des fonctions très importantes à la tête de l’état. Les deux traites actuels n’ont jamais étés que des conseillés plus ou moins occultes.

Bref, peut de point communs finalement.

Le 16 octobre 2014 à 17:42 par jean
#1001447

Fouché a joué le rôle qu’il pensait être le sien dans l’histoire.

Le 16 octobre 2014 à 19:30 par Histoire2France
#1001548

Fouché était un pourri qui controllait la presse au service de Napoléon. Après l’attentat raté de la rue saint Nicaise (réalisé par des royalistes) Napoléon accusera les derniers députés véritablement républicains pour installer durablement sa fiction républicaine du consulat. Ce salopard de Fouché va fournir la liste des 130 noms de républicains à guillotiner ou envoyer au bagne. Les 7 derniers journaux autorisés, sa presse aux ordres, feront le boulot de dénigrement....

https://archive.org/details/Napoleon08LePrenomSuffira

Et si vous doutez, vous trouverez toutes les sources, avec des doc originaux en dessous de la video. Par exemple, le journal des débats, un journal aux ordre de fouché attend patiemment les ordres : 1800 12 25 Journal des Débats (annonce de l’attentat rue st Nicaise, le journal attend les consignes d’accusation)_jp2.zip Puis les publie comme un bon toutou, c’est sur c’est les républicains : 1800 12 26 Journal des Débats (le journal a reçu ses ordres, c’est les Jacobins)_jp2.zip 1801 01 05 Journal des Débats (Nicaise, Fouché, les 130 noms)_jp2.zip