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L’humanité est en train de s’abrutir à une vitesse affolante avec les portables.
Dans les transports en commun, il est désormais courant que tous les usagers (je dis bien : tous) aient le nez fourré sur leur écran sans plus lever les yeux. Nous aurions vu ces images vingt ans auparavant, nous aurions pensé : c’est un bon film d’anticipation, mais ça n’arrivera heureusement jamais.
Le jour de l’an sur les Champs-Elysées ? Ce n’est plus qu’une armée de cellulaires levés pour filmer la nouvelle année. Comme les concerts : l’artiste joue son tube, et tous les portables de se dresser comme un seul homme. Les gens ne sont plus capables de vivre l’instant présent, de profiter d’un moment intense pour par la suite se le remémorer avec douceur ou nostalgie ; ils filment comme des robots en pensant déjà aux likes qu’ils feront sur les réseaux, aux copains à qui ils montreront leur soirée pour les faire bisquer…
On ne construit plus ses souvenirs de manière cérébrale et humaine, on ne les raconte plus avec des mots et un récit, on est constamment en train de prendre des photos, de filmer, et de montrer cela comme un trophée. La mémoire du téléphone se remplie, mais la tête et l’âme se vident.
Même les repas avec les proches sont gangrénés par les téléphones, et les adultes et les séniors ne sont pas moins responsables : toutes les cinq minutes, le portable est sorti pour discuter d’une recette de cuisine, d’un film dont on a oublié le titre (il ne faudrait pas se le remémorer par un effort personnel), pour montrer une vidéo faite par IA… On peut parler des adolescents, mais on ne peut pas dire que les adultes montrent l’exemple, c’est tout l’inverse.
Les gens qui continuent de filmer alors que tout brûle lors du drame en Suisse, c’est horrible, mais est-ce étonnant ? Hélas non. Il ne faudrait pas oublier cet été la torture et la mort en direct d’un youtuber, filmées par quelques abrutis, et visionnées par des millions de gens. Cela a fait un tollé à juste titre, on s’en est ému quelques semaines, mais aujourd’hui, qui se souvient de cela ? C’était pourtant un sacré pas de franchi dans l’horreur et la déconnexion du réel.
Comme tout est fait pour ne plus pouvoir se détacher du portable, il est certain que nous n’avons pas fini de voir, lors d’évènements tragiques, des gens filmer comme des abrutis plutôt que de sauver leur peau ou de venir en aide à des personnes en danger.