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texte de Didier Maïsto de Sud radio
Les Gilets jaunes c’est la France laborieuse, la France de ceux qui fument des clopes et roulent au diesel, des ouvriers et des petits patrons. La France des troquets, du tiercé et des plats du dimanche. La France ni de droite ni de gauche –ou d’un peu des deux. Celle de ceux qui ne sont rien, mais pas personne, la France des illettrés, des harkis, des légionnaires, la France des prostituées et des poissonnières, la France de ceux qui ont choisi la France pour y vivre, y travailler et y mourir. Celle des parents qui mettent des torgnoles à leurs gosses pour leur apprendre à se tenir. Des fins de mois difficiles, qui sont autant de fins du monde, sans cesse renouvelées. La France qui se baisse pour ramasser une pièce, éteint la lumière de la cuisine et met les restes au frigo dans un tupperware. La France des types qui matent le cul des filles et celle des filles qui font semblant d’être offusquées. Celle de ceux qui appellent un arabe un arabe et un noir un noir. "Diversité", "minorités visibles", "#balancetonporc", "covoiturage", "transition énergétique"… ces mots sont vides de sens pour cette France, LA France. La France qui vanne, invective, s’insulte puis se réconcilie devant un verre de rouge, pas forcément avec modération. La France modeste et fière, qui compte les centimes en rêvant de gagner au Loto, qui n’aime pas trop les riches et n’en peut plus d’être pauvre. Celle qui déteste les sous-chefs et adore haïr les chefs, pourvu qu’ils en aient la stature et l’humilité. La France qui se branle de l’Europe, mais qui adore les Italiens, les Espagnols, les Portugais ou les Grecs. Enfin, ça dépend des jours. La France qui se fout de l’écologie, mais qui connaît le nom des arbres, des champignons et des oiseaux. La France ni raciste, ni xénophobe, ni fasciste, ni homophobe, celle qu’il faut juste respecter et pas trop emmerder avec des histoires de cornecul. Celle qui veut vivre de son boulot et se sent humiliée quand on lui fait l’aumône ou la leçon. Celle qui sait que ses ancêtres n’étaient pas forcément des Gaulois, mais ne peut s’empêcher de chialer quand elle entonne La Marseillaise, dans un stade ou dans la rue. La France pétrie de contradictions, qui dit rouge et qui dit noir, qui se signe à l’église et bouffe du curé...
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