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La critique du capitalisme par Rousseau
Le 30 août 2015 à 22:10 par 1 simon

Je lis pas mal Rousseau en ce moment (3ème ou 4ème relecture de "l’Emile"), c’est une pensée très en avance... Après lecture de Marx, un peu de Hegel et surtout Clouscard, Rousseau m’intéresse de plus en plus. Et non pas par enthousiasme "d’intello", un peu comme une mode passagère. je vois de plus en plus en Rousseau un penseur difficile, doué d’une sensibilité aiguë. Il ressentait beaucoup les choses avant de les réfléchir. Et surtout la beauté de sa prose dispense trop souvent à ses lecteurs le travail de suivre avec attention les raisonnements, qui sont le plus souvent très finement construits. La façon dont sa compréhension des moeurs et de l’intime (le coeur humain) connecte le politique à la sensibilité, le collectif à l’individuel, à ce qui guide nos vie, ne cesse de m’intéresser par sa justesse.

Il y a en outre, une progression dans ses développements (sur l’enfant), qui montre comment des réalités contradictoires apparaissent successivement, découlant les unes des autres, et finissent par exister toutes en même temps, avec pour résultat un ensemble... contradictoire. En d’autres termes, la contradiction n’est pas tant dans sa pensée, il ne se "trompe" pas, elle est dans la réalité même de l’ordre social et dans le coeur des individus, et c’est ce qui nous mine.

C’est pourquoi il cherche, par un travail de prise de conscience personnelle, une solution qui ne peut prendre dans sa pensée que la forme d’une réconciliation, une synthèse. Solution qu’il ne parvient peut-être pas à produire, mais c’est le sens de sa pensée (-"J’ai essayé de résoudre la quadrature du cercle" dira Rousseau à propos de son ouvrage "Le Contrat Social"). Une pensée dialectique, avant la lettre. Il ne le théorise pas, comme Hegel, mais il pense bien comme ça. A mon très modeste niveau, et avec mes moyens intellectuels, je confirme la thèse de Clouscard sur Rousseau.

Comme le dit M. Clouscard, pour Rousseau : "on peut croire en Dieu et être révolutionnaire ; on peut vouloir le progrès sans être matérialiste". Un type difficile à classer donc, à son époque, et encore aujourd’hui.

Lisons Rousseau comme si c’était un inconnu pour le lire sans les préjugés habituels. C’est la seule façon de le découvrir tellement la quantité de conneries qui circulent sur sa pensée est impressionnante. A tel point qu’il y a ceux qui l’accuse d’être le père du totalitarisme, et ceux qui l’accusent d’être le père de l’individualisme libéral, l’un étant l’exact contraire de l’autre...

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