À entendre les femmes et les hommes du gouvernement français, tout va bien. Certes, et ce n’est pas un petit « certes », il se profile une nouvelle raclée électorale dans le cadre des élections départementales (feu les cantonales…).
Mais, ceci n’est que péripétie. Non, décidément tout va bien car l’euro a fortement baissé (il se négocie actuellement autour de 1,10 US Dollar), ce qui devrait instantanément relancer la croissance…Que des personnes de responsabilité (nous n’osons dire de raison) puisse prononcer ces discours sans en mesurer la contradiction avec ce qu’ils disaient il n’y a que quelques mois est à tout point sidérant. Qu’ils puissent s’en tenir à ce niveau plus que primitif de raisonnement est à tout point inquiétant.
La baisse de l’euro et l’impact sur la croissance
Depuis maintenant près d’un an l’euro effectivement baisse par rapport au Dollar. Il est passé ainsi d’un taux de change de 1,36 USD à 1,10 USD. C’est une dépréciation importante. Notons qu’elle n’a pas induit de « catastrophes », comme on en prévoyait pour contrer ceux qui appelaient à une dissolution de la zone euro pour que l’on puisse justement librement déprécier la monnaie. Très curieusement, on se fait désormais les apôtres d’un euro faible après avoir chanté sur tous les tons, et sur l’air des lampions, les soi-disant vertus d’un euro fort. On dira qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Assurément, mais encore faudrait-il que l’on nous expliquât comment ces mêmes vertus se sont transformées en vice et le vice d’un euro faible en vertu.
Il y a quelques années, dans un débat télévisé, Christian Estrosi, alors Ministre, avait prétendu qu’une dépréciation ferait monter les prix de nos produits exportés. J’avais salué – ironiquement bien sûr – cette révolution dans la science économique qui renvoyait deux cents années de travaux, de Keynes à Ricardo, à la corbeille à papiers. Ou peut-être fallait-il incriminer les nombreuses chutes du Ministre, qui fut dans sa jeunesse un fort bon coureur motocycliste pour cet égarement temporaire (mais dans son cas le temporaire se situe dans le temps long). Le regard atterré des autres participants en disait long sur les inquiétudes que nous inspirait l’état clinique de ce pauvre Christian Estrosi.
Nous voici revenu à des conceptions plus robustes. Une dépréciation monétaire avantage l’industrie nationale car elle induit une baisse relative du prix des exportations et inversement une hausse relative du prix des importations. Et donc de ce point de vue, on ne peut saluer la baisse actuelle de l’euro sans donner raison à ceux qui défendaient, depuis des années, la nécessité d’une dévaluation (ou plus exactement d’une dépréciation monétaire). Mais il convient alors de pousser le raisonnement à son terme. Une dépréciation monétaire est avantageuse dans la mesure où elle se produit par rapport à nos principaux partenaires commerciaux. De fait, la France réalise à peu près 50% de son commerce dans la zone Euro, mais certains pays beaucoup plus : le chiffre est de l’ordre de 65% à 70% pour l’Espagne et l’Italie. La dépréciation de l’euro n’avantage donc que les industries qui sont confrontées à une concurrence provenant de la zone Dollar. C’est la raison pour laquelle ses effets sont, et seront, plus que limités. Le principal problème se situe en fait dans la zone euro.