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Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

Alors que la France s’apprête vraisemblablement à frapper la Syrie, en représailles aux attaques chimiques supposées, Caroline Galactéros plaide pour un sursaut d’indépendance nationale. Selon elle, la France ne doit pas s’aventurer dans une nouvelle coalition.

 

Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros est présidente du think tank Geopragma. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).

 

La messe semble dite et une atmosphère de veillée d’armes plane sur Paris, tandis que le jeune prince d’Arabie Saoudite quitte la capitale et que notre président est en étroit dialogue avec son homologue américain. La France pourrait, en coordination avec Washington, frapper de manière imminente les forces du régime syrien en représailles d’une nouvelle attaque chimique imputée de manière « très probable » mais en amont de toute enquête, aux forces de l’abominable tyran Assad soutenu par les non moins affreux régimes russe et iranien.

 

 

Il faudrait agir vite, se montrer ferme, intraitable, juste ! Il s’agirait là d’un « devoir moral » ! On a bien entendu et lu. Le discours moralisateur sur la sauvegarde des civils innocents, pourtant inaudible après sept ans de guerre et de déstabilisation de la Syrie, est toujours le même. C’est là le comble du cynisme en relations internationales, que nous pratiquons pourtant sans états d’âme depuis des décennies. Pendant ce temps, la guerre silencieuse du Yémen continue. Ces civils-là n’existent pas, ne comptent pas.

Mais certaines images de guerre et de civils otages d’une sauvagerie généralisée irritent plus que d’autres nos consciences lasses d’Européens déshabitués de la violence et gonflés d’une prétention à connaître, dire et faire le Bien. Soit.

Mais agir contre qui ? Qui faut-il punir ? Le régime de « l’animal Assad », comme l’a appelé Trump ? L’Iran ? La Russie ? Vraiment ? Et si ce trio noir que l’on désigne exclusivement depuis des mois à la vindicte populaire internationale n’était qu’un leurre, proposé à notre indignation sélective pour ne pas réfléchir à nos propres incohérences ?

« Quel serait l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque ? »

Personne ne se demande pourquoi cette nouvelle attaque chimique arrive maintenant, au moment même où la Ghouta orientale repasse sous contrôle gouvernemental syrien et parachève sa reconquête territoriale, face à des groupuscules rebelles rivaux globalement en déroute et plus que jamais prêts à se vendre au plus offrant pour survivre et espérer compter ? Personne ne s’autorise à douter un instant, quand le ministre russe des Affaires étrangères rapporte que les observateurs du Croissant rouge syrien envoyés sur place n’ont rien vu ressemblant à une attaque ? Serguei Lavrov ment-il carrément au Conseil de Sécurité des Nations unies ou bien faut-il penser que Moscou ne contrôle pas tout ce qui se fait au plan militaire sur le théâtre ? Ou que des éléments de l’armée syrienne elle-même agiraient en électrons libres ou auraient été « retournés » ? À qui profite le crime ? C’est cette vieille question, mais toujours pertinente, qui paraît désormais indécente.

Quel serait pourtant l’intérêt de la Russie de laisser perpétrer une telle attaque, alors que, ne nous en déplaise, bien davantage que notre « Coalition internationale », elle cherche la paix, l’organise pragmatiquement, et est la seule depuis sept ans à engranger quelques résultats qui évidemment contreviennent à nos intérêts et à ceux de nos alliés régionaux ?

On semble aussi avoir totalement oublié une donnée fondamentale du conflit : les malheureux civils de la Ghouta, comme ceux des ultimes portions du territoire syrien encore aux mains des « rebelles » djihadistes ou de Daech, sont des boucliers humains, peut-être même, en l’espèce, sacrifiés par ces mêmes apprentis démocrates suppôts d’al-Qaïda et consorts pour entraîner l’Occident dans une guerre ouverte avec Moscou et Téhéran.

 

 

Car si l’on quitte le microscope pour la longue-vue, il est permis de décrire à partir de cette dernière séquence syrienne un contexte stratégique global infiniment préoccupant pour l’Europe, et singulièrement pour la France, qui risque de prendre les avant-postes d’une guerre qui n’est pas la sienne, dont elle fera les frais et qui neutralisera durablement l’ambition présidentielle affirmée de prendre le leadership politique et moral de l’Union européenne. Nos amis allemands ou italiens sont d’ailleurs moins cynico-idéalistes, mais plus prosaïques que nous. Ils avancent prudemment, vont et viennent entre Beyrouth et Damas pour pousser leurs pions en cette phase douloureuse et recueilleront les fruits de notre marginalisation radicale quand la reconstruction syrienne arrivera.

« La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement. »

La ficelle est si grosse et la pelote si bien déroulée depuis des mois qu’on ne la voit plus en effet. On punit la Russie. On la punit d’être la Russie, déjà, et d’avoir réussi son retour sur la scène mondiale. On la punit de vouloir la paix en Syrie et de chercher à la mettre en musique politiquement à Astana ou à Sotchi. On la punit d’avoir sauvé Damas et son régime diabolisé du dépècement qu’on leur promettait et qui s’est fracassé sur la résilience populaire et gouvernementale syrienne et a déjoué partiellement au moins la confessionnalisation des affrontements politiques et sociaux que l’Occident encourage, sans en comprendre le danger insigne pour ses propres sociétés, et notamment en Europe.

La guerre en Syrie a été gagnée militairement par l’armée gouvernementale. Militairement, mais pas politiquement. Cette victoire sur le terrain au prix d’une guerre brutale (comme toutes les guerres, même celles menées depuis les airs et qui n’ont de chirurgicales que le nom), nous est proprement insupportable car cela nous force à faire la paix, ce que nul ne veut mis à part… Moscou. Ah, Moscou ! L’impudent Vladimir Poutine trop bien réélu qui nous nargue avec sa coupe du monde, où des millions de gens vont découvrir un visage de la Russie qui ne les terrifiera pas.

Et puis derrière Moscou, on vise évidemment Téhéran, dont l’allié israélien, en pleine idylle officielle avec le centre mondial du salafisme – l’Arabie saoudite – qui a toutefois opportunément décidé de faire peau neuve, ne peut tolérer l’émergence régionale, tant le niveau sociétal, culturel, technologique et commercial de ce pays lui fait de l’ombre bien au-delà de la seule crainte d’un (dés)équilibre stratégique modifié par sa nucléarisation ultime.

Bref, nous sommes en train de tomber dans un vaste piège qui se joue sur plusieurs fronts, et de nous ruer, en croyant ainsi exister, sur le premier os qu’on nous jette. De ce point de vue, l’affaire Skripal pourrait bien n’avoir été que le hors-d’œuvre de la séquence actuelle. Elle a posé le premier étage d’une repolarisation politique et sécuritaire de l’Europe autour de Londres, et surtout sous la bannière de l’OTAN. Car c’est là l’ultime manœuvre : remettre au garde-à-vous les Européens qui, depuis l’arrivée de Donald Trump et le Brexit, s’étaient pris à rêver d’une autonomie européenne en matière de politique et de défense… Péril suprême pour le leadership américain sur le Vieux Continent, heureusement contrebalancé par les rodomontades de quelques nouveaux européens qui refusent leur arasement identitaire et mettent à mal tout projet d’affranchissement sécuritaire collectif. Le Secrétaire américain à la défense, le général Mattis, a d’ailleurs été très clair : les Européens doivent en effet consacrer 2 % de leur PIB à la défense, mais pour acheter des armes américaines et demeurer dans l’orbite otanienne évidemment, l’Alliance constituant le cadre naturel et nécessaire de la défense de l’Europe. Fermez le ban !

Lire l’article entier sur lefigaro.fr

La guerre est proche, voir sur E&R :

 

Comprendre le rapport de force actuel, avec E&R :

 

La vérité sur la Syrie, chez Kontre Kulture :

 






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54 Commentaires

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  • #1941472

    C’est caroline luchtenberg qui peut se permettre d’être publié dans ce journal...moi je dis :"quand même !!"

     

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  • #1941473
    Le 11 avril 2018 à 15:13 par Rémi O. Lobry
    Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

    Bachar el-Assad rencontre discrètement, de moins en moins secrètement, le Président Poutine dans le Donbass pour y dévorer des chatons vivants !

    Ca vous suffit comme preuve ?

     

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  • #1941492
    Le 11 avril 2018 à 15:48 par Jean-Jacques Rousco
    Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

    Une bonne synthèse de la situation en Syrie exposée avant-hier par l’Ambassadeur Russe à l’ONU : https://www.legrandsoir.info/ambass...

     

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    • #1942114
      Le Avril 2018 à 14:27 par michel amm
      Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

      L’ambassadeur dit que la stratégie des USA est incompréhensible !!!

      C’est faux.

      La stratégie des USA est de préparer le grand Israël en détruisant tous les pays autour d’Israël : Cela a été annoncé et c’est un fait que tout le monde peut constater.

      Les russes le savent bien.

      Ma question est : Pourquoi l’ambassadeur raconte des salades ?

      Ma réponse : parce que les russes travaillent aussi pour les Israéliens.

      Les élites Russes et Américaines sont une même famille et ils travaillent main dans la main.

      Les prochains pays qui seront détruits sont le Liban et l’Iran.

       
  • #1941654
    Le 11 avril 2018 à 19:11 par Stavrolus
    Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

    Le coup des armes chimiques, pourtant démantelées en 2013, c’est un peu comme les passeports "oubliés" des jihadistes : usé. On nous raconte que les innommables ont un QI élevé, mais en réalité ils sont très bêtes et absolument dépourvus d’imagination. Une bêtise qui n’a d’égale que leur haine pour Assad, cet immense chef d’Etat. Que Dieu l’ait en sa Sainte Garde et préserve notre pitoyable Micron de s’embarquer dans les folies que lui suggèrent ses affreux mentors.

     

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  • #1941707
    Le 11 avril 2018 à 20:29 par philippe
    Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

    L’impudent Vladimir Poutine trop bien réélu qui nous nargue avec sa coupe du monde, où des millions de gens vont découvrir un visage de la Russie qui ne les terrifiera pas.



    La coupe du monde sera organisée aux petits oignons, mais soyez sûrs que les médias monteront en épingle les 2 ou 3 faits divers quasiment consubstantiels à l’organisation de tous les grands tournois internationaux de football.

    On aura les hooligans anglais, qui ne peuvent plus mettre un pied dans un seul stade du royaume au vu du prix des places, mais qui collent toujours le bordel dès qu’ils quittent le territoire.

    La police russe qui cogne à coup de tonfa sur des "supporters" anglais avinés à trois grammes, ça, ça va plaire à BFM !

    Un cri de singe (émis par qui ?) alors qu’un joueur sénégalais est en possession du ballon capté au micro ultra haute fidélité. Pas mal non plus.

    On ajoute un retard d’une minute d’une rame de métro et une fourmi dans le lit d’une chambre d’hôtel d’un journaliste et là on est bien, Poutine est bien un tyran génocidaire de son propre peuple, un raciste, etc...

     

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  • #1941818
    Le 11 avril 2018 à 23:35 par In illo tempore
    Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

    Caroline Galacteros, c’est une des rares à avoir survécu aux purges macroniennes.
    Cette femme m’inspire depuis plus de deux ans le plus profond respect.
    Obligée de parler à mots feutrés, on comprend quand même ce qu’elle pense.

    C’est un miracle (qui risque de ne pas durer ?) qu’une telle voix soit encore autorisée dans le quotidien de Serge Dassault. Il doit y trouver un intérêt quelconque, qu’on ne peut soupçonner.

    Mais Caroline Galacteros est sincère, c’est certain.
    Réflexion machiste : merveilleuse conjonction d’un prénom et d’un nom.

     

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  • #1941862

    Il se pourrait que le Figaro soit plutôt opposé à l’intervention.
    En plus du présent papier, voir leur article "Irak, Libye, Syrie : près de trente ans d’interventions occidentales au Moyen-Orient" paru ce même 11 Avril.
    C’est juste une recension chronologique, objective.
    Mais la conclusion qui s’en dégage naturellement, elle n’est pas favorable à la guerre. Le choix de publier ce genre de papier n’est pas anodin. D’autant qu’avec son apparence neutre, le papier se révèle très convaincant. 100% des commentaires y sont anti-guerre.

     

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  • #1941969

    Recentrage. Cela du bien de revenir en France, de lire et d’entendre parler français, non ?, quand même !!!.
    En plus, il fait bon et beau ; que demande le peuple .. ?.

     

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  • #1941988
    Le 12 avril 2018 à 10:45 par rwrqwetreqrw
    Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie

    J’ai une question à soumettre à tout éditorialiste.
    Nous savons que les américains connaissent tout de la vie privée de nos "élites".
    A la vue des renoncements répétés de nos présidents à toute autonomie vis à vis des américains, ne peut-on pas y voir le signe d’un chantage US sur les décisions de nos présidents : "Si tu ne nous suis pas, nous faisons fuiter nos informations".
    Entre les comptes offshore, les déviances sexuelles, les affaires d’argent..., il y a de quoi faire.

     

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  • #1942112

    La France ferait mieux de s’occuper d’elle-même, parce qu’elle est empêtrée dans une telle merde sociale qu’il faudrait un bataillon pour tout remettre en ordre, sans compter les suppléments adjacents .Et en plus frapper qui, pourquoi ? pour dès qu’en dira-t-on de la même trempe que les armes de destruction massive de l’Irak ? Non seulement ce gouvernement ne sait gérer son propre pays, mais en matière de relation internationale il n’est pas plus doué .Ces tocards vont nous embourber dans un problème qui sera difficile à résoudre, pour ne pas dire indécrottable qui peut amener au pire .J’aimerais voir la tête des électeurs inconscients de ce pays, le jour où nos heureux élus "démocrate" et talentueux nous auront menés à un conflit

     

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