Bonjour !

Leçon de politesse

Publié le : mardi 5 août 2025
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Source : E&R
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Adressez la parole à n’importe qui avec civilité, voire même avec une politesse exquise, si vous n’avez pas dit « bonjour » vous serez grossièrement rappelé à l’ordre.

 

– Excusez moi, Mademoiselle, où se trouve le rayon des…
– BONJOUR !

Mon dieu, je n’avais pas dit « bonjour » ! Il faut dire « bonjour », grossier personnage !

Quand vous n’êtes pas interrompu par cet impertinent rappel aux usages, on vous répond parfois d’un sirupeux : « D’abord bonjour, etc… », sous-entendu « d’abord on dit bonjour, goujat ».

« Pourriez vous, s’il vous plaît, Madame, m’indiquer où se trouvent les lieux d’aisance ? » est impoli.
« Bonjour c’est où les chiottes ? » est poli.

« Bonjour, vos analyses sont sans appel vous avez une tumeur Plukon au stade métastatique, il vous reste tout au plus six mois, un an avec du bol » est médicalement correct.
« Asseyez vous cher Monsieur, alors comment vous sentez vous aujourd’hui, voyons un peu ces analyses » est inconvenant.

Ainsi « bonjour » a cela de bon qu’il dispense d’être bien élevé et permet aux grossiers personnages de donner libre cours à leurs aptitudes.
De la politesse foulée aux pieds ne reste plus que son fétiche : ce « bonjour » démocratique et obligatoire qui annule et remplace toute politesse vraie.

Ainsi donc, des antiques formes de politesse ne reste que ce mot de sept lettres ; mot de passe à usage unique nécessaire pour entrer en conversation avec son prochain.
On ne dit plus d’ailleurs bonjour Monsieur, bonjour Madame, bonjour non-binaire, bonjour bigenre, on dit bonjour tout court, et cette forme elliptique pourra bientôt être remplacée par un signe, comme le salut militaire, ou le bras tendu, ou le doigt d’honneur, etc…

Naguère, nous n’étions pas tenu de dire bonjour à tous les employés d’une administration ou d’un grand magasin quand on y entrait, l’essentiel était d’être poli envers chacun.
« Veuillez m’excuser » est suffisamment courtois, mais le loquedu derrière son guichet ou sa caisse enregistreuse, ne l’entend pas de cette oreille : on lui a pas dit bonjour, c’est comme si on lui avait craché à la gueule. Un air bienveillant, ouvert, voire souriant, ne sert de rien. Aujourd’hui ne compte plus ce qui se voit, ce qui hurle d’évidence, mais ce qui se doit dire ou faire, ce qu’il est correct de dire et de penser.

Lassé de me faire reprendre, je dis « bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, auriez vous des timbres ? », ou bien « la machine à timbre, bonjour, ne fonctionne pas, bonjour, j’ai mis les pièces mais, bonjour, elle ne m’a pas délivré le timbre, bonjour ! »
Même le paysan dans son champ que je hèle depuis ma moto pour lui demander ma route, tonitrue d’abord un bucolique « Bonjour ! » et mélancoliquement je redémarre sans attendre de savoir mon chemin.

Un patapouf de la dite dissidence bardé de doctorats, et dont les tartines passent automatiquement en Une, à qui je posais directement une question par mail (preuve de mon estime pour sa Science), me répondit en transformant son adresse mail par « Bonjour Bonjour Bonjour » avec une police de trente centimètres.
– Lui aussi, alors ?, pensais-je, déçu. Depuis, hélas, je ne le lis plus, me privant de ses brillantes contributions à la compréhension du monde ; je sais que j’y perds mais bonjour-bonsoir ! au diable les convenances et les premiers convenus.

Pas plus que la politesse raffinée, l’adresse directe, sans formalité, n’est plus possible quand l’aimable familiarité d’un peuple gai et volontiers frondeur a disparu.
Avant que d’être un peuple d’hommes libres et égaux, il faut en être un, de peuple, il faut exister en tant que peuple. Or, le goût immodéré pour l’ouverture à l’autre et sa pénétration, entre autres joyeusetés, a exterminé toute sympathie et toute fraternité.
Seuls les pénétrants se sentent et s’appellent « frères », mais les autres ne se regardent plus qu’en sous-chiens de faïence, chacun voyant dans son semblable son propre cocufiage.

Bien le bonjour.

Félix Niesche

 

Félix Niesche, sur E&R

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Le 6 août 2025 à 12:08 par berla
#3552049

Les patrons exploitent les employés, et les employés se vengent sur les clients. Aucun patron n’engueulera un employé qui aura réclamé un bonjour. Alors humilier un client, c’est leur petit plaisir à ces empaffés.

Le 6 août 2025 à 15:10 par Tetar 1er
#3552073

Oui c’est une sorte de signal, un truc d’animal pour se dire qu’on ne se veut pas de mal ou quelque chose comme ça... quand votre petit chien remue la queue ou se roule sur le dos en position soumise, il vous dit bonjour.

J’en veux pour preuve que dans l’anonymat sécurisant de la rue, les gens oublient leur petit toc, et on échappe heureusement au bourdonnement intempestif de petits insectes craintifs se souhaitant à toute heure une bonne journée. Pas besoin de se reconnaître et de se le dire, "ça coule de source"

Par contre dans la nature, dans l’immense vide inquiétant de la nature, là impossible d’y couper. C’est une sorte de respiration vitale. Quiconque ne s’y soumettrait pas exprimerait déjà le danger

Même si vous êtes en train de discuter main dans la main avec votre amie, tout deux marchant, vous-même très inspiré par l’air vivace et pur et lui contant "le chêne et le rocher", vous le savez, il vous faudra couper vos phrases d’un bonjour synthétique à chaque croisement avec un inconnu. Ou si vous mordez dans un sandwich, tout près d’un lac, pareil : plutôt recracher la bouchée en mâche que de ne pas répondre au piaulement du joggeur passant tout près, de peur de vous signaler comme étant d’une autre espèce, invasive et peut-être hostile...Si vous avez tardé, ou qu’il ne vous a pas entendu, criez, courez s’il le faut, pauvre de vous rattrapez-le, assurez-vous que tout est bien réparé.

Et si vous êtes à vélo, en pleine côte, visage rouge au bord de l’asphyxie, ça n’y fait rien, ça ne compte pas, c’est secondaire : ils vous diront "bonjour", et attendront que vous en articuliez autant.

sous-entendu : "on est humain, on se reconnaît" et c’est tout ce qui compte, quand on est isolé dans l’énorme maelstrom naturel. Imaginez que ce cycliste soit en fait un orthoptère géant, avec ses cuisses plus grosses que son buste, son exosquelette, ses lunettes en oeil de mouche, ça vaut quand même le coup de vérifier...Et s’il n’a pas répondu, trop occupé à suffoquer, le doute sera toujours permis.

Le 6 août 2025 à 17:14 par Ben77
#3552094

Mon cher Félix, ton texte casse la baraque. J’ai bien ri, ça fait du bien, c’est gratos et non taxé.

Effectivement cette formule de politesse de la pensée unique est lourde et souvent inopportune.

Je l’ai vécu à la déchetterie dernièrement avec le rabza du tiékar à la barrière qui te lance un bonjour agressif pour recadrer la "politesse".

Le 6 août 2025 à 20:52 par Limouxin
#3552113

Bravo et merci Monsieur Niesche pour cet article tellement vrai. Cet appauvrissement des mœurs est à pleurer et ces justiciers de la politesse qui font une leçon de leur ignorance sont insupportables. Si le cœur vous en dit venez faire un tour dans la haute vallée de l’Aude, vous retrouverez une société moins névrosée et qui a beaucoup plus de savoir-vivre que ne le croient les grands urbains.

Le 7 août 2025 à 06:04 par A bras bas lents
#3552144

Ce joli mot est lancé en tête, de but en blanc, sans mention de la personne destinataire. C’est pareil dans le"comment ça va ?". Ça je ne sais pas, mais moi je vais bien. Ça manque d’adresse. Il est encore possible de sourire sans rien dire par radicale rétroversion du langage, verbal tantrisme, au pays sans paysans ni prétension.

Je me souviens de ce cinglant camouflet reçu en pleine gueule, comme un KO debout, sonné, séché sur pieds. Elle m’avait assommé, distillant, de la falaise haute de son orgueil stratosphérique, un élixir sortilège : " You are a nobody".

J’avais mis bien du temps à recouvrer mes esprits. Et puis, au milieu du sommeil qui avait, dans son ankylose, lancé son oeuvre réparatrice, dans une grisaille obscure de berceuse, une voix avait percé : "no-body is perfect".

Le 7 août 2025 à 12:04 par Gentilguetteur
#3552180

Même le service des impôts à modifier sa formule. Au nom de l’inclusion ça sera simplement "Bonjour Patronyme Prénom" certains contribuables ne veulent pas appartenir à genre. Alors Amie.es bonne journée.

Le 9 août 2025 à 11:35 par Cancan
#3552448

Un oxymore, les "pénétrés" passent rarement des bons jours.

Le 9 août 2025 à 11:58 par paramesh
#3552451

vivant dans un pays où la politesse est profondément ancrée dans le quotidien des gens, je vous garantis qu’il est extrèmement impoli de faire remarquer à quelqu’un qu’il se trompe. Quand un étranger par exemple fait une grosse faute de goût, on fait semblant de de pas s’en apercevoir. c’est ça la vraie politesse éviter autant faire se peut de faire perdre la face à une personne.

Le 10 août 2025 à 05:24 par frederic
#3552514

C’est le YouTubisme ! Bonjour, j’espère que vous allez bien. Eh oui pour le YouTubeur le "j’espère que vous allez bien" est aussi obligatoire.

D’ailleurs les vidéos qui commencent comme ça, je les zappe

Le 12 août 2025 à 09:41 par beato
#3552880

Si l’on veut être courtois ou marquer une certaine déférence vis à vis de l’interlocuteur ,on complète le bonjour par un Madame ,Mademoiselle ou Monsieur .Ça change de l’indifférent "bonjour" à l’anglo-saxonne, qu’on vous balance sans vous regarder comme trop souvent dans les commerces ....