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Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’OTAN estiment que la guerre en Ukraine affaiblit la Russie, réduit Poutine à l’état d’Amalek, renforce l’OTAN et donnera un coup de fouet au complexe militaro-industriel yankee. En conséquence, Biden, Johnson et l’OTAN souhaitent une poursuite indéfinie de la guerre.

 

Il est temps d’identifier qui a besoin que la guerre continue, car Biden n’est pas seul sur ce front. Zelensky veut également que la guerre continue. Il sait que tout accord avec la Russie rendrait sa situation « très compliquée ». Les nationalistes ukrainiens, qui semblent combattre courageusement l’armée russe et sont encensés par tous les médias dominants occidentaux, n’accepteront pas la moindre concession territoriale. Il est difficile d’imaginer que la guerre se termine sans une telle concession, surtout si l’on considère les gains territoriaux évidents de la Russie au sud, à l’est et au nord. Et Zelensky, l’acteur, sait que son rôle théâtral actuel est, sans aucun doute, le sommet de sa carrière. À partir de maintenant, c’est la descente. Pour Zelensky, la guerre doit continuer pour toujours.

Et qu’en est-il du peuple ukrainien, veut-il que la guerre prenne fin ? Cela dépend à qui vous demandez. Si vous suivez la presse britannique et américaine, vous avez l’impression que les Ukrainiens sont unis derrière leur leader dans une mission collective et suicidaire. Mais la vérité est que quatre millions de personnes ont quitté le pays, dix millions ont été déplacées à l’intérieur de l’Ukraine et ces chiffres augmentent chaque jour. Le pays est systématiquement détruit, certaines de ses villes réduites en poussière. Si c’est ce que veut le peuple, comme la BBC veut nous le faire croire, la guerre ne prendra jamais fin. Si, au contraire, les Ukrainiens sont des êtres humains ordinaires, ce qui est plus probable et constitue une hypothèse intelligente, ils doivent être très fatigués du désastre qui leur est infligé par leur dirigeant et l’Occident belliciste. En tant qu’êtres humains ordinaires, les Ukrainiens se soucient de l’avenir de leur pays, de leurs enfants, de leurs villes, de leur culture, de leur patrimoine – ils pourraient bien vouloir préserver tout cela plutôt que de mourir « au nom de ça ».

Nous lisons souvent que Zelensky supplie Israël de négocier un accord de paix avec la Russie, alors qu’Israël n’est pas exactement le candidat le plus naturel pour négocier une coexistence harmonieuse. Ces dernières années, on a beaucoup écrit sur le fantasme israélien et ukrainien de remplacer la Russie comme principal fournisseur de gaz de l’Europe. La guerre actuelle en Ukraine fait d’Israël le principal fournisseur potentiel de gaz à l’Europe. Cette semaine, l’importante chaîne d’information israélienne N12 a déclaré qu’ « Israël aidera l’Europe à se couper du gaz russe ». N12 rapporte que lors d’une conférence de l’Agence internationale de l’énergie à Paris, le ministre israélien de l’énergie a entamé des discussions concernant l’exportation immédiate de gaz israélien vers l’Europe.

Pourquoi Poutine s’est-il précipité pour sauver la Syrie et le régime Assad ? Une réponse est que la Russie avait besoin d’un port méditerranéen pour sa marine. Pourquoi les Russes auraient-ils besoin d’un tel port sur la rive orientale de la Méditerranée ? Une réponse possible : Poutine a compris qu’il pourrait avoir à interférer avec un éventuel gazoduc sous-marin reliant la côte de Gaza à la Grèce. Le port de Lattaquié place la marine russe dans une position stratégique cruciale pour saper un tel projet. En d’autres termes, malgré sa collaboration actuelle avec Israël sur la Syrie, Poutine sait depuis un certain temps qu’un conflit naval avec Israël est inévitable. Bien sûr, les Israéliens le savent aussi.

Mais l’enthousiasme d’Israël pour le « rôle de négociateur de paix » a d’autres ingrédients cruciaux. La force économique actuelle d’Israël est en grande partie le résultat de l’établissement de l’État juif en tant que refuge pour l’argent des oligarques russes, et nombre de ces oligarques sont juifs et également citoyens israéliens. Si Israël devient un « courtier de la paix », alors Israël, en raison de sa neutralité, n’aura pas à participer au carnaval de sanctions contre la Russie. Si la guerre se poursuit indéfiniment, Israël ne se contentera pas de maintenir le flux constant de richesses russes vers ses banques, il deviendra en fait la principale voie de sortie de l’argent russe. Pour des raisons évidentes, Zelensky insiste pour que les pourparlers de paix reprennent à Jérusalem sous les auspices du Premier ministre Bennett. Poutine, cependant, ne semble pas enthousiaste quant à l’option de Jérusalem. Il a peut-être déjà compris comment est Israël et ce qu’il recherche.

Poutine est une énigme vivante. J’ai de bonnes raisons de croire qu’il n’est pas mentalement instable comme il est souvent décrit dans les médias dominants occidentaux. Il est plus probable que ce tacticien expérimenté ait des objectifs géopolitiques et militaires en tête. Mais le problème est que personne ne semble savoir quels sont ces objectifs. Je ne pense pas, par exemple, que Poutine ait eu l’intention d’envahir Kiev ou toute autre grande ville ukrainienne, à l’exception peut-être d’atouts stratégiques comme Marioupol. Je suis également convaincu que Poutine n’avait pas l’intention d’« imposer un changement de régime » en Ukraine. Poutine a probablement vu un danger militaire croissant provenant de l’Ukraine et de ses penchants occidentaux grandissants. Il voulait très probablement anéantir la capacité militaire de l’Ukraine et, ce faisant, envoyer un message clair à tous les pays d’Europe de l’Est. Poutine souhaitait et souhaite toujours régler le conflit avec le dirigeant ukrainien démocratiquement élu, c’est-à-dire Zelensky. Plus que quiconque, Poutine a besoin que Zelensky soit sain et sauf, au moins jusqu’à la conclusion de sa manœuvre militaire.

En tant que tel, Poutine est peut-être le seul acteur de cet horrible théâtre meurtrier à avoir une stratégie de sortie claire et un plan de coexistence future. Il est peut-être le seul dirigeant mondial à envisager la fin de ce conflit. Sa vision peut être inacceptable pour l’ensemble de l’Occident à ce stade. Elle peut être très impopulaire en Ukraine, pour des raisons évidentes. Mais il semble que personne à l’Ouest n’ait osé défier la Russie militairement et je suppose que c’est en partie parce que personne dans l’élite militaire occidentale ne croit vraiment au récit populaire selon lequel l’armée russe serait « faible » et « vaincue ».

Il me semble que lorsque Biden a appelé à la destitution de Poutine en Pologne hier, c’est parce que Poutine vise à mettre un terme définitif à ce drame tragique en Ukraine – bientôt, espérons-le –, alors que Biden et ses nombreux partenaires voient un avantage à prolonger ce désastre à jamais.

Gilad Atzmon

 

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12 Commentaires

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  • #2933723
    Le 30 mars à 09:59 par Pelagia
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    Article intéressant, merci. Il faudrait tout de même nuancer le passage suivant :

    "Poutine souhaitait et souhaite toujours régler le conflit avec le dirigeant ukrainien démocratiquement élu, c’est-à-dire Zelensky."

    Depuis mars 2014, aucun "élu" en poste en Ukraine n’a été élu démocratiquement. Depuis la révolution colorée de novembre 2013 et depuis le coup d’état de mars 2014, l’Ukraine n’est rien d’autre que la dictature d’un état fantoche, une dictature savamment préparée à l’avance et finalement imposée de force en 2014 par des agents du camp atlantiste.

     

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  • #2933731

    Je rejoins le raisonnement militaire mis en avant : Kiev n’est pas le but de guerre.
    Le but est la destruction de l’armée Ukrainienne, celle qui massacre les russophones du Dombass depuis 8 ans.
    La guerre en réalité n’a pas commencé, hormis une tactique d’usure des forces adverses, tactique réciproque d’ailleurs.
    En juin, lorsque la météo le permettra, on assistera à des manœuvres de grand style et d’encerclement digne des combats de la seconde guerre mondiale sur le front russe.
    La paix attendra !

     

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  • #2933782
    Le 30 mars à 11:23 par le moine défroqué
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    C’est avec impatience qu’on attend de voir ceux qui ont bloqué les avoir russes devoir maintenant acheter en roubles les fournitures dont ils ne peuvent se passer...

     

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  • #2933813
    Le 30 mars à 12:27 par Gillesc
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    " La guerre actuelle en Ukraine fait d’Israël le principal fournisseur potentiel de gaz à l’Europe".

    Ils sont pas rancuniers.

     

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  • #2933828
    Le 30 mars à 12:50 par Jeanluc
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    Ce que je n’ai absolument pas compris , c’est pourquoi Poutine n’a pas foncé directement et massivement sur Kiev , ce qui ,me semble t’il, aurait réglé le problème radicalement et sûrement. D’autant que zelenski se serait envolé . Une fois la capitale conquise , le reste aurait suivi plus aisément . ( à mon humble avis ) . Et aurait certainement évité pas mal de cibles civiles , qui font entr’autres chaque jour la une des medias atlantistes ,qui se régalent de cet état de fait , pour mieux stigmatiser Poutine .
    Au lieu de cela , on a l’impression que l’on s’enlise dans des bourbiers , au quatre coins du pays , sans avancer vraiment , laissant zelenski ameuter tous les pays atlantistes , qui n’attendent que ça , au détriment d’une population martyrisée , qui engrange de plus en plus de velléités contre les russes .
    Depuis le début , où a t’on vu une véritable bataille entre les deux armées ? ...
    ( je n’ai évidemment aucune connaissance tacticienne , mais au regard de l’histoire ,
    j’ai du mal à reconnaître celle de la russie , et surtout regretter les malheurs infligés à leurs frères . Tout en reconnaissant ceux que les ukrainiens ont perpétrés auprès du donbass ) .

     

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    • #2933877

      Pour 2 raisons :

      - Éviter tactiquement un Stalingrad à l’envers,

      - Ménager politiquement son futur partenaire dans la négociation de la paix.

      Ce qui prouve que Poutine n’est pas fou et n’insulte pas l’avenir.

       
  • #2933835
    Le 30 mars à 13:03 par Saint Preux
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    Merci à Monsieur Gilad Atzmon et à E&R pour ce point de vue très intéressant.

     

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  • #2933836
    Le 30 mars à 13:03 par Abraracourcix
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    Pour rebondir sur le message de Moine Défroqué, quelqu’un peut-il m’expliquer quel est l’intérêt pour la banque centrale russe de récupérer des dolllars et des euros ?
    Parce que les roubles, il va bien falloir les acheter quelque part. Est-ce uniquement une manœuvre destinée à soutenir le taux de change ? La banque centrale russe va-t-elle acheter de l’or avec ces devises là ?

     

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    • #2933897
      Le 30 mars à 15:34 par fajs
      Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

      Ben c’est simple, pour acheter du gaz russe il te faut des roubles.
      Donc, tu leur vends quelque chose de tangible et ils te payent en roubles
      et avec tes roubles, tu peux acheté le Gaz.
      Ainsi, les Russes ne récupèrent pas des dollars ou des euros mais des roubles.
      Mais si tu t’interdis par des sanctions de leur vendre quoi que ce soit,
      alors tu n’as ni roubles ni Gaz et tu garde tes dollars et tes euros.
      ( plus le temps passe, plus le roubles se valorise avec la crise de l’énergie,
      et plus cela va coûter cher )
      Sinon, tu peux payer le Gaz avec de l’Or !

       
  • #2933851
    Le 30 mars à 13:39 par Éveil
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    On n’oublie que le « + » de OPEP+ est la Russie et qu’en tant que fournisseur principal de l’Allemagne et son hinterland (comprendre son rôle dans l’industrie mondiale), la Russie est irremplaçable et a un statut spécial donc une parfaite indépendance. Tout les dirigeants le savent très bien. Cette opération en continuité avec la plandémie et l’élection volée américaine va nous mené droits aux instigateurs car l’Ukraine n’est qu’une succursale.

     

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  • #2933959
    Le 30 mars à 17:49 par Anne de Montmorency
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    En tant que tel, Poutine est peut-être le seul acteur de cet horrible théâtre meurtrier à avoir une stratégie de sortie claire et un plan de coexistence future. Il est peut-être le seul dirigeant mondial à envisager la fin de ce conflit.




    La fin du conflit implique un changement de régime à Kiev, c’est-à-dire l’engagement de 200 000 soldats russes supplémentaires en Ukraine. Car aucun « accord négocié » avec Zelensky ne résoudra quoi que ce soit, les Ukrainiens reconstitueront leurs forces dans l’Ouest et repartiront à l’assaut de l’est du pays dès qu’ils le pourront. Si vraiment la militarisation de l’Ukraine exerce une « menace existentielle » sur la Russie, alors la Russie doit être en ce moment-même en train de préparer un énorme contingent de renfort pour écraser l’Ukraine, liquider physiquement tous les ukro-nazis et reconstruire une relation à partir d’une table rase. Il n’y a pas plus de « solution politique » avec les nazis-otaniens en Ukraine qu’avec les takfiristes en Syrie.

    Zelensky ne prend lui-même aucune décision, il est incapable de signer un accord, sans doute même de le comprendre... Poutine et Lavrov ont tenté d’entretenir des relations diplomatiques à la manière aristocratique de la vieille école , de dirigeant à dirigeant, comme au temps où les dirigeants dirigeaient. Mais l’Occident est devenu un système où les dirigeants ne sont que les exécutants de maîtres restant dans l’ombre, et cette mutation en système a marqué la fin de la diplomatie à l’ancienne et même peut-être des relations internationales. Trump qui était le dernier dirigeant occidental a voulu un rapprochement avec Poutine, mais le système a réussi à l’en empêcher. Et Zelensky est le plus exécutant de tous les pseudo-dirigeants occidentaux... sa signature n’aucune valeur.



    ils doivent être très fatigués du désastre qui leur est infligé par leur dirigeant et l’Occident belliciste. En tant qu’êtres humains ordinaires, les Ukrainiens se soucient de l’avenir de leur pays




    Oui mais il est aussi possible que les Ukrainiens ne croient plus en leur pays, qu’ils en ont honte et honte d’être Ukrainiens, qu’ils soient dévorés par l’humiliation, humiliés par la pauvreté, le chômage, la décomposition généralisée, humiliés par les Russes qui les ont toujours un peu méprisés et par les Occidentaux qui les ont toujours complètement ignorés... Et tout ce ressentiment est le meilleur combustible pour la colère, la haine et la vengeance...

     

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  • #2934048
    Le 30 mars à 22:02 par pépé
    Ukraine : la perspective de la paix et ses ennemis

    Quand la télé nous montre "l’armée ukrainienne", elle ne nous montre que quelques bidasses paraissant isolés, et sans aucun char , vab ou transport de troupe . Et ce serait cette poignée d’homme qui tiendrait tête à l’Armada de Poutine ? Rigolade .

     

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