Egalité et Réconciliation
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Pourquoi cet apparent désintérêt de la Chine pour le soft power à l’occidentale ?

« Dans la version chinoise de l’exceptionnalisme, la Chine n’exportait pas ses idées, mais laissait les autres venir les chercher. »

Henry Kissinger, On China (2011)

Dans le mouvement actuel de bascule du monde d’un format unipolaire américano-centré vers un modèle multipolaire dont la Chine est l’un des piliers, on entend souvent les observateurs critiquer la faiblesse du soft power chinois, ou l’apparent désintérêt de la Chine à y dédier plus de ressources pour concurrencer le soft power anglo-américain.
Cette remarque part d’un point de vue occidental, peu partagé en Chine qui veut que celle-ci s’inscrive dans un processus de dépassement, voire de remplacement revanchard de l’hégémon anglo-américain.
Cette affirmation est plus révélatrice des craintes de ceux qui la formulent que des ambitions réelles de la Chine, dont les gouvernements successifs n’ont jamais déclaré viser l’objectif de « devenir numéro un », que ce soit dans les domaines économique, diplomatique ou culturel.

 

La Chine contemporaine est inscrite dans un processus de grand rajeunissement de la nation (中国民族复兴), qui comporte naturellement un retour à la place qui lui est due sur l’échiquier mondial, et qui constitue un retour à sa place historique d’État-civilisation qu’elle perdit au XIXe iècle à cause de ses faiblesses internes, qui permirent les incursions coloniales occidentales, dont les séquelles sur la Chine se font toujours sentir aujourd’hui.
 On ne trouve au sein des gouvernements chinois successifs aucune arrogance hégémonique que nos médias de masse prêtent à la Chine sans y apporter la moindre preuve, ni d’attitude apologétique qu’exige aujourd’hui à demi-mots l’Occident de la Chine comme par exemple lorsqu’il lui demande d’auto-restreindre sa « surcapacité industrielle ». Il est un fait que la Chine est perçue par le Sud global (87 % de la population mondiale) et se perçoit elle-même comme un « État majeur », aussi bien dans les champs économique, diplomatique, militaire que culturel, et qu’elle déploie en conséquence une « diplomatie d’État majeur » (大国外交), selon l’expression du président Xi Jinping.

Pas d’hégémonisme chinois donc, mais pas de contrition non plus, au grand regret de l’Occident collectif qui préférait la version dépendante et subalterne de la Chine.

 

Le particularisme culturel chinois, antithèse de l’exceptionnalisme messianique impérial

L’exceptionnalisme anglo-américain n’est plus à présenter : l’ultra-interventionnisme, basé sur la doctrine Monroe (1823), la destinée manifeste (1845), le « droit d’ingérence » (1967) et finalement « l’ordre international basé sur des règles » (2003) a régi les relations internationales depuis 1945.

Cet ordre apparent est en réalité une domination multi-spectrale, assurée par l’hégémonie du dollar, 800 bases militaires situées en dehors du territoire américain, des centaines d’agences gouvernementales et d’ONG réparties sur toute la planète qui ont perpétré des dizaines d’agressions clandestines ou assumées sur des États souverains, en dehors et en violation permanente du cadre légal des institutions internationales auxquelles les nations extra-occidentales sont fortement attachées, puisqu’elles sont censées les protéger de la loi de la jungle que promeut de fait l’hégémon anglo-américain.

À l’inverse, la notion de particularisme en Chine, théorisée dès Deng Xiaoping, et enfin par Xi Jinping (communauté de destin pour l’humanité), ne comporte aucune dimension messianique de conquête de territoires étrangers pour y diffuser des valeurs philosophiques ou religieuses, sous prétexte de promotion de la justice et de la démocratie.

La Chine conduit sa diplomatie selon les cinq principes du respect mutuel pour la souveraineté et l’intégrité territoriale, la non-agression mutuelle, la non-ingérence mutuelle dans les affaires internes, l’égalité et le bénéfice mutuel, et la coexistence pacifique.

La Chine ayant été contrainte par la force au XIXe siècle par l’Angleterre et la France de commercer avec l’Europe, elle s’interdit de commettre cette erreur à son tour au XXIe siècle. Commercer avec la Chine dans le cadre de son « initiative de la ceinture et de la route », ou nouvelles routes de la soie, ne signifie pas que les États qui commercent avec elle doivent élire ou mettre en place par une révolution de couleur un gouvernement pro-chinois ou pro-communiste. La Chine se garde bien également de toute entreprise s’appuyant sur le prosélytisme et la contrainte avec ses partenaires commerciaux et diplomatiques : elle ne s’ingère pas dans leurs affaires internes, et ne promeut aucune réforme sociale ou sociétale, comme le font les États occidentaux dans leurs rapports avec le Sud global : le dernier exemple de cette tendance néocolonialiste fut la diatribe de promotion du LGBTisme au Sénégal, délivrée de façon volontairement agressive, paternaliste et dénuée de bienséance par le personnage trouble J.-L. Mélenchon.

À l’opposé de ces comportements néocoloniaux qui persistent au sein d’un Occident en déclin (voir l’approche des trois derniers présidents français de l’épineuse question de la Nouvelle-Calédonie), les dirigeants chinois ont répété depuis des décennies que la Chine ne deviendrait jamais un hégémon. Dai Bingguo, prédécesseur de Yang Jiechi et de Wang Yi à la Commission des affaires étrangères du Parti communiste chinois (PCC), rappela récemment une déclaration de Deng Xiaoping, qui n’est évidemment jamais reprise par les médias occidentaux :

« Le Camarade Deng Xiaoping a jadis stipulé que si un jour la Chine venait à rechercher l’hégémonie dans le monde, alors les peuples du monde devraient pointer du doigt, s’opposer, et même combattre cette ambition. Sur ce point, la communauté internationale peut nous superviser. »

Dai Bingguo ajouta :

« Selon les principes de base de la politique chinoise, et par choix stratégique, la Chine ne recherche jamais le rôle de meneur, n’entre jamais en compétition pour la suprématie et ne poursuit pas l’hégémonie. [...] La Chine adhère toujours aux cinq principes de la coexistence pacifique, respecte le droit de tous les peuples à choisir leur propre voix de développement, et ne cherche jamais à dominer le monde. »

Zheng Bijian, vice-président de l’École du Parti, surnommé le « Henry Kissinger chinois », rappela au forum de Boao en 2003 que la Chine « a adopté une stratégie qui transcende la façon traditionnelle pour les grandes puissances d’émerger sur la scène internationale », en contraste avec les États-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Enfin, Xi Jinping a précisé publiquement au forum de Boao en 2021 que « quel que soit son degré de développement, la Chine ne revendiquera jamais l’hégémonie, ne s’élargira pas et ne cherchera pas à se constituer une sphère d’influence » [1].

Ce type de discours émanant de dirigeants chinois au plus haut niveau est absolument incompréhensible pour le dirigeant anglo-saxon de base et pour les pantins placés par l’hégémon anglo-américain à la tête des États vassalisés d’Europe et d’Asie : ils ne voient que tromperie et mensonge dans ces propos apaisants, car le logiciel de l’hégémon anglo-saxon, jeune puissance thalassocratique arrogante et inexpérimentée, est basé sur la conquête, la ruse, la piraterie, la domination sans partage et la suprématie.

Au contraire, la Chine, puissance tellurocratique plurimillénaire, exerce depuis des siècles une prudence vis-à-vis de l’étranger, dont on trouve une des expressions les plus significatives au début de la dynastie Ming : l’arrêt, dès 1433, des expéditions maritimes de l’amiral Zheng He, et le sabordement de la flotte impériale, la plus puissante du monde à l’époque, démontrent que la Chine fut consciente dès le XVe siècle, soixante ans avant l’épopée de Christophe Colomb qui amorça la période coloniale de l’Occident, que conquérir des territoires étrangers comportait des dangers certains, pour des bénéfices hypothétiques.

L’aristocratie chinoise perçut très tôt l’aberration et le gaspillage de ressources que représentait une entreprise d’exploration coloniale ou même seulement mercantile, qui consiste à dilapider les ressources nationales pour s’approprier des produits exotiques et les ressources de contrées lointaines.

La Chine impériale choisit une voie différente de celle des puissances européennes, en décidant de laisser les puissances étrangères venir à elle, préférant concentrer ses efforts sur son propre développement, la protection des invasions mongoles venues du nord, et la gestion d’une relation conciliante avec les États de sa périphérie. Le soft power à la chinoise était né : un mélange de « vente assise » du commerçant qui sait que ses produits sont supérieurs, et de laisser-faire taoïste.

 

L’épopée coloniale européenne comme facteur de déclassement de la Chine...

L’épopée coloniale des royautés européennes (en particulier celle du Royaume-Uni et de la Hollande) fut le facteur principal au XIXe siècle du dépassement de l’autre « région-centre » qui connaissait un dynamisme, une organisation économique et une croissance démographique similaire, et dont les habitants jouissaient d’un niveau de vie proche de celui des Européens : la région du Jiangnan, soit les villes au sud de l’embouchure du fleuve Yangzi (Changzhou, Hangzhou, Nanjing, Ningbo, Shanghai, Suzhou, Wenzhou, Wuxi, Yangzhou, etc.) qui constituent aujourd’hui encore le poumon de l’activité économique chinoise.

Comme le démontre Kenneth Pomeranz dans son ouvrage de référence Une grande divergence : la Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale [2], la colonisation britannique de territoires en Amérique, en Inde et en Afrique permit l’externalisation de la pression sur les terres agricoles anglaises vers les colonies, en important des denrées de base comme le sucre, le blé, et le coton, très consommatrices de terres agricoles qui manquaient justement aux petites nations européennes telles le Royaume-Uni et la Hollande. L’ouvrage de Pomeranz démonte le mythe auto-justificateur selon lequel les colonies représentaient des débouchés pour les produits de la métropole. Elles représentaient avant tout la source à bon marché de matières premières essentielles au développement économique de la métropole.

La Chine du XVIIIe siècle, alors première puissance économique du monde, refusa de nouveau la voie de l’expansion territoriale, de la spoliation et de la prédation sur des états lointains, et perdit ainsi sa première place au profit de petites nations industrialisées européennes.

Ce fut la seconde fois que le particularisme chinois, en terme de relations avec l’étranger, se manifesta de façon aussi marquante, au point d’être, si l’on s’en tient à de stricts critères anglo-saxons de « compétition », de « classement » et de « pouvoir d’influence », préjudiciable à la Chine. Du moins en apparence.

 

... puis de déclin de l’Occident au profit de la Chine

La colonisation, comme le néocolonialisme aujourd’hui, furent l’œuvre de la banque et des grandes corporations occidentales, qui, par un lobbying intense et une infiltration des parlements nationaux, réussirent dès le XVIIIe siècle à contraindre les États européens à mettre la puissance publique, notamment l’armée, la police et l’administration, au service d’intérêts commerciaux privés, en faisant miroiter d’hypothétiques bénéfices pour les nations.

Or, on le constate amèrement aujourd’hui, seules les corporations occidentales se sont enrichies grâce à la colonisation, au détriment des États dont elles émanaient : un enrichissement massif et rapide qui servit de socle à leur décollage économique phénoménal, qui leur permit d’atteindre une taille critique de dimension planétaire, leur permettant de s’affranchir définitivement de la tutelle des États dont elles étaient issues, et dont elles se sont servies.

Les séquelles de la colonisation (immigration massive, désindustrialisation, pression à la baisse sur les salaires, chômage de masse, poids sur les filets de protection sociale, délinquance, communautarisme, etc.) sont toujours supportées par les États et leurs populations. Les profits de l’aventure coloniale furent privatisés, tandis que les pertes sont toujours mutualisées jusqu’à nos jours.

Nous venons de la voir, la Chine a réalisé son ambition de redevenir la force commerciale et politique qu’elle fut jadis. Le volet militaire de son expansion, réel lui aussi, et révélateur du hard power chinois, est plus la conséquence des provocations de l’hégémon anglo-américain dans l’arrière-cour chinoise (mer de Chine du Sud) que de ses ambitions territoriales. Ses dirigeants et diplomates l’ont mentionné à plusieurs reprises : pourquoi l’Occident et la Chine devraient-ils s’affronter dans une guerre commerciale, au lieu de faire bénéficier le monde entier des fruits de la croissance provenant de deux moteurs au lieu d’un seul ?

 

La Chine a tenté de développer un soft power selon le modèle occidental

1. Une industrie du film qui désormais, en terme de box office national, dépasse Hollywood. Le top 10 au box office en Chine en 2023 sont tous des films chinois [3]. C’est autant le soft power américain qui s’effondre en Chine que celui de la Chine qui peine à prendre racine en Occident. Les films chinois n’intéressaient l’Occident dans les années 1990-2000 que lorsqu’ils montraient une Chine traditionnelle, pauvre, aux mœurs considérées arriérées (polygamie, société agraire, seigneurs de la guerre, etc.) voire décadentes (au début de la modernisation de la Chine et son ouverture à l’Occident). Le cinéma chinois contemporain n’intéresse plus le jury du festival ou le critique de cinéma (et donc le spectateur-mouton) occidental, car il ne correspond pas aux clichés que diffusent les médias, mais renvoie au contraire l’image d’une Chine moderne, confiante dans l’avenir et qui ne regarde plus vers l’Ouest pour trouver un modèle. En conséquence, les films chinois peinent de nos jours à trouver une place sur les écrans des pays occidentaux.

2. Instituts Confucius. Créés en 2004, les instituts Confucius sont plus de 500 dans le monde aujourd’hui, malgré les fermetures à répétition dans des villes universitaires majeures comme Lyon, Bâle, Leyden, Stockholm, Helsinki, Oslo, Dortmund, Hambourg, Chicago, Penn State, etc., sous prétexte d’activités d’espionnage ou de participation au « front uni du PCC », accusations jamais étayées par des preuves. Pendant ce temps, le Sud global met ses enfants au mandarin : l’Arabie saoudite a inscrit le mandarin au curriculum de tous les enfants saoudiens dès l’enseignement secondaire, aussi bien dans les établissements publics que privés, à raison de deux cours hebdomadaires.

3. Des médias chinois d’envergure internationale en langues étrangères : CGTN (2016), Global Times (2009), Xinhua News. Relativement récents par rapport à leurs concurrents anglo-saxons ou européens, ils rencontrent rapidement des problèmes avec le régulateur public en Occident. Au Royaume-Uni d’abord, qui a révoqué la licence de diffusion de CGTN au Royaume-Uni en 2019, et imposé une amende en 2021 pour la nature de sa couverture des émeutes à Hong Kong dans ses programmes diffusés dans l’Union européenne (hors-UK). Installé à Londres, CGTN a dû obtenir une autre licence en Europe (française, en 2021) pour pouvoir émettre sur le territoire de l’UE. Aux États-Unis, la chaîne a dû s’enregistrer comme « agent étranger » en 2019.

Le journal anglophone Global Times a été accusé, avec son éditeur en chef Hu Xijin, d’être le précurseur de la « diplomatie du loup de guerre », c’est-à-dire la voix d’une Chine qui n’accepte pas les humiliations sans rien dire comme auparavant.

Enfin l’agence de presse Xinhua, également enregistrée comme agent étranger aux États-Unis, est régulièrement diffamée par des ONG sorossiennes, et fut bannie de Twitter pour sa ligne éditoriale sur les émeutes de Hong Kong en 2019.

Les résistances occidentales, dont certaines tournent au harcèlement, rencontrées par ces trois modes d’expression du soft power chinois de style anglo-saxon, ont rendu inévitable le développement d’un soft power selon des termes culturels chinois.

 

Un soft power « aux caractéristiques chinoises »

Le particularisme chinois repose sur le pouvoir de séduction de la culture chinoise et du champs des idées (multipolarité, communauté de destin, sécurité indivisible, etc.). Il n’est pas question d’aller démontrer aux autres sa supériorité (exceptionnalisme), mais de s’assurer que le particularisme culturel et diplomatique chinois soit suffisamment flagrant, fonctionnel pour tous, tolérant et englobant (包容) pour susciter la curiosité, le respect, voire constituer pour les États en développement une source d’inspiration dans le processus de création d’un modèle adapté à leur réalité locale.

La récente politique d’exemption pour deux ans des visas de tourisme et d’affaires à une vingtaine d’États occidentaux et du Sud global, décidée par le président Xi Jinping en 2023, s’inscrit dans cet effort de contourner, par le développement des échanges de personnes, l’incessante propagande occidentale anti-chinoise qui, de l’aveu même de Vladimir Poutine au sujet de la Russie, ne connaît pas d’équivalent et ne peut être combattue frontalement.

Le message de la Chine aux populations occidentales est simple : « Passez-vous de la médiation de vos journaux et experts de plateaux TV, et venez vous faire une idée de la Chine par vous-mêmes. » La Chine est suffisamment sûre d’elle-même, de son attractivité culturelle, commerciale et entrepreneuriale, et de sa compatibilité avec les aspirations des peuples occidentaux, pour s’ouvrir de la sorte. Les États occidentaux bénéficiaires de cette mesure ne lui ont d’ailleurs pas retourné la politesse, malgré leurs références systématiques à l’importance d’une réciprocité dans les affaires diplomatiques.

 

Si vis pacem, para vinum

En conclusion, et contrairement à ce qu’affirment des petites officines atlantistes dont le fonds de commerce oscille entre russophobie et sinophobie, ce n’est donc pas un particularisme exclusif (suprémacisme) qui se développe en Chine, mais bel et bien une forme de particularisme inclusif, remarquablement bien résumé dans l’expression attribuée à Hu Jintao et popularisée par Xi Jinping de la construction d’une « communauté de destin pour l’humanité » (人类命运共同体). Les dirigeants chinois contemporains n’ont de cesse de répéter que le développement de la Chine, notamment par les nouvelles routes de la soie, n’est pas viable s’il laisse des États en développement sur le bord de la route.

Le développement de la Chine est encore particulier par rapport à l’Occident par son caractère éminemment pacifiste, exprimé dans l’expression de « l’essor pacifique de la Chine » (中国的和平崛起) attribuée à Zheng Bijian et popularisée par Hu Jintao. Comme l’expliquait le grand diplomate chinois Dai Bingguo, la Chine préfère dépenser sa richesse durement acquise à la sortie de la pauvreté du peuple chinois, à son élévation, à son bien-être, et à la grandeur retrouvée de la civilisation chinoise, plutôt que dilapider cette richesse dans une course aux armements avec l’hégémon.

La Chine ne tombera pas dans le piège qui fut tendu à l’URSS, et qui eut raison d’elle.

Ainsi, la Chine a une seule base militaire à l’étranger (pas 800), trois porte-avions (pas 11), 500 ogives nucléaires [4] (pas 5 000 [5]), des quantités qui ne permettent pas d’entrer en compétition avec l’hégémon anglo-américain, mais qui sont suffisamment dissuasives.

Ce n’est pas par la force que la Chine compte contribuer à la multipolarité : c’est la possibilité de l’usage de la force, et la nouveauté du modèle de relations internationales qu’elle offre à tous qui permettra tout d’abord à la Chine, avec la Russie et la Corée du Nord, de ne pas subir le destin de nations moins puissantes qui ont croisé le fer avec l’hégémon dans le passé (Irak, Libye, Syrie, Afghanistan), mais surtout d’imprimer sa trace sur le XXIe siècle comme la première superpuissance anti-hégémonique, une superpuissance réticente qui plus est, qui se donna les moyens – pacifiques – de ses ambitions.

Laurent Michelon

 

Laurent Michelon est entrepreneur en Chine. Diplômé de l’IEP de Paris et de l’Inalco, il est établi en Chine depuis bientôt 25 ans, où il a travaillé dans la diplomatie culturelle française et pour différents groupes de communication internationaux, avant de développer ses activités de conseil pour des sociétés européennes en Chine et des multinationales chinoises en Europe. Il a publié en 2022 chez Perspectives libres Comprendre la relation Chine-Occident – La superpuissance réticente et l’hégémon isolé. Retrouvez-le sur X (ex-Twitter) et sur sa chaîne YouTube Valise diplo.

Notes

[1] 中国永远不称霸,不扩张,不谋求势力范围

[2] Pomeranz Kenneth, 2010 (éd. originale 2000) : Une grande divergence : la Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale, Albin Michel, 560 p.

[3] https://variety.com/2024/film/news/...

[4] https://thebulletin.org/premium/202...

[5] https://thebulletin.org/premium/202...

L’expertise de Laurent Michelon

 
 






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  • Il se peut qu’il y ait une certaine philosophie Chinoise moins belliciste que d’autres, mais qu’en sera-t-il dans 10 ans ? Est-ce que cette philosophie régira encore leur politique ? Rien n’est moins sure. La nature humaine reste ce qu’elle est, les façons de penser, elles, sont volatiles.

     

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  • M. Michelon, agent chinois ! Ah ah... !
    Je crains que les analyses de Laurent Michelon se perdent dans la diffamation avant de parvenir aux oreilles des Français ordinaires.

    L’Occident ne sait que convertir les autres ou vénérer les autres. Les Chinois n’ont pas cette forme de pensée : « N’as-tu pas entendu parler du jeune homme qui avait tenté d’imiter la démarche des gens de Handan et qui non seulement avait essayé en vain, mais à la fin ne savait même plus marcher comme il le faisait avant ? Il dut rentrer chez lui à quatre pattes." (邯郸学步)
    Le destin de l’Occident est de se retrouver à quatre pattes et de se faire enc...

     

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  • Tous ces beaux discours n’empêchent pas la Chine de s’emparer de terres (mers) considérées comme vietnamiennes, philippines... par les instances internationales. Par ailleurs, ayant longuement vécu en terres chinoises, je peux vous assurer que leur racisme - anti-occidentaux, anti noirs, anti leurs propres minorités ethniques - est bien présent, enraciné dans la conviction d’avoir tout inventé y compris le jeans et la pénicilline et d’être supérieurs. Rappel : la Mésopotamie a inventé l’écriture bien avant les chinois, la penicilline et le jeans sont nés en occident. Ceci dit, c’est une civilisation passionnante. Je les aime, mais je ne m’y fierais pas.

     

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    • @line, les asiatiques ont raison, l’occident est pourri, surtout depuis quarante ans, ils l’ont compris, pour les découvertes ou inventions, la pénicilline était connue depuis le néolithique, voire au paléolithique, l’écriture aussi, un peu plus récent, par différents peuples, égyptiens, grecs, phéniciens, c’est une des plus anciennes civilisations, le Général de Gaulle l’a bien déclaré, et ce n’est pas pour rien qu’il avait reconnu la Chine en 1964, ce qui n’avait pas du tout plu aux américains.

       
    • Ayant longuement vécu en terre chinoise, plus précisément depuis 3 générations, mon grand père est parti s’installer dans la concession française de Shanghai, mon père y est né et y a grandi d’une mère chinoise. Moi même j’y ai passé plus de 20 ans. J’ai voyagé dans plus de 200 pays, pour le travail et le loisir. Le peuple le moins raciste que j’ai rencontré, à condition de pouvoir communiquer, est le peuple chinois. Les policiers les plus respectueux des étrangers que j’ai rencontrés sont les policiers chinois. Les policiers français sont parmi les pires que j’ai pu rencontrer....Les policiers français prennent en général les étrangers pour des sous merdes.

       
  • Je ne serais pas aussi admiratif de la Chine que l’auteur.

    > processus de grand rajeunissement de la nation
    Leur politique d’enfant unique, et de favoritisme d’un garçon, ont fait qu’il y a aujourd’hui des dizaines de millions de jeunes hommes chinois célibataires, et qui ne trouveront pas de femme pour beaucoup. S’ajoute à ça l’urbanisation récente et le capitalisme, qui ont fait que le taux de natalité ne fait que baisser, comme dans tous les autres pays urbanisés et capitalistes. Ils ont une pyramide des âges pas beaucoup plus jolie qu’en Europe ou Corée.

    A propos de l’exploitation des terres et de leur spoliation, la dessus aussi, c’est pas mieux qu’avec les américains. Ils ne font qu’exploiter et spolier les terres en Afrique. Un collègue Camerounais m’avait expliqué qu’ils y produisent des tomates moins chères que ce que font les locaux. Ca ne laisse aucune chance aux camerounais de développer eux mêmes une économie locale, plus une grosse partie est destinée à l’export vers la Chine. Au Vietnam, les gens n’aiment pas trop les chinois ni ce qui est importé de Chine, car d’après ceux à qui j’ai parlé, ils leur exportent toutes les merdes dont ils ne veulent pas eux mêmes en Chine.
    Si le pays devient une grande puissance, et veut que la majorité de sa population soit des consommateurs de la classe moyenne, ils vont fatalement répéter le modèle américain : exploitation des terres à l’étranger, présence militaire à l’étranger pour maintenir leurs intérêts, etc...

     

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    • @paing, " peu importe que le chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape la souris" citation de Deng Xiaoping en 1962, " le jour ou’ la Chine s’éveillera, le monde tremblera" citation de Napoléon en 1814, " il faudra compter avec la Chine", le président Roosevelt l’a déclaré à ce bon vieil alcoolique de Winston, en 1942, ce qui n’a pas plu au vieux lion.

       
    • La Chine a été la première puissance économique mondiale pendant tout le moyen-âge. Pourquoi n’a-t-elle pas commis toutes les exactions que vous craignez pendant la dizaine de siècles où elle dominait le monde ? Pourquoi le ferait-elle maintenant ? Cette logique occidentale selon laquelle celui qui domine doit forcément écraser les autres est totalement absente de la philosophie chinoise. Celui qui domine doit au contraire être bienveillant envers les autres pour éviter les conflits. Les conflits sont destructeurs de richesse des deux parties en conflit selon la mentalité chinoise. Même celui qui gagne à la fin aura perdu du temps, de l’énergie et de l’argent pendant toute la période du conflit au lieu de se consacrer à un projet positif. C’est une approche très juste mais dont la contrepartie est de devoir toujours rester le meilleur sans aller détruire celui qui commence à vous rattraper . Les Chinois sont un peuple d’élite.

       
    • 1. Spolier veut dire voler. La Chine vole des terres au Cameroun ?
      2. Les fameuses tomates sont réexportées vers la Chine ? Alors en quoi la Chine empêche-t-elle l’économie locale de se développer ? Votre ami raconte n’importe quoi.

      3. La politique de l’enfant unique est terminée depuis 10 ans. Et cela n’a rien à voir avec le rajeunissement de la nation chinoise dont il est question dans l’article. On ne parle pas de pyramide des âges.

      Faut vous mettre à jour, lire plus, et voyager dans les pays concernés avant de commenter.

       
  • Excellente analyse qui met en lumière une curiosité propre à l’Occident euro-américain : l’obsession de faire d’autrui un clone de soi. L’Amérique est un état jeune qui ne parvient pas à dépasser le stade du miroir dans lequel l’image de l’autre n’est rien d’autre que la négation pure et simple de toute différence.

    Les EU sont, par conséquent, un ensemble d’individus resté figé au stade ado avec son goût pour la castagne, de la domination d’autrui par la menace, la violence, la guerre typique des petits caïds de cité.

    Pour comprendre la Chine, je suggère aux plus curieux les livres de François Jullien, sinologue et philosophe dont certains livres (un poil compliqué quant au style rédactionnel) mettent en résonance la pensée occidentale versus chinoise.

    Cela permet de comprendre pourquoi, qu’on les aime ou pas, les chinois sont bien plus adaptés à la mondialisation que le moindre état d’occident ! Une grande leçon d’adaptation à la réalité du terrain en général...

     

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  • J’émets l’hypothèse que, si la reconnaissance faciale ne se fait pas en Chine, c’est parce que le faciès chinois n’est pas facilement identifiable. Il ressemble trop à celui du voisin. Le risque d’erreur est probablement très élevé.
    Alors qu’un facies de type J-M Trogneux est unique et identifiable entre tous.
    Je ne nous souhaite pas l’Orient comme puissance occupante, proche ou lointain. Trop différent, pas foutu de comprendre notre psyché complexe, trop écraseur d’originalité, trop pragmatique, pas follement imaginatif.
    Et blague à part, la Chine nous subtilise pas mal de nos découvertes, usines, copyrights, territoires... Via la tactique du voleur chinois, qu’elle n’est pas d’ailleurs. Le voleur chinois, c’est un intermédiaire, situé grosso modo entre la Chine et l’Europe et chez lui sur les deux continents, surtout l’européen.
    La Chine, attention. Un bon allié, dont la parole a du poids et qui est logique et fiable quant aux traités internationaux, mais pas un ami de cœur.

     

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    • Le visage chinois est tout à fait identifiable, si on analyse le visage avec l’intérêt nécessaire. Il y a autant de variation de nez, de bouches, d’yeux, de formes de visage. Il y a juste le même type de cheveux. Et les blacks ? Ils ont tous le même visage ? C’est une réflexion qui s’apparente à du pur mépris de race.

       
  • Ce que l’auteur ne comprend pas est qu’il n’est pas nécessaire que la Chine soit démunie d’ambition impériale... sa volonté de développement s’oppose, et s’opposera mécaniquement à l’empire occidental, les Etats-Unis.

    Le clash est donc évident. Nécessaire même.

    Et la Chine, contrairement à ce qu’il affirme, s’y prépare activement.

    - Elle développe à marche forcé sa flotte de haute-mer (inexistante auparavant, bientôt en nombre d’unité, elle dépassera la flotte US)

    - Elle renforce et modernise ses armements nucléaires.

    Ajoutons à cela, une multitude d’attaques asymétriques contre l’Occident, et qui échappent à la plupart des observateurs.

    Lisez le livre de Peter Schweizer : Blood Money : Why the Powerful Turn a Blind Eye While China Kills Americans

    - le fentanyl qui tue 100 000 (jeunes) Américains par an ? La Chine !

    Et vous dites : c’est nouveau on n’y croit pas ? Faux.

    A la fin des années 60 la Chine a inondé... le Vietnam en guerre d’héroïne très pure et très bon marché. Le succès de cette opération fut phénoménal (les GI’s devenant totalement démoralisés).

    - la Chine finance même... les divisions raciales aux Etats-Unis ! Mais oui BLM... Pékin encore. Via des "Américains chinois" qui agissent comme "front", et distribuent des millions de dollars à une myriades de mouvements d’idiots utiles américains (extrême-gauche etc.)

    Là encore : c’est nouveau on n’y croit pas ! Faux.

    A l’époque des Black Panthers, la Chine jouait DEJA ce jeu... Rappelons que Pékin a offert l’asile politique au fondateur des BP ! (lequel a décliné).

    Ajoutons à ce tableau horrifique (et violent) :
    - l’espionnage généralisé, s’appuyant sur une formidable arme stratégique : la diaspora !

    - mais pas uniquement. Là ou un service occidental aligne quelques centaines, quelques milliers d’hommes, la Chine peut en aligner des centaines de milliers.

    Cette échelle (jamais vue ailleurs dans toute l’histoire de l’humanité) CHANGE TOUT.

    Enfin, rappelons "quand même" que c’est Pékin qui fut à l’origine de la pseudo pandémie qui a ravagé nos économies, et rendu folles nos populations... C’était il y a 4 ans, mais tout le monde a déjà oublié...

    Bref : il faut être lucide. La Chine est passée à l’offensive. Que cela vous plaise ou pas.

    Et l’opposition frontale avec l’empire déclinant des USA... de toutes les manières achèvera le boulot.

     

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    • @chris, " les états-unis ont cherché à renverser plus de 50 gouvernements étrangers, se sont ingérés de manière flagrante dans les élections d’au moins 30 pays et ont tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers", la Chine a tout dit sur l’hypocrisie américaine, déclaration du ministre chinois des affaires étrangères.

       
    • @chris
      on dirait un test pour voir à quels éléments des campagnes de dénigrements de la Chine nous croyons. Tu as oublié les raviolis pourris (contre les grossistes chinois qui faisaient de l’ombre aux kebabs luxe et restaurations rapides des amis du gouv.fr). Et qui sait, si le réchauffement climatique n’est pas l’œuvre des chinois... Le soleil est jaune, si çà c’est pas une preuve...

       
    • Jean Robin, sors de ce corps !

       
  • Et l’autre trou du c.. de eom avec son beauf qui revient de Chine et qui prétend que le crédit social y est une réalité…il parle chinois le beauf ? Il est resté combien de temps dans le pays ? 2 semaines comme touriste ou 5 jours en représentant de commerce ?
    Comme toujours, les experts en rien du tout sont là pour balancer leur propagande nocive histoire d’essayer d’enfumer les Français.
    Par contre, un grand merci à M. Michelon pour ses articles et vidéos. Enfin un sinologue qui comprend de quoi il parle.

     

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  • #3374727

    j’aime beaucoup la Chine (surtout ses lettres classiques). Mais je ne suis pas naïf. D’ailleurs, il faut se méfier de tous ces discours tiersmondistes : panafricain, panislamique, panrusse, pansocialiste et maintenant chinois ou hindou. Ces peuples ne sont pas spécialement "gentils" ni "vertueux". Ils ont simplement pris dans la figure 500 ans de domination occidentale (dont 200 ans absolus), et rêvent de vengeance.

    Donc, je trouve ça très positif d’étudier leurs civilisations et de mieux les connaître. Mais après, faut pas se faire d’illusion. Nous on rêve simplement de se débarrasser de Macron-Biden et des délires wokistes... Eux rêvent d’anéantir l’Occident, dont ils moquent les excès pour mieux briser en même temps les valeurs traditionnelles.

     

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  • La Chine, qui a démantelé son héritage philosophique, constitue aujourd’hui un faciès original du monde capitaliste et financier. Mais certains traits du complexe américano-biblique lui sont épargnés. La conversion de la Chine aux techniques (économiques, politiques, miltaires) apprises de l’Occident, et notamment du sésame "marxiste-léniniste", a donc débouché sur un système autochtone mais mondialisé de fait. En attendant, les Chinois font de la Sibérie leur arrière-cour et leur dépotoir : pas besoin de coloniser, des accords spéciaux ont suffi. Les Chinois ont le temps...
    Economiquement, ils arriveront à surmonter leurs erreurs récentes, mais pas nécessairement le vide consumériste.
    Un des problèmes majeurs des investisseurs chinois : Le poids de la Chine dans les transports grossit les charges des débiteurs, qui se tendent considérablement sous la pression, car le grand nombre des caisses et des fûts à manipuler excède leurs capacités. Entre autres.

     

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