Les causes de l’impasse au Sahel

Publié le : vendredi 3 janvier 2020
Commentaires : 6
Nombre de vues : 5 567
40 votes

Au Sahel, l’impasse actuelle a cinq principales causes :

 

1) Les Maliens et les Français n’ont pas le même ennemi. Pour les premiers ce sont les Touareg qui demandent la partition du pays alors que les islamo-trafiquants que Barkhane combat ne sont pas séparatistes ; de plus, ils irriguent l’économie souterraine du pays.

2) L’islamisme radical, donnée régionale de longue durée, a toujours été le paravent d’intérêts économiques ou politiques à base ethnique. Aujourd’hui, il prospère sur des plaies antérieures à la période coloniale dont il n’est que la surinfection.

3) Le djihadisme est devenu un « ennemi de confort ». En réalité, nous n’avons face à nous que quelques centaines d’ « authentiques » religieux se mouvant avec opportunisme dans un vivier de plusieurs dizaines milliers de trafiquants abritant leur « négoce » traditionnel derrière l’étendard du Prophète et qui, à l’occasion, peuvent se joindre à une expédition armée.

4) Pour les populations maliennes, la présence française relève du néocolonialisme et elles accusent même la France d’être « complice » (!!!) des djihadistes (voir mon communiqué du 8 décembre 2019). Une accusation singulièrement renforcée par l’insolite restitution du « sabre d’el-Hadj Omar » perçue localement comme la reconnaissance par la France de la mémoire d’un conquérant djihadiste apparenté aux Peul qui mit en coupe réglée les ancêtres de 90 % de la population de l’actuel Mali et d’une partie de celle du Burkina Faso...

5) Les dirigeants français qui s’obstinent à soutenir des États faillis, ne proposent à des populations antagonistes enfermées dans d’artificielles frontières qu’une seule solution politique, l’utopique « vivre ensemble ». Or, comment peuvent-ils imaginer que des nomades berbères, arabes ou peul accepteront de se soumettre au bon vouloir d’agriculteurs sédentaires, que leurs ancêtres razziaient, au seul motif qu’ils sont électoralement plus nombreux qu’eux ?

Voilà identifiés les cinq principaux problèmes qui sont à la base des actuels conflits sahéliens. Or, comme je l’explique dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours, ils sont insolubles dans les cadres politiques et institutionnels actuels. En effet, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la confrontation nomades-sédentaires, avec en arrière-plan la péjoration climatique et la suicidaire démographie, ne peuvent évidemment pas être réglées par Barkhane. D’autant plus que, placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales.

Sans une profonde remise en cause des définitions constitutionnelles des États sahéliens, les actuelles guerres sont donc sans solution. Imaginons en effet que les islamo-trafiquants et les divers groupes armés terroristes soient finalement éradiqués, les problèmes de fond que connaît le Sahel ne seraient pas réglés pour autant puisque les causes historiques et humaines des conflits résurgents n’y auraient pas été traitées.

Bernard Lugan

 

Voir aussi, sur E&R :

Comprendre l’embrasement sahélien

Dans le sahel centre-occidental, après le Mali et le Niger, le Burkina Faso se trouve désormais en première ligne face à des djihadistes-GAT (Groupes armés terroristes). La stratégie de ces derniers semble être de couper les villes de la brousse en jouant sur les fractures ethno-tribales. Tout en se plaçant à la confluence d’anciennes et mouvantes alliances rafraîchies par de modernes apparentements. (...)

Que faisons-nous encore au Sahel où le changement de paradigme s’impose désormais ?

Un sondage édifiant vient d’être publié au Mali : 82 % des Maliens ont une opinion défavorable de la France, 77 % pensent qu’elle n’y défend militairement que ses intérêts, 62,1 % considèrent que Barkhane doit quitter immédiatement le Mali et 73 % estiment que la France est complice des djihadistes… Ce sondage confirme l’ampleur du sentiment anti-Français largement affirmé le 10 février 2019 à (...)

Sans prise en compte de l’histoire, la guerre du Sahel ne pourra pas être gagnée

Lundi 19 août 2019, une nouvelle et importante attaque des GAT (Groupes armés terroristes) menée dans le nord du Burkina Faso, a fait des dizaines de morts, de blessés et de disparus dans les rangs de l’armée burkinabé. Pourquoi, six ans après la chevauchée de Serval, un conflit au départ localisé au seul nord-est du Mali, limité à une fraction touareg et dont la solution passait par la satisfaction de (...)

Pourquoi la déstabilisation du Sahel profite aux Américains et pas aux Français

C’est peut-être la dernière page de la défrancisation de l’Afrique. En 60 ans, après les indépendances de l’Afrique noire et du Maghreb (1958-1962), les Français se sont retirés peu à peu de l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Leur leadership militaire et économique leur est aujourd’hui disputé par les Américains pour les armes, les Chinois pour l’aspect économique. Le néocolonialisme a juste changé de drapeau. (...)
6 commentaires
Alerter

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

Suivre les commentaires sur cet article
Le 3 janvier 2020 à 12:32 par Snayche
#2355298

Point 3 important : "Le djihadisme est devenu un « ennemi de confort ». En réalité, nous n’avons face à nous que quelques centaines d’ « authentiques » religieux se mouvant avec opportunisme dans un vivier de plusieurs dizaines milliers de trafiquants abritant leur « négoce » traditionnel derrière l’étendard du Prophète et qui, à l’occasion, peuvent se joindre à une expédition armée." Surtout que ceux qui se prétendent monothéistes en utilisant le mal (trafics, corruption, vols, usure, etc) comme les sionistes pour la domination sont maudits comme eux.

Le 3 janvier 2020 à 19:15 par anonyme
#2355753

En effet, le djihadisme est ici l’ennemi, ailleurs c’est le terrorisme, il y a 150 ans en France, c’était l’anarchisme. Les états-unis, pays riche, s’en fabriquent partout où ils veulent des guerres civiles ...

Thémistoclès

Le 3 janvier 2020 à 19:49 par Jacques
#2355780

La situation est due à l’OTAN qui arme ces groupements. Les Touaregs sont leurs alliés objectifs. Tant qu’ils seront là, le conflit durera. Le problème est le même en Mauritanie mais là les Beidanes sont majoritaires.

Le 4 janvier 2020 à 07:41 par awrassi
#2356099

On parle beaucoup - et avec justesse - du retour des émigrés chez eux. Avec cette même justesse, demandons-nous pourquoi les armées occidentales occupent des pays étrangers ! Le constat de réalités ne doit pas faire occulter les causes de la réalité ... Supprimons les causes et nous nous éviterons les conséquences.

Le 4 janvier 2020 à 20:18 par Karim
#2356570

L’impérialisme a besoin du terrorisme pour survivre tout autant que le sionisme en a besoin d’antisémitisme.

Le 5 janvier 2020 à 09:34 par Pierre Loup
#2356821

Tout les pays noirs sont des catastrophes absolus et ne feront qu’empirer, tic tac tic tac ! Et les pays blancs fins de race continuent d’importer massivement ces gens là surtout la France.... LOL !!! Mais où vont nos retraites ? Pourquoi notre système sociale est foutu ?? LOL !