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Le Christ contre les marchands du temple : entretien avec Camille Mordelynch

Le christianisme est-il par nature anticapitaliste ? C’est l’idée audacieuse qu’une jeune chercheuse avance en menant une analyse des textes des premières communautés chrétiennes.

 

Présent : Jésus-Christ avait-il un message sur la forme que devait prendre la société et l’économie ?

Camille Mordelynch : Dans un premier temps, il faut rappeler que le Christ est en rupture avec le monde d’ici-bas : il est en lutte contre les conditions matérielles d’existence, animé par le souci de ramener l’homme à sa véritable vocation spirituelle. Par cet arrachement aux jouissances terrestres, aux rapports de pouvoir et de domination, le Christ promeut une contre-économie, et une anti-société de l’avoir, en faveur de l’avènement d’une assemblée universelle d’amour en Dieu ; il ne propose donc pas de modèle économique ou social établit, si ce n’est en négatif des problèmes socio-économiques qu’il n’a pas manqué de soulever. C’est ce qui conduira par la suite, au regard de ce que les Évangiles ont rapporté de ses enseignements oraux, à une éthique économique qui légiférera la gestion de biens nécessaire à toute vie religieuse communautaire.

Cette éthique serait aux antipodes de l’économie contemporaine capitaliste, caractérisée par l’accaparement des richesses aux mains d’une minorité dont le Christ aurait maudit l’avidité, s’il ne s’était pas chargé lui-même d’en chasser les marchands. Les anathèmes qu’il lance aux riches et aux possédants dans les Écritures résonnent de son injonction centrale :

« Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres. Ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » (Lc 13-16)

La rivalité est absolument antinomique, le « ou » est exclusif : on se soumet au culte de l’argent, ou à la gouvernance divine, mais l’un et l’autre ne peuvent coexister. D’où l’instauration, dans la communauté primitive de Jérusalem, d’une mise à disposition des biens des fidèles au profit de leur usage commun.

 

Comment définir la vision communautaire des premiers chrétiens ?

Assurément comme un idéal d’unité, réalisée au moyen de l’interdépendance, au sein de la structure sociale, du matériel et du spirituel. C’est tout le champ sémantique du terme koinonia, employé par l’Evangéliste Luc pour désigner la première communauté chrétienne, qui se révèle en recouvrant les notions de communauté et de communion : dans le christianisme primitif, la communio spiritualis, la communion des âmes en Dieu se manifeste et s’accomplit dans la mise en commun des biens, qui fait acte de foi ; et communio socialis de la communauté de biens soutient et renforce la communio spiritualis.

C’est ce que les Actes des Apôtres, récit de la première communauté chrétienne, met en évidence :

« La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme, et nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun. »

La vision communautaire des premiers chrétiens est donc celle d’une communauté devenue communion des âmes par l’intercession du Christ, dans laquelle les pratiques sociales et économiques – partage des biens et refus de la propriété individuelle, caisse commune, repas communs – répondent d’un engagement religieux : celui de ne faire qu’un, par amour de son prochain, justifiant le renoncement aux richesses au profit du collectif, et surtout des plus pauvres.

 

Leur refus de l’argent et de l’usure sera ensuite transmis au christianisme médiéval ?

Très rapidement, l’ecclesia primitiva de Jérusalem, qui pratiquait pauvreté individuelle et partage des biens, laissera place à en réseau de communautés étendu dans l’empire romain, qui s’organisera et s’hiérarchisera autour d’évêques souvent issus de la noblesse.

Au temps où le christianisme devint religion de l’empire, l’Église gagne en puissance et en richesse, mais le prestige de la première communauté chrétienne ne faiblira pas et continuera d’inspirer une mouvance rigoriste au Moyen Âge, en réponse à l’enrichissement de la papauté et au faste de certains ordres, comme l’Ordre clunisien au Xème siècle. L’âge d’or apostolique servira de référence à ce renouveau de l’ascétisme religieux, qui culminera dans la fondation des Ordres mendiants. François d’Assise, à l’origine des Franciscains ou des Frère mineurs, renoue avec Dame Pauvreté et renonce à ses biens. Mais globalement, la pauvreté évangélique restera un idéal communautaire réservé à l’érémitisme ou au monachisme.

 

Retrouvez Camille Mordelynch
dans le cadre de l’université d’E&R saison 2022-2023 !

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20 Commentaires

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  • #2980338
    Le 23 juin à 11:24 par Dieu, la France, le Roy
    Le Christ contre les marchands du temple : entretien avec Camille (...)

    Avec "l’idée audacieuse" selon laquelle le discours de Yeshua était de nature anticapitaliste, Camille Mordelynch vient tout simplement de réinventer l’eau chaude.

    En effet, cela fait des lustres que le groupe communiste (le vrai communisme, pas le faux) "Guerre de Classes" mené par Francis Cousin, l’a compris et tente de le faire comprendre, ceci avec des résultats mitigés autant auprès du grand public que de la "dissidence de strèmedrouâte"...

     

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    • #2980554
      Le 23 juin à 17:18 par Corona-christus - 2000 ans déjà
      Le Christ contre les marchands du temple : entretien avec Camille (...)

      En effet, cela fait des lustres que le groupe communiste (le vrai communisme, pas le faux)



      - Y’a les mauvais chasseurs, les mecs, tu voix, ils tirent... Et il y’a les bons chasseurs, les mecs ils tirent, mais avec l’Amour® dans la cartouche...

       

  • le Christ promeut une contre-économie, et une anti-société de l’avoir,




    Il est à craindre que cela soit faux, la vocation royale du baptisé implique la propriété privée. Et la déchristianisation de l’Occident entraîne à la fois l’abandon de la vocation royale et l’impossibilité en conséquent à posséder quoi que ce soit.

    L’opposition entre être et avoir est absurde, l’être a comme conséquence l’avoir. Et ceux qui ne sont plus ne peuvent plus avoir. Les Occidentaux remplissent leurs comptes en banque avec de l’argent mais leurs appartements sont de plus en plus vides, ils ne peuvent plus rien acquérir, avoir leur est devenu interdit depuis qu’ils ont renoncé à être.

    Dans la triple vocation du baptisé - prêtre, prophète et roi - il n’y a rien de communautaire ou communautariste, ce sont trois solitudes qui se renforcent mutuellement. Trois séparations de la communauté, trois faces Nord à gravir dans la solitude.

     

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    • #2980429
      Le 23 juin à 14:47 par Dieu, la France, le Roy
      Le Christ contre les marchands du temple : entretien avec Camille (...)

      Tu fais là une confusion bien usuelle, l’ami : il faut savoir distinguer la parole de Yeshua des dogmes catholiques.
      Yeshua et ses bases esséniennes ainsi que le christianisme primitif relèvent de Dieu alors que le catholicisme relève des hommes...

       
    • Et même, les tendances communisantes dans le Christianisme sont protestantes et même puritaines. Car s’ils disent qu’il ne veulent pas être le propriétaire de ce verger, ils sont aussi incapable de jouir des pêches mûres, juteuses, sucrées et fruitées que le propriétaire a cultivées. Il y a un ascétisme chrétien qui n’est que de la vulgarité cachée, car le monde a été créé par Dieu pour qu’on en jouisse, c’est l’immense originalité du christianisme authentique, du Catholicisme, par rapport aux paganismes de l’antiquité qui étaient des ascétismes contre-nature (parce que le monde méditerranéen est un fête des sens). Le Catholicisme est absolument aristocratique : il veut qu’on jouisse du monde, qu’on ait de grandes descendances (de grands arbres généalogiques), et qu’on meure au milieu des cons, tué par les cons.

      Et ainsi, par exemple, Soral n’est jamais plus chrétien que quand il est trahi par les siens et isolé, cerné par la meute, seul contre tous, acculé au mur. Il vit à ce moment-là la vocation sacerdotale, prophétique et royale de son baptême, il n’est jamais plus aristocrate et moins communisé qu’en ces moments difficiles et grandioses qui sont une agonie.

      La fausse opposition entre être et avoir, c’est une juste distinction scolaire, superficielle, ce n’est ni une pensée ni une intuition du christianisme.

      Mais l’Eglise est une fraternité de martyrs, une caste, un ordre aristocratique, celui de ceux qui ont accepté de passer par l’épreuve du « seul contre tous », de ceux qui ont « lavé leur vêtement dans le sang de l’Agneau » dit l’Apocalypse. Il n’y a que des Rois dans l’Eglise, qui est Monarchiste et Monachiste par définition. Il n’y a pas d’entre-deux possible, soit on est au chaud dans la communauté humaine, soit on est seul au pied de la Croix, dans le couloir de la mort, à attendre son tour d’y passer.

       
    • "Les Occidentaux remplissent leurs comptes en banque avec de l’argent mais leurs appartements sont e plus en plus vides, ils ne peuvent plus rien acquérir"

      Tu ne dois pas rentrer dans beaucoup de foyers.. Le matérialisme est dans son outrance.Tu fais de la masturbation intellectuelle.

      Pour le reste je je trouve cette religion belle juste de part les valeurs qu’elles portent. Que tout cela soit un mythe ou pas...

       
    • #2980670

      "A vous il a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux : mais à eux, cela n’a pas été donné. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a".

      A première vue, le point d’application de cette citation de l’Evangile n’est certes pas exactement celui de votre rapprochement entre l’être et l’avoir
      car l’avoir dont vous parlez est plus une figuration de l’avoir dont il est question ici.
      La négligence dans l’avoir qui supposerait une négligence dans l’être ne renvoie pas directement aux possessions matérielles. Ces possessions figurent une possession plus profonde. Toutefois, on serait tenté de dire que l’une découle nécessairement de l’autre.
      Je suis français, alors je me dois de persévérer dans cet être, et le posséder intimement.

      Beaucoup resteront sceptiques. Car ce genre de raisonnements n’est à portée que de ceux qui ont compris que VATICAN II a déconstruit le christianisme ainsi : une source païenne complétée par une greffe juive. Et ils ont rejeté la source païenne pour placer le christianisme sous seul éclairage juif (plus abstrait et spéculatif).
      Or la source de notre foi est encore celle des peuples païens qui ont accueillis la révélation. Elle est sa vitalité. Son culte des saints, des reliques, son goût des processions, des facultés sensibles transfigurées, lui sont indispensables pour demeurer ce témoignage vivant dont elle défendra l’héritage jusqu’à son dernier souffle. C’est l’immersion de la révélation dans notre propre génie. Et la tradition catholique, jusqu’à un passé récent, a toujours maintenu cette racine vivante dans ses ressorts initiatiques.

      Le protestantisme, lui, n’a conservé son goût païen que dans l’exploration des charismes. Mais pour le reste, sa sidération dans la seule orbite des textes l’a forcément rapproché de son "grand frère" juif, qui le devancera toujours sur ce chemin, et en fera son disciple, pour ne pas dire son "homme de main".

      L’Eglise catholique dans sa forme parfaite, achevée, se refuse à séparer ou confronter entre elles toutes les modalités de la Présence. C’est son caractère indiscutable ; et son histoire en porte tous les stigmates. Car Elle a combattu à toute époque les tentations ou hérésies qui auraient voulu la voir reculer dans cette voie.

       
  • Oui donc si l’on recherche la prospérité économique, le fait de pas être complexé par l’argent ( comme la France aujourd’hui) , et l’efficacité économique faut surtout pas suivre les conseils du christ qui est un communiste dans l’âme...

     

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    • La virulence du Christ, sur la question capitaliste, n’était elle pas dirigée exclusivement vers les prêtres qui commerçaient la Parole de Dieu ?
      Jésus mettait en garde contre le faux et éphémère confort de la matérialité sans un fondement spirituel fort.
      Sinon je suis de votre avis, un homme pieu et riche (et forcément intelligent) est capable d’accomplir des actes qui plaisent à Dieu.

       
  • Ce sont les tentacules des richesses terrestres qui retiennent et alourdissent ceux qui aimeraient suivre le Christ, dans son enseignement, pour partir à la conquête du Royaume des Cieux.
    Jésus chasse les marchands du Temple parce qu’ils ont souillé la maison de Dieu avec leur commerce et leur argent, et surtout, leur volonté de faire du profit dans un lieu de prières et d’adoration.
    Jésus ne rejette pas les riches, il les fréquente comme les pauvres, comme le médecin soigne les malades. Parce que les richesses terrestres sont trop souvent un obstacle dans la quête spirituelle du salut de l’âme. Âme créée par Dieu, bien le plus précieux que possède chaque homme, bien inestimable.
    Lazare de Béthanie est une des rares personnes riches qui met tous ses biens au service de Jésus pour son évangélisation de la Palestine.
    Quand un jour Pierre dit à Jésus qu’il a tout laissé pour le suivre, Jésus lui répond en substance :" Tu as tout trouvé."

     

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  • A mon avis la question est plus subtile que cela. Et l’on peut interpreter les evangiles d’autres manieres comme par exemple charles gave l’a fait dans un liberal nomme jesus.

    Jesus anti-capitaliste ? pas sur vu ses nombreuses paraboles sur les moutons,les gardiens de troupeau,les talents et toussa. Bien sur les commandements de dieu ont plus de valeurs que les biens materiels ( amassez des tresors au ciel ou les vers et la rouille ne rongent pas mat 6:20 )

    Le pere du fils prodige n’est pas alle chez l’etranger voir comment son fils se debrouillait la bas et il ne lui a pas envoye un messager avec du pognon pour l’aider a passer la mauvaise saison...liberte mais responsabilite pour le chretien...

     

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  • #2980558
    Le 23 juin à 17:20 par De la vérité vraie - terms & conditions apply
    Le Christ contre les marchands du temple : entretien avec Camille (...)

    Camille Mordelynch...

    - Mor de ryre...

     

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  • Ce concept d équité durant sa vie avec son semblable n a jamais réellement existé( ou très rarement).
    Posséder est une nature chez l humain, le partage demande un effort. Ceci explique nos sociétés individualistes prônant la réussite personnelle, surtout en matière d argent ou d équivalent pouvant engendrer un pouvoir sur autrui.

     

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  • #2980660

    Les éléments de base du libéralisme économique n’ont pas été conçus, comme c’est le cas généralement cru, par les calvinistes écossais et les protestants, mais au lieu de cela a surgi des enseignements des Dominicains et des Jésuites qui appartenaient à l’École de Salamanque pendant l’âge d’or espagnol (Hayek 1978b, 21, 80, 178-9).
    Hayek est allé jusqu’à citer deux scolastiques espagnols, Luis de Molina et Juan de Lugo, dans le discours qu’il a prononcé lors de la réception du prix Nobel de
    L’économie en 1974 (Hayek 1989).

    Ref : Jesus Huerta de Soto

     

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  • #2980668

    C’était donc, des individualistes. Puisqu’ils choisissaient de faire partie de la communauté et étaient libres de la quitter.
    S’ils étaient des collectivistes (communistes), ils auraient forcé les gens à faire partie de la communauté et leurs auraient interdits de la quitter.

    Confondre le communisme et la coercition avec la charité, c’est ne rien comprendre à la charité et à son importance.

     

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  • #2980696

    Luc 4 : Jésus rempli de l’Esprit-Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim . Le diable lui dit alors : “Si tu es le fils de dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.” (1) Jésus répond : “Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.” Le diable l’emmène alors plus haut , et lui fait voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : “ Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux . Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela.” Jésus lui répond :“ Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu dois adorer.” Puis le diable le conduit à Jérusalem, il le place au sommet du Temple et lui dit : “Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que tes pieds ne heurtent quelque pierre.” Jésus répond : “Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.” Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé (2).

    Note personnelle :

    1 La pierre n’est-elle pas aussi l’écriture, les tables de la loi par exemple, transformer l’écriture, les tables d’une base de donnée en pain certain le peuvent...
    2 Vers qui le diable s’en retourna ? pas vers Jésus - en tout cas pas avec cette même proposition ...

     

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