Quoiqu’on ait coutume de parler du « diable » ou du « satan » (deux mots qui signifient la même chose, le premier étant grec et le second d’origine hébraïque), dans le passé on se référait plutôt aux daemons, et ceux-ci n’étaient pas tous mauvais par ailleurs (pour parler des anges, on parlait des « dieux », qu’on distinguait de l’Être-premier). (Même l’idée d’« ange gardien » existait chez les Grecs, comme Platon et Plotin, sauf que ce n’était pas le terme « ange » qui est employé, mais daemon.) C’est avec le catholicisme que le satan est hypostasié et que l’ensemble des forces démoniaques se retrouvent concentrées en un seul terme : diable ou satan. Cela ne peut être dû au hasard, car on retrouve le même phénomène dans le Coran, même si celui-ci emploie parfois le terme de satan au pluriel (les satans, qui est alors synonyme de « démons »). De toute évidence, ce changement de vocable correspond à l’avènement d’une nouvelle réalité, qui ne peut être que celle de l’Antéchrist, qui est cet élément qui synthétise en lui l’ensemble des forces du mal.
Il est toujours pénible d’évoquer le sujet du satanisme lorsqu’on connaît les limitations inhérentes à la mentalité actuelle, profondément rationaliste. Mais on est tout de même obligé d’aborder le sujet, puisque, sans comprendre quelques données de « démonologie », il est impossible de comprendre ce qui se cache derrière certains personnages. A-t-on vraiment réfléchi au sens profond de ces qualificatifs parfois employés pour décrire certains individus, comme celui de « couple infernal », qu’a été utilisé par Faits et Documents pour décrire la relation entre le président français et la dénommée « Brigitte » ? Le « monde infernal » renvoie précisément au domaine d’existence des démons ; et si on sait que la différence entre un ange et un démon est que le second se nourrit des mêmes émotions que le premier mais inversées (ou polarisées négativement, comme humilité/orgueil ou générosité/rapacité), n’est-ce pas là une piste pour comprendre pourquoi, lorsqu’on étudie la vie de certaines personnalités controversées, tout semble complètement inversé, avec des individus se présentant comme femme alors qu’ils sont homme en réalité ? Il n’est pas bien compliqué d’entrevoir déjà, à l’aide de ces indications sommaires, le « mécanisme d’action » du satanisme moderne, qui consiste précisément à produire ces inversions à travers des individus dans lesquels celles-ci se retrouvent au plus haut point (c’est-à-dire des individus qui sont eux-mêmes le fruits des inversions les plus effroyables) et qui serviront alors de « support » à l’activité du satan.
René Guénon parle parfois du satanisme. Dans L’Erreur spirite, au chapitre « La question du satanisme », où il évoque ce problème de la mentalité moderne, il dit la chose suivante :
Il est convenu qu’on ne peut parler du diable sans provoquer, de la part de tous ceux qui se piquent d’être plus ou moins « modernes », c’est-à-dire de l’immense majorité de nos contemporains, des sourires dédaigneux ou des haussements d’épaules plus méprisants encore ; et il est des gens qui, tout en ayant certaines convictions religieuses, ne sont pas les derniers à prendre une semblable attitude, peut-être par simple crainte de passer pour « arriérés », peut-être aussi d’une façon plus sincère. Ceux-là, en effet, sont bien obligés d’admettre en principe l’existence du démon, mais ils seraient fort embarrassés d’avoir à constater son action effective ; cela dérangerait par trop le cercle restreint d’idées toutes faites dans lequel ils ont coutume de se mouvoir.
Si des religieux « seraient fort embarrassés d’avoir à constater […] [l’]action effective » du diable, c’est parce qu’ils ont, malgré eux, une mentalité moderne. Il existe des gens qui professent une sympathie pour le catholicisme, ou qui se disent catholiques, mais qui semblent avoir du mal à croire au satan. On se demande s’ils comprennent quoi que ce soit du catholicisme et des textes religieux de manière générale.
C’est là un exemple de ce « positivisme pratique » auquel nous avons fait allusion précédemment : les conceptions religieuses sont une chose, la « vie ordinaire » en est une autre, et, entre les deux, on a bien soin d’établir une cloison aussi étanche que possible ; autant dire qu’on se comportera en fait comme un véritable incroyant, avec la logique en moins ; mais quel moyen de faire autrement, dans une société aussi « éclairée » et aussi « tolérante » que la nôtre, sans se faire traiter à tout le moins d’« halluciné » ? Sans doute, une certaine prudence est souvent nécessaire, mais prudence ne veut pas dire négation « a priori » et sans discernement ; pourtant, on doit dire, à la décharge de certains milieu catholiques, que le souvenir de quelques mystifications trop fameuses, comme celles de Léo Taxil, n’est pas étranger à cette négation : on s’est jeté d’un excès dans l’excès contraire.
Léo Taxil est un journaliste français. À travers ses livres (comme Le Diable au XIXe siècle), il fit croire aux catholiques que les franc-maçons vénéraient le diable. Il y eut d’autres livres, sortis à la même époque, comme Lucifer démasqué, où les auteurs assimilait toutes sortes de courants au satanisme, allant des rose-croix aux franc-maçons. (C’est de ce genre de livres que vient l’idée de « maçonnerie luciférienne » qu’on retrouve chez les nationalistes français.) C’est ainsi qu’on a produit une opposition entre catholiques et maçons (à travers cette méfiance qu’on a semé, chez les catholiques, envers la maçonnerie) et, ensuite, une fois l’opposition actée, on s’est servi de la maçonnerie (en l’infiltrant) pour détruire le catholicisme et la France. Il existait tout un réseau qui participait à cette entreprise subversive, qui consistait à faire penser aux catholiques que certaines organisations (comme la maçonnerie), vénéraient le diable, et, parmi les individus appartenant à ce réseau, il y avait de véritables satanistes, c’est-à-dire des gens qui pratiquaient les « arts noirs ». Guénon savait qu’il y avait quelque chose de sombre derrière ces fantaisies, et c’est pourquoi il évoque ici la légende de Léo Taxil : car, après s’être faits avoir, les catholiques se sentaient quelque peu ridicules à croire aveuglément à tout ce qu’on leur racontait sur l’influence du diable. Le problème étant que, ne pas admettre l’existence du diable, c’est aussi grave que de le voir partout car :
Si c’est encore une ruse du diable que de se faire nier, il faut convenir qu’il n’y a pas trop mal réussi. Si nous n’abordons pas cette question du satanisme sans quelque répugnance, ce n’est point pour des raisons du genre de celles que nous venons d’indiquer, car un ridicule de cette sorte, si c’en est un, nous touche fort peu, et nous prenons assez nettement position contre l’esprit moderne sous toutes ses formes pour n’avoir point à user de certains ménagements ; mais on ne peut guère traiter ce sujet sans avoir à remuer des choses qu’on aimerait mieux laisser dans l’ombre ; il faut pourtant se résigner à le faire dans une certaine mesure, car un silence total à cet égard risquerait d’être fort mal compris.
La raison pour laquelle Guénon parle du satanisme dans L’Erreur spirite, c’est parce qu’il s’était aperçu qu’il y avait une influence de cet ordre qui se manifestait durant les séances spirites, ce dont il parlera dans Le Règne de la quantité :
On peut se demander s’il n’y a pas réellement, depuis l’apparition du spiritisme, quelque chose de changé dans la façon même dont le monde subtil agit dans ses « interférences » avec le monde corporel, et ce ne serait là, au fond, qu’un nouvel exemple de ces modifications du milieu que nous avons déjà envisagées en ce qui concerne les effets du matérialisme ; mais ce qu’il y a de certain, en tout cas, c’est qu’il y a là quelque chose qui répond parfaitement aux exigences d’un « contrôle » exercé sur ces influences psychiques inférieures, déjà essentiellement « maléfiques » par elles- mêmes, pour les utiliser plus directement en vue de certaines fins déterminées, conformément au « plan » préétabli de l’œuvre de subversion pour laquelle elles sont maintenant « déchaînées » dans notre monde. (chapitre « Le néo-spiritualisme »)
Par « influences psychiques inférieures » il entend tout ce qui est de l’ordre du « subconscient », c’est-à-dire la partie ténébreuse de notre âme (les pensées et émotions négatives, un exemple étant la pulsion d’autodestruction qu’on retrouve chez tant de jeunes). Guénon avait compris que l’avénement de la psychanalyse, et la place que celle-ci accordait au subconscient, était un « signe des temps », car :
Il y a certainement bien plus qu’une simple question de vocabulaire dans le fait, très significatif en lui-même, que la psychologie actuelle n’envisage jamais que le « subconscient », et non le « superconscient » qui devrait logiquement en être le corrélatif ; c’est bien là, à n’en pas douter, l’expression d’une extension qui s’opère uniquement par le bas, c’est-à-dire du côté qui correspond, ici dans l’être humain comme ailleurs dans le milieu cosmique, aux « fissures » par lesquelles pénètrent les influences les plus « maléfiques » du monde subtil, nous pourrions même dire celles qui ont un caractère véritablement et littéralement « infernal ». (chapitre « Les méfaits de la psychanalyse »)
Les démons et les anges sont des extensions de la personnalité humaine : ils sont générés et nourris par les désirs et pensées qui naissent dans l’âme humaine (voir les « sept péchés capitaux » de saint Thomas d’Aquin), c’est pourquoi l’appel au subconscient (au sens freudien du terme) ne peut que s’avérer néfaste, car, en omettant le « superconscient », on réduit l’homme à ce qu’il a de plus inférieur, ce qui revient à le rendre prisonnier du monde infernal.
Pour résumer, disons que voir le satanisme partout n’est aussi grave que de le voir nulle part. Or une des choses qui rend difficile la compréhension du satanisme, c’est que les gens qui en parlent ne savent pas ce que c’est exactement, certains s’imaginant qu’il faudrait des « rites sataniques » pour que l’activité du satan soit confirmée, un peu comme si le satan allait se laisser aussi facilement découvrir. Mais soyez certains que, lorsqu’on organise des choses comme la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, et lorsqu’on place des personnages aux mœurs dissolues au pouvoir dans tel ou tel pays, ces opérations répondent à des objectifs sataniques bien précis, et, pour ne parler que la cérémonie des JO, il est aisé de voir que, depuis bien des années en France, tout a été fait pour détruire la France catholique, et, un des moyens dont on s’est servi à cette fin, c’est justement la moquerie du religieux (dont Charlie est la manifestation la plus radicale). Nous sommes un peu étonnés que les gens se demandent s’il y a du satanisme derrière ces choses puisque, dans l’Apocalypse de Jean, le caractère distinctif de la Bête est le blasphème :
Et il se tint sur le sable de la mer. Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. (Apocalypse 13:1)
Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui sont au ciel. (Apocalypse 13:6)
Lorsqu’un certain président disait : « Notre génération doit savoir que la Bête de l’événement est là, et elle arrive […] Je suis dans cet état d’esprit-là », à votre avis, qu’entendait-il par « état d’esprit » ? Ou quel est cet « état d’esprit » qui est le sien ?