Éclairage sur la destitution d’un président de la République française

Publié le : vendredi 9 septembre 2022
Commentaires : 24
Nombre de vues : 18 097
Source : E&R
0 vote

Le chef de l’État français peut commettre les crimes les plus graves, il est devenu juridiquement impossible de le poursuivre pénalement pendant l’exercice de son mandat. En revanche, la Haute Cour peut prononcer sa destitution en cas de manquement aux devoirs d’un Président de la République manifestement incompatible avec l’exercice d’un mandat. Et l’on entend de plus en plus parler de la mise en œuvre de cette procédure.

 

Je ne me prononce pas sur la pertinence d’une destitution au fond. Car si les raisons de fond peuvent être très graves, elles peuvent tout aussi bien être très légères. Les termes de la Constitution sont suffisamment vagues pour qu’une destitution soit facilement justifiée. Quels sont, en effet, les « devoirs d’un Président de la République » ? Qu’est-ce qui peut constituer un « manquement » ? Enfin, en quoi sera-t-il « manifestement incompatible avec l’exercice d’un mandat » ? Le problème n’est pas là.

Je me penche uniquement sur l’aspect procédural de la destitution. Elle a fait l’objet d’une réforme, sous Sarkozy. Et désormais tout est bien verrouillé. Voici en effet les six étapes de cette procédure (vu l’article 68 de la Constitution et la Loi organique du 24 novembre 2014). Nous allons voir qu’il n’y a quasiment aucune chance pour qu’une procédure franchisse toutes ses étapes et aboutisse à la destitution. Et le problème de ce genre de blocage, en cas de crise grave et d’abus de pouvoir, c’est que la seule solution reste le coup d’État.

 

Première étape : proposition d’accusation

L’initiative de la procédure de destitution appartient à un dixième des membres de l’une ou l’autre des assemblées parlementaires. Pour l’Assemblée nationale, il faut la réunion de 58 députés ou bien pour le Sénat de 35 sénateurs.

Ces parlementaires déposent sur le bureau de leur assemblée une proposition motivée de résolution portant mise en accusation et tendant à la réunion de la Haute Cour.

 

Deuxième étape : vérification de la proposition d’accusation

Le Bureau communique sans délai la Proposition au Président de l’assemblée, au Président de la République et au Premier ministre.

Puis il vérifie que la Proposition remplit les conditions. Il semble que cette mission ne consiste en rien d’autre qu’à vérifier que la Proposition est bien portée par le nombre requis de députés ou de sénateurs. Peut-être le Bureau vérifiera-t-il aussi que la Proposition est motivée, mais il ne semble pas lui appartenir de juger de la pertinence de cette motivation.

Et il la transmet à la Commission permanente compétente en matière de lois constitutionnelles.

 

Troisième étape : décision d’adoption de la proposition d’accusation

La commission permanente compétente en matière de lois constitutionnelles examine la proposition et décide de l’adopter ou de la rejeter.

Au vu de leur composition, on jugera de la capacité de ces formations à bloquer ou non une procédure.

https://www2.assemblee-nationale.fr/15/commissions-permanentes/commission-des-lois

https://www.senat.fr/senateurs/lois.html

Autrement dit, une Proposition aura pu aller jusqu’ici, aller au-delà sera déjà plus difficile.

 

Quatrième étape : vote d’adoption de la mise en accusation par la première assemblée

En cas de Proposition adoptée, elle est inscrite à l’ordre du jour et un vote a lieu. Si la Proposition recueille la majorité des deux tiers, elle est transmise à l’autre assemblée.

Cette fois il faut réunir 239 sénateurs ou 392 députés.

 

Cinquième étape : vote d’adoption de la mise en accusation par la seconde assemblée

Si l’autre assemblée vote pour la Proposition à la majorité des deux tiers, celle-ci est adoptée.

 

Sixième et dernière étape : accusation devant la Haute Cour

Le Bureau de la Haute Cour, composé de vingt-deux membres, se réunit et travaille. Une commission de douze vice-présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat recueille les informations nécessaires à la Haute Cour. Elle fait un rapport qui est distribué et rendu public.

Le Parlement (députés et sénateurs réunis) est constitué en Haute Cour. Celle-ci est présidée par le Président de l’Assemblée nationale.

Les débats sont publics.

Le vote a lieu à bulletin secret. La destitution est prononcée à la majorité des deux tiers (630 parlementaires).

Maître Damien Viguier

Me Viguier, sur E&R :

Affaire du clip de rap Gilets jaunes : la Cour d’appel de Paris confirme la relaxe pénale

Ce mercredi 7 septembre 2022, la Cour d’appel de Paris a vidé son délibéré dans l’affaire du clip du rappeur Rude Goy, Rap dit « des Gilets jaunes », diffusé sur le site d’E&R. Procédure complexe En septembre 2019 le tribunal de Bobigny condamnait Alain Soral à deux ans d’emprisonnement (dont six mois avec sursis) et 45 000 € d’amende pour injure raciale, diffamation raciale et provocation (...)

"Un éclairage vif, riche de fils à tirer" : recension de La Controverse de Ravenne de Damien Viguier

Quel lien existe-t-il entre les structures familiales et les formes d’organisation du pouvoir ? Relation organique, naturelle ou animale, dans le cadre des sociétés primitives, mais qui tend à se dissoudre à mesure que l’humanité progresse dans le développement de la civilisation. Les systèmes familiaux primitifs fondés sur les liens du sang, selon des règles spécifiques d’appartenance ou de (...)

La chronique juridique de Damien Viguier #23 – Réflexions sur la prison, la peine de mort et le divorce

La chronique juridique de Damien Viguier est l’une des nombreuses émissions d’ERFM. Présentation de cet épisode : Monsieur Buffet et Maître Viguier s’entretiennent de la place dans les prisons, du rôle du juge en matière pénale, de la peine de mort et du divorce. Maître Viguier évoque la cosa nostra pour aborder la question de la res publica, idéal romain antique pour lequel il vaut la peine de se (...)
- Du pécule au capital Kontre Kulture 2018 - De la famille clanique au couple parental homosexuel Kontre Kulture - La Réification de la parole et autres fictions Kontre Kulture - Pierre Bergé censeur – L’affaire Dialogues désaccordés -40% Kontre Kulture - Terrorisme et crime contre l’humanité Kontre Kulture - Terrorisme et crime contre l’humanité (livre audio) Kontre Kulture - Pédophilie, viol et séduction - Pédophilie, viol et séduction - Livre audio - Comprendre la garantie : la faillite - Comprendre la responsabilité civile : la faute du fonctionnaire - Comprendre le contrat : la dot - Comprendre l’obligation : la compensation - Comprendre les servitudes : l’indivision - Comprendre l’accession naturelle : matière et forme - Comprendre la propriété : l’immeuble en copropriété - Comprendre la distinction des meubles et des immeubles : les plaques de cheminée - Comprendre la filiation : le mythe d’Œdipe - Comprendre le mariage : le veuf et sa parente - Comprendre l’État civil : l’enfant de l’esclave - Comprendre la tutelle : libération à la puberté - Formation 2018-2019 : Comprendre le Droit civil (-50%) - La Réification de la parole et autres fictions - Livre numérique - Comprendre le droit canonique et son histoire - Comprendre le droit canonique : l’inceste dans le Décret de Gratien - Comprendre le droit canonique : l’inceste chez Saint Augustin - Comprendre le droit canonique : l’inceste dans les lois romaines - Pédophilie, viol et séduction – Version Papier et Audio -15% - La controverse de Ravenne
24 commentaires
Alerter

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

Suivre les commentaires sur cet article
Afficher les commentaires précédents
Le 9 septembre 2022 à 11:57 par Randonneur
#3026372

Asselineau a présenté la procédure de destitution auprès des députés, étayé par un solide dossier mais personne, une fois de plus , ne relaie son action.

Le 9 septembre 2022 à 16:15 par ladko
#3026544

Si, un seul député.

Le 9 septembre 2022 à 11:58 par Anonyme
#3026376

L’autre voie possible prévue par l’article 7 de la Constitution dépend du Gouvernement et du Conseil constitutionnel. Le Gouvernement saisi le conseil constitutionnel pour constater la vacance de la présidence ou l’empêchement définitif ou provisoire du président. Le Conseil statue à la majorité absolue de ses membres. Les fonctions du Président de la République sont alors provisoirement exercées par le président du Sénat. Et si celui-ci est à son tour empêché d’exercer ces fonctions, par le Gouvernement.

Le 10 septembre 2022 à 06:06 par Phiddipidès
#3026775

Le CC ? Celui présidé par Fabius et dans lequel on retrouve, entre autres modèles de vertu, Juppé ?

Le 10 septembre 2022 à 18:13 par Aymard de Chartres
#3027239

L’empêchement = maladie grave longue durée ou maladie grave et incurable ou disparition ou pris en otage et séquestré dans un lieu inconnu et pour une durée inconnue.

Vacance = le Président refuse d’exercer ses fonctions ou n’occupe plus ses fonctions dont le résultat paralyse le fonctionnement des institutions.

Cela n’a aucun rapport avec la destitution.

Le 9 septembre 2022 à 12:18 par etoileDneige
#3026385

La photo en tête d’article me ramène instantanément au diagnostique du Pr. Adriano Segatori..

Le 9 septembre 2022 à 14:37 par Rekedi
#3026482

Magnifique la 2 ieme étape : Le Bureau communique sans délai la Proposition au Président de l’assemblée, au Président de la République et au Premier ministre...

Le 9 septembre 2022 à 15:48 par Une petite française
#3026532

Ça fait rêver... je veux dire c’est possible, un revirement français mondialement apprécié ou presque ! l’exemple d’un peuple réunifié ! La France !

Le 13 septembre 2022 à 11:20 par bigus dickus
#3028787

Sauf que là ce n’est pas au peuple de voter...

Le 9 septembre 2022 à 16:55 par Colonel de Montjoie
#3026558

Destituer c’est faire le jeu de la République. La République doit être annihiler, purement et simplement, attendu que son essence est satanique. Ceux-là qui en sont les maîtres, qui dans l’ombre tirent les ficelles de nos pantins (telle la petite pédale, la fausse noble d’outre-Rhin et les autres guignols de la même fosse à purin) n’hésitent pas eux à invoquer leurs propres maîtres.
Faisons donc de même, mais au lieu d’invocations occultes et de sacrifices sacrilèges, remettons-nous-en aux anges et aux saints, cette milice céleste conduite par la Sainte Vierge (qui écrasera la tête du Serpent). Les jeux sont faits, lui et ceux-là ont déjà perdu le Ciel, il ne tient qu’à nous que l’humiliation soit totale pour cette engeance et leurs suppôts (au « risque » du martyre) : prière, jeûne et mortification, sans perdre de vue, le sens du combat dans le monde réel qui en est son évident corolaire.
A bas la gueuse et vive la France !

Le 9 septembre 2022 à 20:38 par Manetto
#3026673

Peu importe le système de gouvernement si ceux qui l’animent suivent les commandements de notre Père. Donc oui, il n’y aura pas d’age d’or avant que cette engeance soit écartée de l’Humanité. Mais quelle forme doit prendre notre combat pour ne pas "tomber du côté obscur" ? Jesus a enseigné, s’est tenu hors "système", a désobéi : Agir ainsi est la partie la plus "facile"... Mais il ne s’est pas "défendu" légitimement contre le pire des traitements : Faut-il accepter de se sacrifier pour ne pas risquer le pêché impardonnable ?

Le 10 septembre 2022 à 12:51 par !
#3027043

Ça ne veut rien dire : parler aux manquements de devoirs de sa charge est inopérant ici puisque la France est sous la coupe des traités européens ! Macron suit la politique européiste : il n’y a rien à lui reprocher, légalement parlant…

Le 14 septembre 2022 à 10:05 par christophe nicolas
#3029333

Evasion fiscale et non déclaration du patrimoine, harcèlement du peuple, prévarication de l’administration, empoisonnement, va t-en-guerre sans consultation du peuple et des élus, mauvaises moeurs érigées en lois racoleuses, propagande mensongère, etc., ce ne sont pas les motifs d’accusation qui manquent vis à vis de Macron. Sur la forme, c’est surtout l’évasion fiscale qui le menace, surtout que cela en fait un pion des puissances internationales de l’argent. En revanche, sur le fond, c’est surtout l’utilisation retorse de la propagande qui corrompt toutes les institutions qu’on peut lui reprocher, il a fait le choix d’enfumer pour gagner ce qui est déloyal vis à vis du peuple alors qu’il a un devoir de loyauté envers les Français. Il ne faut pas se leurrer, il a été propulsé Président par des forces qui le tiennent et il abonde pour les servir contre les intérêts du peuple.

Le 14 septembre 2022 à 10:41 par Padrepio
#3029356

La motion de censure est plus vraisemblable

Le 6 octobre 2022 à 08:48 par Robert Jordan
#3042370

Certains ont parlé de haute trahison qui, dans ce cas permet de réduire les procédures si les preuves sont flagrantes et actuellement avec tous les dossiers en cours depuis 2017, le cas est probable. Notamment dans le cas de la livraison de notre matériel militaire à un puissance étrangère qui fait à la guerre à une Nation qui n’est pas notre ennemi. Qu’en pensez vous ?