La question de fond : faut-il vivre à 200 à l’heure avec du sexe, de la drogue et du rock, et risquer de mourir jeune, ou bien vivre longtemps en faisant attention à sa ligne, sa santé, aux excès, somme toute une petite vie de bobo ?
Rien de tout cela : Val a brûlé la chandelle par les deux bouts, et a fini obèse avec un cancer de la gorge. Il était obèse avant son cancer, on aurait pu croire que c’était un coup de la cortisone. Les enfants sont priés de ne pas lire ce qui va suivre.
Rebelle en retard d’une guerre
Val sautait tout ce qui bouge, sniffait tout ce qui ressemblait à de la poudre, même le sel sur la table, et buvait tout ce qui avait plus d’un quart de gramme d’alcool. Il voulait être James Dean et Jim Morrison, sauf que les deux ont eu l’intelligence de s’effacer avant d’être gros et cons. Mais la vie de James n’est pas non plus un bon exemple : qui a envie d’être la « pute » à Marlon (Brando) ?
La réponse à la question de l’intro est apportée par un cycliste connu, qui a eu un cancer, comme Fignon, le double vainqueur du Tour de France mort à cinquante berges : il a carrément avoué qu’il se dopait, et qu’il en savait les conséquences, donc le cancer, mais il préférait avoir une vie courte et glorieuse plutôt que d’être un nobody du peloton, et finir vendeur au Decathlon du coin.
Tout dépend donc de ce qu’on met dans sa propre vie, en terme d’intensité. Tout le monde sait ce que l’alcool fait à l’organisme, idem pour la coke ; en revanche on n’a pas encore d’études (américaines, évidemment) sur la nocivité du sexe industriel. Mieux vaut banger sa secrétaire ou Paris Hilton (faut avoir envie !) comme le faisait Val ou rester avec Bobonne toute sa vie, quitte à s’ennuyer un peu ?
La réponse appartient à chacun. Il y a des acteurs durables, à la fois dans la vie et sur scène, qui ont une seule épouse, deux maximum. Vers la cinquantaine, en général, ils prennent une un peu plus jeune, mais c’est pas une loi. On voit Jeff Bezos s’acoquiner avec une vieille salope, une cougar de compète qui aurait sa place dans tous les films X pour ados.
En disant ça on serre un peu les fesses : on vient de commander une merde chez Amazon, en toute hypocrisie, car on sait que ça plombe le petit commerce national, il est vrai un peu chérot. Si jamais l’info redescend de Jeff à notre livreur, on est foutus. On n’ira pas se plaindre après. Mais on a oublié une chose : le vice. Il est possible que le Jeff, comme tous les super oligarques, soit très content d’avoir épousé salsalope. D’autres, c’est les trans, chose courante aujourd’hui.
Personnellement, si on réussit – mais c’est mal barré –, on va pas piocher dans le vivier trans, ça craint quand même du boudin. On se demande comment les stars masculines peuvent se taper ce genre de créature sans vagin avec de faux seins, mais ça doit être un stade quand on a goûté à tout, probablement. Donc Val (pas Philippe) est mort, ses extraits tournent un peu partout, il n’y aura ni foules en larmes ni marches blanches, il en restera une petite réflexion philosophique sur la santé et la durée de vie.
Vie chiante et longue en bonne santé, ou vie courte et intense en mauvaise santé ? C’est tout le dilemme du perceur de coffres : vite avec du bruit, ou doucement sans bruit ? Sachant que le propriétaire qui va se réveiller ou le flic qui va surgir incarnent un peu la Mort... Le modèle Morrison, qui était une vraie barrique alcoolisée avant de clamser, déclamant ses mauvais poèmes et foutant en l’air toutes les séances de studio, a pris un coup dans l’aile, justement avec les années 90, celles de la découverte de la santé, du bio, de l’équilibre.
Le grand public, même si c’est moins vendeur que la vie rock suicidaire, reluque maintenant du côté de Sting, toujours en forme à 73 ans, grâce à son régime crudivore et à ses séances de yoga, un truc de « pédé », aurait dit André Pousse.
Oui mais ça n’empêche pas l’ancien chanteur de Police, en loucedé, de se défouler en partouze. Ah mais ce n’est pas un marqueur de subversion, nous avertit un collègue, qui a raison : aujourd’hui, la partouze, c’est petit bourgeois. N’importe quel Mimile de campagne promène sa gravosse dans les touzes du coin, c’est la France Jacquie & Michel. Argument non recevable, donc.
Alors, qu’est-ce qui est subversif, au fond ? La définition est simple, et varie avec les âges, ou les générations. En vérité, mais en gros, c’est tout ce qui emmerde la bien-pensance de l’époque. Par exemple, aujourd’hui, pour être subversif, pas la peine de baiser des poufs en exhibant des faux billets comme les rappeurs ultraformatés, fabriqués en usine, il suffit juste de faire un papier sur le lobby juif, ou une vanne sur la Shoah. Là, vous êtes sûrs d’être branchés, mais à vos risques et périls, hein. Vous êtes branchés sur le 220.
Le vrai rock, c’est ça. Quant au sexe, ce qui est aujourd’hui subversif, c’est le couple amoureux, qui ne dévoile pas son intimité aux autres, que ce soit sur les réseaux ou dans les touzes. Un mec tranquille avec la tradwife post-féministe pas non plus oie blanche ! Ah, il reste la drogue, que tout le monde ou presque consomme, aujourd’hui (4 000 points de vente selon Fourquet) : la vraie drogue, c’est le travail créatif, produire des choses chaque jour différentes.