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Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

En 1992, un politologue américain, Francis Fukuyama, osait annoncer la « fin de l’Histoire ». Avec l’effondrement de l’URSS, disait-il, l’humanité entrait dans une ère nouvelle. Elle allait connaître une prospérité sans précédent. Auréolée de sa victoire sur l’empire du mal, la démocratie libérale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassée du communisme, l’économie de marché devait répandre ses bienfaits aux quatre coins du globe, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain. [1] La débandade soviétique semblait valider la thèse libérale selon laquelle le capitalisme – et non son contraire, le socialisme – se conformait au sens de l’histoire. Aujourd’hui encore, l’idéologie dominante martèle cette idée simple : si l’économie planifiée des régimes socialistes a rendu l’âme, c’est qu’elle n’était pas viable. Le capitalisme, lui, ne s’est jamais aussi bien porté, et il a fait la conquête du monde.

 

Les tenants de cette thèse en sont d’autant plus convaincus que la disparition du système soviétique n’est pas le seul argument qui semble plaider en leur faveur. Les réformes économiques engagées en Chine populaire à partir de 1979, à leurs yeux, confirment également la supériorité du système capitaliste. Pour stimuler leur économie, les communistes chinois n’ont-ils pas fini par admettre les vertus de la libre entreprise et du profit, quitte à passer par-dessus bord l’héritage maoïste et son idéal égalitaire ? De même que la chute du système soviétique démontrait la supériorité du capitalisme libéral sur le socialisme dirigiste, la conversion chinoise aux recettes capitalistes semblait donner le coup de grâce à l’expérience « communiste ». Un double jugement de l’histoire, au fond, mettait un point final à une compétition entre les deux systèmes qui avait traversé le XXème siècle.

Le problème, c’est que cette narration est un conte de fées. On aime répéter en Occident que la Chine s’est développée en devenant « capitaliste ». Mais cette affirmation simpliste est démentie par les faits. Même la presse libérale occidentale a fini par admettre que la conversion chinoise au capitalisme est illusoire. Enfin, les Chinois eux-mêmes le disent, et ils ont de solides arguments. Comme point de départ de l’analyse, il faut partir de la définition courante du capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange. Ce système a été progressivement éradiqué en Chine populaire au cours de la période maoïste (1950-1980), et il a effectivement été réintroduit dans le cadre des réformes économiques de Deng Xiaoping à partir de 1979. Une dose massive de capitalisme a ainsi été injectée dans l’économie, mais – la précision est d’importance – cette injection eut lieu sous l’impulsion de l’État. La libéralisation partielle de l’économie et l’ouverture au commerce international relevaient d’une décision politique délibérée.

Pour les dirigeants chinois, il s’agissait de lever des capitaux extérieurs afin de faire croître la production intérieure. Faire place à l’économie de marché était un moyen, et non une fin. En réalité, la signification des réformes se comprend surtout d’un point de vue politique.

« La Chine est un État unitaire central dans la continuité de l’empire. Pour préserver son contrôle absolu sur le système politique, le parti doit aligner les intérêts des bureaucrates sur le bien politique commun, à savoir la stabilité, et fournir à la population un revenu réel croissant et de meilleures conditions de vie. L’autorité politique doit gérer l’économie de façon à produire plus de richesses plus efficacement. D’où deux conséquences : l’économie de marché est un instrument, pas une finalité ; l’ouverture est une condition d’efficacité et conduit à cette directive économique opérationnelle : rattraper et dépasser l’Occident ». [2]

C’est pourquoi l’ouverture de la Chine aux flux internationaux fut massive, mais rigoureusement contrôlée. Le meilleur exemple en est fourni par les zones d’exportation spéciales (ZES). « Les réformateurs chinois voulaient que le commerce renforce la croissance de l’économie nationale, et non qu’il la détruise », notent Michel Aglietta et Guo Bai. Dans les ZES, un système contractuel lie les entreprises chinoises et les entreprises étrangères. La Chine y importe les ingrédients de la fabrication de biens de consommation industriels (électronique, textile, chimie). La main d’œuvre chinoise fait l’assemblage, puis les marchandises sont vendues sur les marchés occidentaux. C’est ce partage des tâches qui est à l’origine d’un double phénomène qui n’a cessé de s’accentuer depuis trente ans : la croissance économique de la Chine et la désindustrialisation de l’Occident. Un demi-siècle après les « guerres de l’opium » (1840-1860) qui virent les puissances occidentales dépecer la Chine, l’Empire du Milieu a pris sa revanche.

Car les Chinois ont tiré les leçons d’une histoire douloureuse. « Cette fois, la libéralisation du commerce et de l’investissement relevait de la souveraineté de la Chine et elle était contrôlée par l’État. Loin d’être des enclaves ne profitant qu’à une poignée de "compradors", la nouvelle libéralisation du commerce fut un des principaux mécanismes qui ont permis de libérer l’énorme potentiel de la population ». [3] Une autre caractéristique de cette ouverture, souvent méconnue, est qu’elle bénéficia essentiellement à la diaspora chinoise. Entre 1985 et 2005, elle détient 60 % des investissements cumulés, contre 25 % pour les pays occidentaux et 15 % pour Singapour et la Corée du Sud. L’ouverture au capital « étranger » fut d’abord une affaire chinoise. Mobilisant les capitaux disponibles, l’ouverture économique a créé les conditions d’une intégration économique asiatique dont la Chine populaire est la locomotive industrielle.

Dire que la Chine est devenue « capitaliste » après avoir été « communiste » relève donc d’une vision naïve du processus historique. Qu’il y ait des capitalistes en Chine ne fait pas de ce pays un « pays capitaliste », si l’on entend par cette expression un pays où les détenteurs privés de capitaux contrôlent l’économie et la politique nationales. En Chine, c’est un parti communiste de 90 millions d’adhérents, irrigant l’ensemble de la société, qui détient le pouvoir politique. Faut-il parler de système mixte, de capitalisme d’État ? C’est davantage conforme à la réalité, mais encore insuffisant. Dès qu’il s’agit de qualifier le système chinois, l’embarras des observateurs occidentaux est patent. Les libéraux se répartissent entre deux catégories : ceux qui reprochent à la Chine d’être toujours communiste, et ceux qui se réjouissent qu’elle soit devenue capitaliste. Les uns n’y voient qu’un « régime communiste et léniniste » bon teint, même s’il a fait des concessions au capitalisme ambiant. [4] Pour les autres, la Chine est devenue « capitaliste » par la force des choses et cette transformation est irréversible.

Certains observateurs occidentaux, toutefois, essaient de saisir le réel avec davantage de subtilité. C’est ainsi que Jean-Louis Beffa, dans un mensuel économique libéral, affirme carrément que la Chine représente « la seule alternative crédible au capitalisme occidental  ».

« Après plus de trente ans d’un développement inédit, n’est-il pas temps de conclure que la Chine a trouvé la recette d’un contre-modèle efficace au capitalisme à l’occidentale ? Jusque-là, aucune solution de rechange n’était parvenue à s’imposer, et l’effondrement du système communiste autour de la Russie en 1989 avait consacré la réussite du modèle capitaliste. Or la Chine d’aujourd’hui n’y a pas souscrit. Son modèle économique, hybride, combine deux dimensions qui puisent à des sources opposées. La première emprunte au marxisme-léninisme ; elle est marquée par un puissant contrôle du parti et un système de planification vigoureusement appliqué. La seconde se réfère davantage aux pratiques occidentales, qui donnent la part belle à l’initiative individuelle et à l’esprit d’entreprendre. Cohabitent ainsi la mainmise du PCC sur les affaires et un secteur privé foisonnant ». [5]

Cette analyse est intéressante, mais elle renvoie dos-à-dos les deux dimensions – publique et privée – du régime chinois. Or c’est la sphère publique, manifestement, qui est aux commandes. Dirigé par un puissant parti communiste, l’État chinois est un État fort. Il maîtrise la monnaie nationale, quitte à la laisser filer pour stimuler les exportations, ce que Washington lui reproche de façon récurrente. Il contrôle la quasi-totalité du système bancaire. Surveillés de près par l’État, les marchés financiers ne jouent pas le rôle exorbitant qu’ils s’arrogent en Occident. Leur ouverture aux capitaux étrangers est d’ailleurs soumise à des conditions draconiennes fixées par le gouvernement. Bref, le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un État souverain, et non à la « main invisible du marché » chère aux libéraux. Certains s’en affligent. Libéral bon teint, un banquier international qui enseigne à Paris I relève que « l’économie chinoise n’est ni une économie de marché, ni une économie capitaliste. Pas même un capitalisme d’État, car en Chine c’est le marché lui-même qui est contrôlé par l’État ». [6] Mais si le régime chinois n’est même pas un capitalisme d’État, est-ce à dire qu’il est « socialiste », c’est-à-dire que l’État y détient la propriété des moyens de production, ou y exerce du moins le contrôle de l’économie ? La réponse à cette question est clairement positive.

La difficulté de la pensée dominante à nommer le régime chinois, on l’a vu, vient d’une illusion longtemps entretenue : abandonnant le dogme communiste, la Chine serait enfin entrée dans le monde merveilleux du capital. On aimerait tant pouvoir dire que la Chine n’est plus communiste ! Convertie au libéralisme, cette nation réintégrerait le droit commun. Retour à l’ordre des choses, une telle capitulation validerait la téléologie de l’homo occidentalis. Mais on a sans doute mal interprété la célèbre formule du réformateur Deng Xiaoping : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris ». Cela ne signifie pas que le capitalisme et le socialisme sont indifférents, mais que chacun sera jugé sur ses résultats. Une forte dose de capitalisme a été injectée dans l’économie chinoise, sous contrôle de l’État, parce qu’il fallait stimuler le développement des forces productives. Mais la Chine demeure un État fort qui dicte sa loi aux marchés financiers, et non l’inverse. Son élite dirigeante est patriote. Même si elle concède une partie du pouvoir économique aux capitalistes « nationaux », elle n’appartient pas à l’oligarchie financière mondialisée. Adepte du « socialisme à la chinoise », formée à l’éthique confucéenne, elle dirige un État qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être d’un milliard 400 millions de Chinois.

Il ne faut pas oublier, en outre, que l’orientation économique adoptée en 1979 a été rendue possible par les efforts réalisés au cours de la période antérieure. Contrairement aux Occidentaux, les communistes chinois soulignent la continuité – en dépit des changements intervenus – entre le maoïsme et le post-maoïsme.

« Beaucoup ont eu à pâtir de l’exercice du pouvoir communiste. Mais ils adhèrent pour la plupart à l’appréciation émise par Deng Xiaoping, lequel avait quelque raison d’en vouloir à Mao Zedong : 70 % de positif, 30 % de négatif. Une phrase est aujourd’hui très répandue parmi les Chinois, révélatrice de leur jugement sur Mao Zedong : Mao nous a fait tenir debout, Deng nous a enrichis. Et ces Chinois estiment tout à fait normal que le portrait de Mao Zedong figure sur les billets de banque. Tout l’attachement que les Chinois affichent encore aujourd’hui pour Mao Zedong tient à ce qu’ils l’identifient à la dignité nationale retrouvée ». [7]

Il est vrai que le maoïsme a mis fin à cent cinquante ans de décadence, de chaos et de misère. La Chine était morcelée, dévastée par l’invasion japonaise et la guerre civile. Mao l’a unifiée. En 1949, elle est le pays le plus pauvre du monde. Son PIB par tête atteint la moitié environ de celui de l’Afrique et moins des trois quarts de celui de l’Inde. Mais de 1950 à 1980, durant la période maoïste, le PIB s’accroît de façon régulière (2,8 % par an en moyenne annuelle), le pays s’industrialise, et la population passe de 552 millions à 1 017 millions d’habitants. Les progrès en matière de santé sont spectaculaires, et les principales épidémies sont éradiquées. Indicateur qui résume tout, l’espérance de vie passe de 44 ans en 1950 à 68 ans en 1980. C’est un fait indéniable : malgré l’échec du « Grand Bond en avant », et malgré l’embargo occidental – ce qu’on oublie généralement de préciser – la population chinoise a gagné 24 ans d’espérance de vie sous Mao. Les progrès en matière d’éducation ont été massifs, notamment dans le primaire : la part de la population analphabète passe de 80 % en 1950 à 16 % en 1980. Enfin, la femme chinoise – qui « porte la moitié du ciel », disait Mao – a été éduquée et affranchie d’un patriarcat ancestral. En 1950, la Chine était en ruines. Trente ans plus tard, elle est encore un pays pauvre du point de vue du PIB par habitant. Mais c’est un État souverain, unifié, équipé, doté d’une industrie naissante. L’atmosphère est frugale, mais la population est nourrie, soignée et éduquée comme elle ne l’a jamais été au XXème siècle.

Cette réévaluation de la période maoïste est nécessaire pour comprendre la Chine actuelle. C’est entre 1950 et 1980 que le socialisme a jeté les bases du développement à venir. Dès les années 70, par exemple, la Chine perçoit le fruit de ses efforts en matière de développement agricole. Une silencieuse révolution verte a fait son chemin, bénéficiant des travaux d’une académie chinoise des sciences agricoles créée par le régime communiste. À partir de 1964, les scientifiques chinois obtiennent leurs premiers succès dans la reproduction de variétés de riz à haut rendement. La restauration progressive du système d’irrigation, les progrès réalisés dans la reproduction des semences et la production d’engrais azotés ont transformé l’agriculture. Comme les progrès sanitaires et éducatifs, ces avancées agricoles ont rendu possible les réformes de Deng, elles ont constitué le socle du développement ultérieur. Et cet effort de développement colossal n’a été possible que sous l’impulsion d’un État planificateur, la reproduction des semences, par exemple, nécessitant des investissements dans la recherche impossibles dans le cadre des exploitations individuelles. [8]

En réalité, la Chine actuelle est fille de Mao et de Deng, de l’économie dirigée qui l’a unifiée, et de l’économie mixte qui l’a enrichie. Mais le capitalisme libéral à l’occidentale, en Chine, est aux abonnés absents. Il arrive que la presse bourgeoise rende compte avec lucidité de cette indifférence des Chinois à nos propres lubies. On lit dans Les Échos, par exemple, que les Occidentaux ont « commis l’erreur d’avoir pu penser qu’en Chine, le capitalisme d’État pourrait céder le pas au capitalisme de marché ». Que reproche-t-on aux Chinois, en définitive ? La réponse ne manque pas de surprendre dans les colonnes d’un hebdomadaire libéral : « La Chine n’a pas la même notion du temps que les Européens et les Américains. Un exemple ? Jamais une entreprise occidentale ne financerait un projet qui ne serait pas rentable. Pas la Chine qui pense à très long terme. Avec sa puissance financière publique accumulée depuis des décennies, elle ne se préoccupe pas en priorité d’une rentabilité à court terme si ses intérêts stratégiques le lui commandent ». Puis l’analyste des Échos conclut : « Cela lui est d’autant plus facile que l’État garde la mainmise sur l’économie. Ce qui est impensable dans le système capitaliste tel que l’Occident le pratique, cela ne l’est pas en Chine ». On ne saurait mieux dire ! [9]

Évidemment, cet éclair de lucidité est inhabituel. Il change des litanies coutumières selon lesquelles la dictature communiste est abominable, Xi Jinping est déifié, la Chine croule sous la corruption, son économie est chancelante, son endettement abyssal et son taux de croissance en berne. Enfilade de lieux communs et fausses évidences à l’appui, la vision que donnent de la Chine les médias dominants brille le plus souvent par un simplisme narquois. On prétend comprendre la Chine en la soumettant au lit de Procuste des catégories préétablies chères au petit monde médiatique. Communiste, capitaliste, un peu des deux, ou autre chose encore ? Dans les sphères médiatiques, on y perd son chinois. Difficile d’admettre, sans doute, qu’un pays dirigé par un parti communiste a réussi en trente ans à multiplier par 17 son PIB par habitant. Aucun pays capitaliste ne l’a jamais fait.

Comme d’habitude, les faits sont têtus. Le parti communiste chinois n’a nullement renoncé à son rôle dirigeant dans la société, et il fournit son ossature à un État fort. Hérité du maoïsme, cet État conserve la maîtrise de la politique monétaire et contrôle le système bancaire. Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise : représentant 40 % des actifs et 50 % des profits générés par l’industrie, il prédomine à 80-90 % dans les secteurs stratégiques : la sidérurgie, le pétrole, le gaz, l’électricité, le nucléaire, les infrastructures, les transports, l’armement. En Chine, tout ce qui est important pour le développement du pays et pour son rayonnement international est étroitement contrôlé par un État souverain. Ce n’est pas en Chine qu’un président de la République braderait au capitalisme américain un joyau industriel comparable à Alstom, offert par Macron à General Electric dans un paquet-cadeau.

En lisant la résolution finale du dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois (octobre 2017), on mesure l’ampleur des défis. Lorsque cette résolution affirme que « le Parti doit s’unir pour remporter la victoire décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, faire triompher le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, et lutter sans relâche pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation », il faut peut-être prendre ces déclarations au sérieux. En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’imagine que l’ouverture aux échanges internationaux et la privatisation de nombreuses entreprises ont sonné le glas du « socialisme à la chinoise ». Mais rien n’est plus faux. Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10 % de la population mondiale. Mais elles s’inscrivent dans une planification à long terme dont l’État chinois conserve la maîtrise. Aujourd’hui, de nouveaux défis attendent le pays : la consolidation du marché intérieur, la réduction des inégalités, le développement des énergies vertes et la conquête des hautes technologies.

En devenant la première puissance économique de la planète, la Chine populaire sonne le glas de la prétendue « fin de l’Histoire ». Elle renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Contrairement aux USA, la Chine est un empire sans impérialisme. Placé au centre du monde, l’Empire du Milieu n’a pas besoin d’étendre ses frontières. Respectueuse du droit international, la Chine se contente de défendre sa sphère d’influence naturelle. Elle ne pratique pas le regime change à l’étranger. Vous n’avez pas envie de vivre comme les Chinois ? Aucune importance, ils n’ont pas l’intention de vous convertir. Auto-centrée, la Chine n’est ni conquérante ni prosélyte. Les Occidentaux font la guerre pour enrayer leur déclin, quand les Chinois font des affaires pour développer leur pays. Au cours des trente dernières années, la Chine n’a mené aucune guerre et a multiplié son PIB par 17. Dans la même période, les USA ont mené une dizaine de guerres et précipité leur décadence. Les Chinois ont éradiqué la pauvreté, quand les USA déstabilisaient l’économie mondiale en vivant à crédit. En Chine la misère recule, tandis qu’aux USA elle progresse. Que cela plaise ou non, le « socialisme à la chinoise » met une fessée au capitalisme à l’occidentale. Décidément, la « fin de l’Histoire » peut en cacher une autre.

Bruno Guigue

Notes

[1] Francis Fukuyama, La fin de l’Histoire et le dernier homme, 1993, Flammarion.

[2] Michel Aglietta et Guo Bai, La Voie chinoise, capitalisme et empire, Odile Jacob, 2012, p.17.

[3] Ibidem, p. 186.

[4] Valérie Niquet, « La Chine reste un régime communiste et léniniste », France TV Info, 18 octobre 2017.

[5] Jean-Louis Beffa, « La Chine, première alternative crédible au capitalisme », Challenges, 23 juin 2018.

[6] Dominique de Rambures, La Chine, une transition à haut risque, Editions de l’Aube, 2016, p. 33.

[7] Philippe Barret, N’ayez pas peur de la Chine !, Robert Laffont, 2018, p. 230.

[8] Michel Aglietta et Guo Bai, op. cit., p.117.

[9] Richard Hiaut, « Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l’OMC », Les Echos, 6 juillet 2018.

Une analyse à mettre en perspective avec Kontre Kulture :

Retrouvez Bruno Guigue, sur E&R :

 
 






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  • #2030243
    Le 25 août 2018 à 17:42 par kantor
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    Les chinois certes mangent à leur fin et c’est super. Mais à propos des soins, sachez qu’en passant de la production collective à l’économie privée, l’Etat s’est désengagé de la sphère sociale et les inégalités se sont creusées entre régions côtières et provinces enclavées, villes et campagnes et maintenant entre catégories socioprofessionnelles. Le système de santé actuel est à l’image des mutations structurelles en cours, avec un accès de plus en plus inégal à des soins de qualité, compte tenu d’une couverture assurance maladie encore insuffisante et d’une organisation hétérogène du système de santé.

    Quand à l’éducation Le système éducatif chinois est très sélectif
    La sélection est présente tout au long de la scolarité des élèves chinois, avec des enseignants pour lesquels les notes et la réussite aux examens sont absolument primordiales.(rien de plus normal) Tout au long de leurs études, les élèves vont devoir prouver qu’ils sont au niveau, avec un concours pour entrer au collège, un pour entrer au lycée et un pour l’université (ce dernier opérant une sélection à échelle nationale).Et gare à ceux qui ne suivent pas...
    De plus, le patriotisme est très marqué dans les écoles : tous les élèves assistent à une cérémonie du lever du drapeau chaque lundi, et chantent l’hymne nationale. Il existe d’ailleurs, en plus de l’hymne nationale, il existe des hymnes propres à chaque école, voir parfois à chaque classe ! Enfin, l’uniforme avec obligatoire, avec le fameux foulard rouge.
    Méfions nous des villages Potemkine...

     

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    • #2030952
      Le Août 2018 à 00:12 par Pitchou
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      @ kantor
      C’est je pense la meilleur méthode pour former une élite, il en faut bien une pour aimer et diriger sa patrie et non la dégénérer comme nous en avons certains hautement formés avec nos impôts, mais finissent en rapaces.

       
    • #2031041
      Le Août 2018 à 09:52 par Jonathan
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      Monsieur Kantor, un plaisir de vous lire, c’est grace a vous, votre methode et vos conseils (a l’epoque) que j’ai pu m’etablir en Chine. Longue vie a vous.

       
    • #2031556
      Le Août 2018 à 05:32 par jane of ark
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      Le foulard rouge est qu’a l’ecole primaire, quand a l’uniforme, c’est souvent juste des survetement bleu et blanc pour le lycee, a l’universite c’est fini ca.
      Ce que je regrette c’est que les gouvernements locaux de chaque region abandonnent les campagnes, quand je vais dans une toute petite ville, c’est totalement degueulasse, entre les liquides toxiques et les detritus plastiques qui trainent dans les plantations, j’ai parfois un peu peur de ce que je mange...

       
  • #2030317
    Le 25 août 2018 à 20:39 par Alan
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    Va t’en les traiter d’antisémites ceux là, rien que pour voir...

    Alan

     

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  • #2030355
    Le 25 août 2018 à 21:22 par titi
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    La RPC n’est ni capitaliste ni communiste, elle est... NATIONALISTE mais elle ne peut pas l’avouer ouvertement à cause de Taïwan . Depuis 1979 et la réforme de Deng il semble évident que le système chinois aie énormément apporté au peuple chinois : que demander de plus ? Vu le prodigieux redressement de la Chine on peut parler d’un modèle chinois .

     

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    • #2030367

      Un tout petit détail qui en dit long : l’année dernière j’ai pu constater qu’à Venise les 3/4 des clients des gondoliers (hors de prix) sont des Chinois, en couple ou en famille !

       
    • #2030525
      Le Août 2018 à 11:13 par Geoffrey
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      je trouve ce commentaire très juste...

      car où est la solidarité entre camarades chinois, quand des millions (c’est la Chine...) d’entre eux vivent dans la misère (exploités en usines) ? La solidarité (càd la réciprocité) est quant même un marqueur fort de la doctrine communiste.

      Ce n’est pas le peuple chinois qui est l’objet de l’attention de son gouvernement, c’est la nation chinoise, et ce n’est pas la même chose...

      le libéralisme est objectivement une arnaque (les protectionnistes/tricheurs et les esclavagistes/psychopathes gagnent tjrs à la fin) mais il convient d’établir ici si c’est l’égoïsme de l’individu ou si c’est la coopération entre individus qui permet le développement...

      si on considère la qualité de vie du producteur et pas seulement celle du consommateur, le communisme est supérieur au capitalisme ; praxis : les chinois étouffent sous la pollution...

      quant est-ce que Soral va se positionner "en dur" sur la question économique ?

      Geoffrey, neo-communiste belge - idéologue et technologue invincible

       
    • #2036462
      Le Septembre 2018 à 02:31 par Michelly58
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      @Geoffrey Soral a déjà tout dit sur l’économie, notamment qu’il y a des secteurs qui doivent rester dans les mains de l’état et d’autres dans les mains du privé et qu’on pas être dans un extrême ou dans l’autre, il faut jongler entre les deux.

       
  • #2030371
    Le 25 août 2018 à 21:44 par Maxence
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    La grande question c’est de savoir si la Chine a fait allégeance à Israël . Si oui elle ne nous sera d’aucune utilité . Si non elle pourrait nous libérer des exploiteurs-escrocs que vous savez .

     

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  • #2030387
    Le 25 août 2018 à 22:17 par J.I.
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    Le temps long de la stabilité chinoise est aussi basé sur ses savoirs doctrinaux comme le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Le bien de la nation passe par le bien de la famille qui vient du bien de l’individu qui a su maitriser son coeur par la culture du savoir vrai.

     

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  • #2030455
    Le 26 août 2018 à 02:05 par goy pride
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    la définition courante du capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange



    A mourir de rire tant cette définition est trompeuse et si éloignée de la réalité des sociétés dites capitalistes ! En effet dans les sociétés capitalistes modernes plus de 80% des gens en âge de travailler sont des prolétaires, des esclaves salariés qui ne possèdent pas leurs moyens de production et ceci d’autant plus que les structures de l’économie et les contraintes administratives rendent la libre entreprise très difficile pour les gens du commun ! C’est pour cette raison qu’une société communiste comme le Vietnam est en réalité beaucoup plus capitaliste que les USA par exemple. Au Vietnam une partie plus importante de la population active est composée de petits commerçants, artisans et paysans propriétaires de leur moyen de production.

     

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  • #2030504
    Le 26 août 2018 à 09:56 par FRANCE LIBERTE
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    Les gens se trompent énormément, particulièrement sur les "vertus" de la Chine !

    Le jour où ils seront sûr d’avoir atteint la suprématie militaire, là ils verront sont vraie visage !
    Quand vous voyez qu’ils n’ont aucun scrupule à détruire les économies des pays du tiers monde en les rendant dépendants de leur m...., s’approprier leur terres agricoles,....je n’ose même pas imaginer la suite !!!
    TRUMP s’y trompe pas sur leurs intentions !!!

     

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    • #2030864

      Parce que la Chine n’a pas une suprématie militaire...
      Elle n’est juste pas engagé dans les conflits occidentalosionistes, n’ayant pas cet esprit nécolonialiste c’est d’ailleurs pour ça qu’elle a éjecté la France de l’Afrique en tant que partenaire économique.

       
    • #2030909
      Le Août 2018 à 21:36 par BabyBoom
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      L’ agent 008 de securite (Efraim Mordakhai) d’Israel a vendu l’Afrique aux Chinois (aucun coup de feu du CCP, mais 100% de gains : les Russes seraient-ils aussi nuls ?).

       
    • #2031093
      Le Août 2018 à 12:38 par Mort de rire
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      @BabyBoom
      La Russie n’en a tout simplement rien à foutre de l’Afrique... Si vous connaissiez un peu les pays de l’Est vous sauriez qu’ils ne s’intéresse uniquement qu’à ce qui se passe en Eurasie et dans les Amériques.

       
    • #2031097
      Le Août 2018 à 12:45 par Mort de rire
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      @Caro

      La Chine ne serait pas une puissance militaire ni une puissance coloniale... En voilà un qui semble ne rien connaître de l’histoire de la Chine, ni la mentalité chinoise... S’il y a bien une chose à dire c’est que les chinois seront pire que les occidentaux au sujet de leurs politique africaine car ils ont beaucoup moins d’empathie pour les autres par rapport aux européens et que d’autre part ils ne souffrent d’aucune forme de complexe ou de blocage à utiliser la force pour protéger leurs intérêts.

      Croyez moi vous serez le premier à regretter l’hégémonie américaine si vous pensez de la sorte.

       
    • #2031519

      @Mort de Rire
      La Russie a développé ses échanges diplomatiques politiques économiques militaires avec la Centrafrique ce qui a d’ailleurs fait enrager Paris.
      Sans parler de l’Afrique du Sud.

       
    • #2036467
      Le Septembre 2018 à 02:38 par Michelly58
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      Et l’occident a fait quoi à ses pays du tiers-monde à part justement ruiner leur économie par des sanctions arbitraires et leur imposant une monnaie de singe ? de toute façon il va falloir vous y faire parce que les chinois vont dominer le monde pour 1000 ans.

       
    • #2036469
      Le Septembre 2018 à 02:41 par Michelly58
      Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

      @Mort De Rire "Car ils ont beaucoup moins d’empathie pour les autres par rapport aux européens." Lol ! ses mêmes européens qui font exactement la même chose, épargnez nous vos salades.

       
  • #2030798
    Le 26 août 2018 à 18:23 par Bébert
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    " Le Chinois a toutes les qualités pour devenir le maître du monde " (LF Céline, 1894-1961) .

     

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  • #2030801
    Le 26 août 2018 à 18:25 par Courtial
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    Si en 1949 les nationalistes chinois de Tchang Kaï Chek avaient gagné la Chine serait depuis longtemps la première puissance mondiale, voyez ce qu’ils ont fait de la minuscule Taïwan !

     

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  • #2030956
    Le 27 août 2018 à 00:39 par Aude
    Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

    Excellent article d’un auteur que j’affectionne particulièrement.
    Merci E&R.

     

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