Egalité et Réconciliation
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Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

Ou : quand la langue est sommée de se réduire à la parole, et vice versa

 

À Alexandre Douguine

« Il n’y a Temps que dans la mesure où il y a Histoire, c’est-à-dire existence humaine, c’est-à-dire existence parlante. »
A. Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, p.429 [1]

 

Commentant la figure énigmatique du Sage (dernier avatar dialectique du philosophe, dont l’avènement marque la fin de l’histoire) telle qu’elle apparaît dans le chapitre VIII de la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel, Alexandre Kojève affirme qu’« il est effectivement tout ce qui est ; et il le dit  ; et il est tout ce qu’il dit. » (p.381)

 

On peut soupçonner Kojève d’avoir lui-même sous-estimé la circularité historique de cette définition dans le cadre de la Culture occidentale. De même que la Culture magique [2] avait culminé dans la théologie apophatique des pères grecs, la Culture occidentale semble en effet fondée, au contraire, sur une théologie phatique – qui devient théandrie phatique à partir du moment hégélien, qui est le moment démocratique : le moment où le Souverain, décapité, transmet ses attributs à la vox populi. À la différence de la démocratie grecque, qui n’est qu’un mode d’organisation de l’égoïsme collectif d’une cité, donc – d’un point de vue occidental – une organisation mafieuse [3], la démocratie occidentale [4] est en effet une théocratie, mais sans clergé ni monarque thaumaturge. D’où son universalisme latent, qui implique que le moment westphalien ne soit qu’une phase de regroupement en vue de carnages de bien plus grande ampleur – étant donné qu’ils n’opposeront plus des royaumes, mais des nations démocratiques tout entières. Comme dans toute théocratie, Dieu conservant une fâcheuse tendance au silence, c’est en réalité la théologie qui règne, comme discours justificateur de tout acte de pouvoir – mais dans la théocratie occidentale, cette théologie n’est pas fondée sur le miracle et la révélation [5], mais sur l’interprétation occidentale du logos.

Cette notion qui a fait couler tant d’encre, c’est finalement le commentaire de Kojève qui nous en livre la clé, qu’on peut résumer par le dicton infantile français : c’est celui qui dit qui (y) est.

Pour la linguistique saussurienne, la parole (l’un des sens du grec logos), c’est l’instanciation de la langue, qui est structure : comme tout ce qui est doté d’une existence physique terrestre, la parole, comme somme de tous les énoncés déjà prononcés par les locuteurs d’une langue donnée à un moment donné de l’histoire, est finie, à la différence de l’abstraction déterminée « langue », qui est la somme des énoncés potentiels que permet cette structure-langue [6]. Autant dire que la linguistique saussurienne est le projeté linguistique d’une théologie apophatique : le logos comme langue est infini, mais inaudible à l’échelle de l’individu, qui ne peut que s’en rendre capable, l’acquérir intuitivement (comme l’enfant en écoutant parler les adultes), mais pas la comprendre résultativement (puisque, par définition, aucun ne vivra assez longtemps pour produire tous les énoncés possibles). Un peu comme l’acte de foi qu’implique l’adhésion à une religion donnée, l’intercompréhension [7] fonde la croyance en une langue unique (celle du peuple), mais cette divinité ne rend jamais d’arrêts définitifs : la langue est, dans son évolution, soumise à l’usage. C’est un système distribué, dans lequel, en dépit d’inégalités structurelles et conjoncturelles, tout locuteur a potentiellement voix au chapitre (possibilité de proposer un néologisme appelé à prospérer, etc.).

L’Occident, c’est, au contraire, l’Académie française. Il faut fixer la langue, étant donné que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Héritiers du vieux combat de la théologie catholique contre le nominalisme philosophique [8], les académiciens ne peuvent pas se permettre de laisser flotter la langue, car elle est le lieu de la révélation permanente et néanmoins non-indéfinie : celles des lois newtoniennes [9], bientôt suivie par celle des constitutions démocratiques et des déclarations des droits de l’homme. Du droit romain, l’Occident déduit l’idée qui allait déboucher sur le mythe de l’IA : une machine à comprendre, dotée d’un code assez précis pour rendre superfétatoire la corporéité dangereusement historique, dangereusement culturelle (en un mot : dangereusement humaine) du juge-interprète.

Comme tout droit, aussi écrit fût-il, doit être interprété, la réalité des sociétés humaines, c’est toujours, finalement, celle du droit anglo-saxon : du droit du précédent et de l’extrapolation. On juge comme on parle : en instanciant la langue, qui n’est que la structure qu’on déduit, à un moment t du temps, de l’ensemble des énoncés déjà produits par le passé (et conservés par la mémoire). Telle est la loi de l’espèce.

Mais la Culture occidentale est opposée à la réalité humaine. Comme les traités newtoniens, les constitutions et déclarations de droits sont censées ouvrir une nouvelle ère – qu’on n’ose pas encore appeler « post-humaine » : il faudra pour cela attendre la clôture du 3e Occident, Kojève, Schwab et Harari. Réellement indéfinie dans le temps chronologique comme la langue l’est dans l’espace logique, la parole, pour l’Occident, doit – à tous les sens du terme – avoir une fin. En d’autres termes, il faut que la langue [10] se dévête du caractère indéfini qui est normalement celui des phénomènes culturels (au sens de : structures transmises), pour revêtir la finitude qui est celle de la vie individuelle. D’où la fascination de tant de linguistes occidentaux [11] pour les « enfants sauvages », censés permettre une expérimentation (la chimère de la langue non transmise) qui est l’équivalent linguistique du queer.
Or Hegel (ici dans la lecture qu’en donne Kojève) ne disait, finalement, pas autre chose :

« … au début, et tant que dure l’évolution historique, la vie collective du Peuple est toujours plus riche que la vie privée du Particulier-isolé qu’est le Philosophe. (…) Seul le Citoyen de l’État universel et homogène, où l’opposition du Particulier et de l’Universel est « supprimée » peut révéler la Totalité de la réalité humaine en ne révélant que soi-même. (…) c’est uniquement la Conscience-de-soi qui est vraiment révélatrice, car seul le Moi-personnel peut être révélé… » (p. 389)

Le processus ici décrit est celui du totalitarisme [12]. Mais ce qui rend cette description géniale est qu’elle fait aussi comprendre pourquoi la démocratie occidentale que peut que déboucher sur le totalitarisme. Le « Citoyen » dont il est ici question n’est pas une généralité abstraite, mais un être biologiquement unique : Hegel lui-même se rêvant « versant philosophique » de Napoléon, Staline lisant Marx tard le soir après une dure journée de tâches gouvernementales, Hitler lançant trop tôt l’opération Barbarossa parce qu’il se sait malade et ne peut pas imaginer le Reich se construisant après lui, hors de son esprit. Et encore ces avatars modernes du Léviathan démocratique ont-ils eu le défaut (finalement fatal à leurs régimes) d’être, malgré tout, des humains, liés à un peuple donné [13]. Poussant finalement le raisonnement jusqu’à ses dernières conséquences, l’oligarchie qui se réunit à Davos rêve de cacher la réalité des oligoï derrière le rideau de fumée d’une gouvernance qu’on pourrait, à terme, confier à l’IA. D’où aussi l’étrange popularité du mythe de la « Singularité » : ce moment, bien entendu impossible, où le fonctionnement hypostasié d’un écheveau de circuits électroniques « prendrait conscience de soi ». C’est-à-dire accoucherait d’un Staline/Hitler qui aurait l’immense avantage de n’être né nulle part – sachant que, dans la doxa « antitotalitaire » de l’idéologie davosienne, tous les torts des totalitarismes du XXe siècle doivent être mis sur le compte de déficits d’universalité [14].

Cette mythique IA n’est bien entendu que la projection fantasmée, dans un futur hypothétique, de ce que la Culture occidentale a d’ores et déjà tiré idéalement de l’humain, de son idéal humain : du « Citoyen de l’État universel et homogène », mais qui, entre-temps passé par le moment antitotalitaire de l’idéologie antifa, ne peut plus se permettre d’être l’allemand Hitler ou le soviétique Staline. Même ses prophètes se doivent de se présenter, comme Schwab et Malleret, en tandem « européen » (comprendre : mondial).

Le passage de Kojève cité ci-dessus nous livre, en effet, le programme de la modernité occidentale. Anticulturelle, elle doit appauvrir, simplifier l’être collectif (la langue) : son irénisme et son universalisme ne sont pas des fins en soi [15], mais des moyens d’abolir le Peuple, dans la mesure où ce dernier, tant qu’il existe en tant que tel (et donc en dehors de l’État « homogène et universel »), sera toujours forcément un peuple (parmi d’autres). Cette simplification « par le bas » [16] doit réduire le Peuple à ce que Kojève traduit par le « Moi-personnel », mais c’est ici qu’intervient le second élagage : « en ne révélant que soi-même ». L’individu intronisé, comme la société autour de lui saccagée pour son extraction, doit se dépouiller de tout ce qui, en lui, est transmis, partagé, transitif, notamment de l’âme [17], qui est présence en lui, au-delà du moi conscient, d’une transcendance, et de l’ancestralité, qui est présence de certains morts dans certains vivants. Napoléon, Hitler, Staline, trois athées militants, sont des « fils du Peuple » (ce qui leur sert avant tout à n’être le fils de personne), et n’ont pas de successeurs héréditaires [18]. Le « citoyen unique » du totalitarisme est un moine-soldat, qui soit (comme Staline, arriération orientale oblige) a une vie de famille totalement accessoire, sans lien aucun avec son règne, soit (comme Hitler) exhibe presque jusqu’au bout un célibat agrémenté de végétarisme non fumeur.

C’est ce double mouvement qu’on retrouve dans le Janus bifrons de l’idéologie antifasciste qui a structuré la pensée des élites occidentales de l’après-guerre, avec son si brutal revirement de mars 2020 : de 1968 à 2020, en gros, on élague par le bas ; l’Occident est « libéral-libertaire » [19], parce qu’il faut « en finir avec la personnalité autoritaire » – comprendre : avec les restes de l’État non homogène et/ou non universel, c’est-à-dire avec les restes culturels du 2e Occident, enterrés en même temps que de Gaulle, Franco et Brejnev. En mars 2020, ce « libéralisme » devient soudainement, en l’espace de quelques semaines, aussi coercitif que les totalitarismes imparfaits du XXe siècle l’avaient été avant lui, parce que, désormais, on élague par le haut : réduit à la dimension individuelle par le saccage culturel du Peuple, l’Occidental (« l’humain ») doit désormais à titre individuel être autoritairement mis en garde contre la tentation de vouloir transmettre quoi que ce soit [20] ou de s’imaginer détenteur de/détenu par une âme (interdiction des funérailles, compostage des cadavres, avortement à neuf mois, etc.).

La faillite monétaire imminente, qui, dans un ordre d’idées plus terre à terre, a probablement poussé l’oligarchie occidentale à ce brusque revirement, n’est d’ailleurs, elle-même, qu’une conséquence de la même structure culturelle : présenté comme la finalité du Reset, le mythe de la « 4e Révolution industrielle » [21] est en réalité aussi, comme de droit, à la base du Reset, ou tout du moins de la faillite qui en a précipité l’adoption : la dévaluation de l’euro face aux monnaies des BRICS, mise sur le compte de pandémies imaginaires et de pseudo-guerres by proxy, c’est le retour du réel économique à la gueule d’une post-bourgeoisie occidentale qui, depuis des décennies, tout en se rêvant « virtualisée » et « augmentée » par Laurent Alexandre et autres charlatans, a continué à consommer toujours plus de biens manufacturés tangibles, tout en en produisant toujours moins elle-même, et en s’enfonçant dans la toile de l’usurier chinois. C’est donc, en dernier instance, le choc de l’idéal manichéen (« l’être de lumière ») et de la réalité (biologique) humaine (manger, copuler, chauffer et déplacer un corps pas si astral que ça) : le choc de l’Occident et de l’espèce, que l’oligarchie davosienne de fin 2019 a eu à gérer. Elle a choisi de le faire, de façon, certes, mensongère et manipulatrice, mais dans la droite ligne des principes qui, pour l’Occident, structurent la réalité et en constituent même [22] la seule réflexion imaginable : l’imago mundi occidentale.

Modeste Schwartz

Notes

[1] Gallimard, TEL, édition de 1947. Toutes les citations d’A. Kojève présentes dans cet article proviennent de ce volume.

[2] Celle du premier millénaire de l’ère chrétienne dans la taxinomie historique proposée par O. Spengler – qu’il appelle aussi souvent la « Culture arabe » (quand bien même sa principale manifestation en Europe a été le christianisme (pré-occidental)).

[3] C’est-à-dire l’idéologie et la structure sociale afférentes à l’un des nombreux types d’ordre de facto par lesquels se traduit la notion abstraite d’anarchie, prise ici au pied de la lettre comme « absence d’État », et non comme titre de telle ou telle utopie proposée par l’un ou l’autre des penseurs (généralement socialisants) qui ont placé ce mot sur leur étendard. Une telle mise en perspective en amènera naturellement certains – non sans quelque apparence de raison – à classer l’auteur des présentes réflexions dans la catégorie (au demeurant souvent utilisée comme un fourre-tout) des anarchistes de droite.

[4] Que, dans ce contexte, on pourrait aussi appeler démocratie chrétienne, ou plus exactement catholique.

[5] Qui quittent définitivement la scène au moment de décapitation du dernier roi christique au sens de « oint », c’est-à-dire le 21 janvier 1793.

[6] Ensemble nécessairement infini, quoique pas totalement aléatoire – c’est à cette précision que fait allusion l’expression d’« abstraction non indéfinie » que j’emploie ici. En termes aristotéliciens, la langue est le versant « en puissance » d’une entéléchie.

[7] Comprise ici non pas comme le simple constat d’une transmission réussie de l’information, mais avant tout comme attitude active des locuteurs : comme effort consenti pour comprendre le dialecte du village voisin, accepté comme instanciation de « la même langue ». L’expérience de la linguistique de terrain fait en effet apparaître que cet effort/cette perception conditionnent largement la réussite de l’expérience, de façon relativement indépendante des divergences structurelles de facto observables entre deux dialectes.

[8] Concept qui a mauvaise presse dans la pensée « dissidente » française, dominée par un milieu catholique charriant les scories du discours ultramontain, et pour lequel l’école théologique d’Ockham est à la fois la source de l’hérésie luthérienne (affirmation assez juste) et celle des pensées (dé)constructivistes de la modernité tardive, elles-mêmes censées être la base philosophique du « mondialisme ». C’est ce dernier point que je conteste en bloc, affirmant bien au contraire que c’est la théologie catholique la plus classique (via la contre-réforme, le jésuitisme et l’hégélianisme) qui débouche sur la pensée d’Attali, Harari et autres Schwab. Pour ceux qui ont la manie des étiquettes, ce point de vue, que j’ai adopté dès YIN (dans le cadre d’une critique plus « sectorielle » du seul féminisme), pourrait être résumé sans trop de distorsions par l’expression « constructivisme de droite ».

[9] Il est vrai que Hegel méprisait la physique newtonienne (pas assez « dialectique » à son goût), ce qui a d’ailleurs considérablement ralenti la diffusion de son œuvre au XIXe siècle (l’opinion rationaliste lui pardonnant difficilement cette trahison « mystique ») ; mais c’est précisément en ce point que Kojève le commentateur, devenant Kojève le philosophe, se sépare de Hegel et le critique vertement (pp. 442-443), préférant pour sa part « parfaire » le système hégélien en rendant la plus absolue possible la divergence entre Nature (non-dialectique, donc « inhumaine ») et Histoire. Ce point éclaire aussi ma propre décision de partir, dans le présent texte et la série d’article dans lequel il s’insère) du commentaire kojévien (et non du texte original de Hegel), non seulement en raison de la qualité de sa traduction/commentaire francophone, mais aussi et surtout pour des raisons de contenu : quand bien même le Hegel d’avant Kojève aurait été moins cohérent, moins entier que celui que Kojève reconstitue pour renvoyer à la niche une fois pour toute les hégéliens de droite, quand bien même lesdits hégéliens de droite auraient, historiquement, en partie raison dans leurs interprétations, il est bien évident que la version de l’hégélianisme qui, roulant de génération en génération à travers le marxisme et jusqu’à Harari, a fini par fournir la base de l’idéologie davosienne est celle que Kojève dégage comme un diamant du minerai assez trouble de la Phénoménologie. Mes écrits n’étant pas des thèses d’histoire de la philosophie, et se donnant pour objet non pas le passé de la pensée occidentale, mais son présent, ce choix (du moment qu’il est explicite) ne saurait leur être reproché.

[10] Prise ici dans un sens très vaste, incluant, en l’occurrence, la parole : on va vite comprendre pourquoi.

[11] Jusque, notamment, au juif communiste Chomsky, que je considère comme le principal représentant de l’école théologico-philosophique réaliste, donc comme le plus grand catholique vivant de l’histoire de la linguistique. L’école à laquelle il s’oppose depuis le début de sa carrière (soit l’école, ou plutôt la constellation d’écoles dite « fonctionnaliste-cognitiviste » – la seule, soit dit en passant, à avoir produit des résultats scientifiques mesurables au cours de la seconde moitié du XXe siècle, à l’exclusion, notamment, de l’idéologie chomskyenne, qui n’a jamais rien produit d’autre que des oukases techniquement inutiles) peut, quant à elle, être considérée comme une application à la linguistique moderne des principes du nominalisme philosophique.

[12] Le texte de Kojève (admirateur déclaré de l’URSS stalinienne) regorge de citations encore plus explicites dans ce sens que celle que je viens de reproduire (et qui a plutôt l’avantage de la profondeur philosophique). Par exemple p.390 : « À la fin de l’Histoire, dans l’État universel et homogène, la vie collective ou « publique » (culturelle, sociale, politique) coïncide complètement avec la ‘vie personnelle’ qui cesse ainsi d’être purement ‘privée’. » Au passage, la suite de cette dernière citation explique aussi pourquoi tout totalitarisme est nécessairement athée : « Du coup, le surplus qui pourrait être révélé par une Théologie n’existe plus : le Religieux n’a donc plus de raison d’être et c’est pourquoi il disparaît. »

[13] Quand bien même ce « peuple donné » serait la chimère connue sous le nom de « peuple soviétique » : Janus bifrons (entre interprétation bolchévique et interprétation eurasiste de l’histoire soviétique), cas-limite qui relève du caractère essentiellement hybride de la réalité culturelle russe.

[14] Selon le principe de base des empoisonneurs en général et des progressistes en particulier : quand ça a l’air de ne pas fonctionner, c’est qu’il faut augmenter les doses.

[15] Comme pour la Culture Magique, qui devait faire parvenir la bonne nouvelle de l’âme jusqu’aux tréfonds les plus obscurs du shamanisme.

[16] Réalisée, notons-le bien au moyen du jusnaturalisme rousseauiste, d’essence catholique, et de l’utilitarisme protestant et jésuite qui en découle.

[17] Cette dernière étant la base véritable de la Culture Magique qui a précédé l’Occident en Europe, et qui, hors d’Europe, a philosophiquement culminé dans cette vaste ode à l’âme qu’est le Coran, objet de détestation constante et méritée de tous les occidentalistes les plus conséquents.

[18] Physiquement, Staline avait un fils, Yakov, qui aurait pu faire un successeur – idée dont on mesure l’étrangeté au logiciel bolchévique quand on apprend que Staline l’a laissé non seulement partir à la guerre comme simple pilote, mais même mourir dans un camp de prisonniers allemand, en refusant les propositions allemandes de l’échanger contre des prisonniers allemands plus haut gradés.

[19] Alors même – notons-le bien – que rien ne lui est plus étranger que l’idée d’anarchie : les idéologues occidentaux qui se présentent comme des « anarchistes » sont en général, en réalité, des socialistes encore plus radicaux que les « autoritaires » dans leur programme (certes, irréalisable) de réforme de l’humain (par, notamment, le féminisme le plus radical).

[20] Que ce soit la propriété privée (« Vous ne posséderez rien et vous serez heureux »), ou même simplement la vie – la conception (surtout naturelle, donc hétérosexuelle) étant en voie de criminalisation, du fait des oukases d’un malthusianisme d’État à la fois rose (queer) et vert (Greta Thunberg).

[21] C’est-à-dire, pour l’essentiel, le récit lunaire d’une société utopique qui ne produirait pratiquement plus rien de tangible (rien de polluant, donc), et parviendrait malgré tout à se perpétuer dans l’être (probablement par la magie du « nano », du « complexe » et autres mantras davosiens) ; il va de soi qu’une telle société humaine n’a jamais existé et n’existera jamais, mais l’illusion de son début a pu, à partir de la rencontre Nixon-Mao-Kissinger, être créée l’espace d’une quarantaine d’année, par le procédé de prestidigitation (largement monétaire) consistant à exporter tout le négatif de la modernité occidentale (« l’économie carbone ») en Chine et autres « économies émergentes », et à importer de là vers un Occident verdi tout le positif de la modernité occidentale – à crédit… C’est à ce numéro de prestidigitation (qui a notamment, en Occident, servi à un énorme transfert de propriété de la production vers la finance) que le Great Reset a pour vocation réelle de mettre fin (contraint et forcé par l’usurier chinois, si étroitement imbriqué aux structures davosiennes qu’on peut même se demander qui, du WEF et du Parti Communiste chinois, contrôle ou manipule l’autre).

[22] Du moins jusqu’à la publication de Køvíd, qui est en ce sens, comme la Phénoménologie de l’Esprit en son temps, un texte stricto sensu épocal, non pas par la quantité ou la qualité de l’information qu’il convoie, ni par l’excellence du style, ni probablement par l’impact à court terme qu’on peut en espérer, mais simplement parce que, en articulant pour la première fois l’inexprimé radical des changements paradigmatiques en cours dans l’immanence sociale (dans le cas de Hegel : du passage du « 2e Occident » au « 3e Occident »), il ouvre une dimension nouvelle à la conscience historique, dès lors capable de se situer, de s’orienter dans sa propre immanence.

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  • #3035135
    Le 23 septembre à 17:09 par Marinez vous chez vos harengs ?
    Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

    Si Sardine Ruisseau lisait ce texte d’un seul coup, sa tête exploserait !

     

    Répondre à ce message

  • #3035138

    De même que la Culture Magique avait culminé dans la théologie apophatique des pères grecs,




    Qui dit cela ? Hegel, Kojève ou Schwartz ?

    La théologie apophatique est une cime, mais il me semble qu’aucun des Pères grecs ne réduise toute la théologie à la théologie négative. Ils disent qu’au bout du chemin vient un moment où l’on ne peut plus rien dire, mais au bout du chemin seulement. Cela a été parfaitement assimilé chez les Pères latins et chez saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle qui fut un grand lecteur des Grecs (d’Aristote, bien sûr, mais aussi de Proclus et du Pseudo-Denys) et qui n’a jamais contesté la légitimité d’une théologie apophatique. Quand saint Thomas arrive au moment où il dit que toute son oeuvre ne vaut pas plus que de la paille, il arrive au moment apophatique (ou mystique). Cette opposition entre grec/apophatique et latin/cataphatique paraît un peu systématique et pas forcément très fondée.

    Et le magique, c’est ce qui force la découverte de la cause en la nommant (l’impératif de "nommer l’ennemi" est magique par exemple). C’est un peu tout le contraire de la théologie apophatique qui reconnaît qu’il y a une limite au langage. Si la pensée magique ne laisse jamais aucune cause sans nom, la théologie apophatique laisse la cause par excellence sans nom. Chez saint Augustin aussi, il y a ce moment où la pensée reconnaît qu’elle est dépassée et accepte sa limite (c’est vraiment tout le contraire du magique), et qui d’ailleurs est probablement lié à sa capacité d’écrire des Retractationes à la fin de sa vie, de relire toute son oeuvre et d’en corriger les erreurs...

    Et puis faire tomber le Parménide de Platon et les Eléments de théologie de Proclus dans la "culture magique"... c’est probablement d’une arrogance toute moderne. Ne sont-ils pas des monuments de la pensée rationnelle ?



    la démocratie occidentale est en effet une théocratie, mais sans clergé ni monarque thaumaturge




    Mais l’interdiction des funérailles est déjà contenue dans le ci-devant abolissant le Monseigneur. Et une « théocratie sans monarque », c’est une régence... ce que n’ont jamais été les « démocraties occidentales ». Franco, oui, a été un régent, mais la « démocratie » espagnole lui a fait subir le même sort qu’aux rois de Saint-Denis... La démocratie c’est la Movida, l’enlaidissement généralisé du peuple... le même que dénoncé par Pasolini en Italie.

     

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    • #3035256

      Dans les notes il est précisé que la culture arabo-magique est une terminologie de Spengler. Le point capital semble être le poids qui est donné au "moi". De ce point de vue, j’aurais tendance à dire que cette culture s’étend en Europe jusqu’à ce que pointe l’âge scolastique. La bataille de Saint Thomas contre Averroës est typique du combat spirituel pour le "moi" : notre intelligence nous est propre, personnelle, elle n’est pas juste une "goutte" prêtée par le ciel.

      Dans ce contexte l’aspect magique ne doit pas être interprété comme antithétique de la rationalité ; il s’agit plutôt d’une rationalité qui vit encore au milieu des dieux, et "visionnaire" à certain égards : c’est-à-dire que les concepts se déploient quasiment comme des "théophanies". D’où l’aspect parfois extra-terrestre de la rationalité grecque (et arabe). Voyez la duplication du cube d’Archytas de Tarente. Mais j’en conviens le mot "magique" n’est pas très bien choisi. Le mot magique conviendrait davantage pour la culture égyptienne (et gnostique), qui a affaire à des visions imagées, et non pas à des visions de concepts. Pour la rationalité greco-arabe, qu’on pourrait en un sens qualifier de rationalité hermétique, on devrait parler d’une rationalité cosmique.

      Mais la rationalité présente, qui a émergé avec la scolastique et se poursuit avec "l’âge faustien" est bien différente. La différence entre ces médiévaux et les grecs, c’est que les médiévaux ne voient plus les concepts. C’est pourquoi c’est seulement à cette époque là que pouvait éclater la querelle des universaux (c’est-à-dire la mise en question de la réalité des concepts). Les médiévaux ont dû penser eux-mêmes les concepts, avec leurs propres forces ! Ce qui leur a coûté beaucoup d’efforts ! La rationalité grecque avait en quelque sorte sa source dans le coeur, lié avec l’âme du monde. Mais la nôtre est complètement liée à la tête et au moi personnel.

      Ce qui rejoint peut-être la distinction de l’auteur (malheureusement noyée dans d’autres considérations) sur la dichotomie langue/parole. Le fait est que la rationalité intellectuelle tend à se scléroser, parce qu’elle tend à se figer dans l’unité d’effet qu’est le MOT, sans arriver à remonter au CONCEPT (informel) qui ressort de la langue et de l’âme. Les grecs pouvaient "baigner" dans le concept, mais nous devons faire effort pour y remonter, comme des saumons, depuis le monde des "termes" (pour employer le vocabulaire scolastique). C’est le prix à payer pour penser tout seul

       
    • #3035340

      Merci abaris
      Magique : intuitif ?
      Les grecs distinguaient dianoia et nous.
      Ce serait plutôt esprit et âme. Plutôt que esprit et coeur thumos.

       
    • #3035361

      Salut Paolo

      Je pense que les catégories dianoia/noûs sont "transversales" par rapport à la logophanie (= théophanie du concept). En ce sens qu’elles viennent spécifier des modalités de l’appréhension du concept pour un niveau de conscience donné. Les grecs connaissaient bien sûr ces deux "vitesses" ou modes de rationalités (dianonia & noûs), mais c’est comme si elles fonctionnaient alors sur un autre type de "véhicule" que le nôtre.

      Il me semble que l’homme moderne a également accès à ces deux vitesses, mais je dirais que le noûs-intuition est "plus difficile" à atteindre sur son véhicule. Ce qui valide en un sens l’équation magique = intuitif : au sens où la rationalité cosmique se laisse plus facilement appréhender sur le mode intuitif, parce que le hiatus entre les deux vitesses est moindre.

       
    • #3035453

      Mais sinon, par rapport au message de Clemens qui s’étonnait de l’utilisation du mot "magique" pour Proclus : il ne faut pas oublier que la seconde mouture des néoplatoniciens (après Plotin et Pophyre) étaient tous férus de théurgie (aussi appelé "art hiératique"). On peut concevoir la théurgie comme de la "philosophique pratique". La philosophie est la manipulation cognitive des symboles, tandis que la théurgie est la manipulation de symboles à travers d’objets réels qui en sont les véhicules. Ce qui ne doit pas forcément être interprété comme de la décadence, même s’il est vrai que dans bien des cercles de l’antiquité tardive, une "basse magie" a pu usurper la place d’un plus noble philosopher, qui est de toute façon pour Proclus & co un préalable à la théurgie. D’après Damascius, Platon tenait en égale estime les deux disciplines.

       
    • #3035556

      Merci Abaris,



      Dans les notes il est précisé que la culture arabo-magique est une terminologie de Spengler.




      Oui, j’ai lu la note, mais Kojève cite à plusieurs reprises l’usage du mot “magique” chez Hegel, comme :

      « Hegel dit que c’est ce « séjour » auprès du Négatif qui est « la force magique qui transpose le Négatif en Etre-donné »

      Mais il ne parle pas de "culture magique". Et pas d’occurence du mot "apophatique" dans l’Introduction de Kojève. Le "magique" a-t-il le même sens chez Spengler ? Et je ne vois pas le lien avec la théologie apophatique et les Pères grecs ou latin, désolé...



      il s’agit plutôt d’une rationalité qui vit encore au milieu des dieux, et "visionnaire" à certain égards : c’est-à-dire que les concepts se déploient quasiment comme des "théophanies". (...) La rationalité grecque avait en quelque sorte sa source dans le coeur, lié avec l’âme du monde. Mais la nôtre est complètement liée à la tête et au moi personnel.



      Cela me paraît très douteux... On peut trouver ces choses dans Les Grenouilles d’Aristophane :

      DIONYSOS : Mais je défaille. Mets-moi sur le c...oeur une éponge.
      XANTHIAS : Voilà, prends, applique. Où est-il ? (Dionysos se torche.) Ah ! dieux d’or ! c’est là qu’est ton coeur ?
      DIONYSOS : C’est que, de peur, il est descendu dans mon bas-ventre.
      XANTHIAS : O le plus froussard des dieux et des hommes !
      DIONYSOS : Moi ? comment suis-je froussard, moi qui t’ai demandé une éponge ? Un autre n’en eût pas fait autan.
      XANTHIAS : Mais quoi ?
      DIONYSOS : Il serait resté couché en flairant (sa merde), si froussard il était. Moi, je me suis mis debout et, de plus, je me suis torché.
      XANTHIAS : Quelle bravoure, ô Posidon !
      DIONYSOS : Je pense bien par Zeus ! Et toi, n’as-tu pas eu peur en entendant ce bruit de paroles et de menaces ?

      La rationalité grecque avait en quelque sorte sa source dans le coeur ? Les concepts se déploient quasiment comme des "théophanies" ? Est-ce que ce ne sont pas idéalisations dignes de Hölderlin et Novalis ? Des "romantisations" ?

      Est-ce que ce n’est pas un peu toujours le problème les idéalismes, leur facilité à dégager tout ce qui n’entre pas dans le système. Parce qu’il y a une vérité anthropologique du dieu se chiant dessus de peur et même de son hématidrose (archéologique aussi dans ce cas). Mais mieux vaut l’oublier...

       
    • #3035589

      @Abaris



      La différence entre ces médiévaux et les grecs, c’est que les médiévaux ne voient plus les concepts. C’est pourquoi c’est seulement à cette époque là que pouvait éclater la querelle des universaux (c’est-à-dire la mise en question de la réalité des concepts). Les médiévaux ont dû penser eux-mêmes les concepts, avec leurs propres forces ! Ce qui leur a coûté beaucoup d’efforts !



      Vraiment ? Les étudiants de l’Académie et des écoles neo-platoniciennes qui commentaient le Parménide, ça leur venait sans efforts ? Sans travail ? Les étudiants d’Aristote s’attelant à l’Organon ? Pareil, aucun travail ? Et les premiers maîtres, puis les diadoques ensuite ? Il a fallu trois générations : Socrate, Platon, Aristote pour arriver à une représentation cohérente et réaliste de la pensée abstraite. L’élève résolvant les apories, les problèmes irrésolus laissés par le maître... C’est plutôt un effort héroïque et un même peu miraculeux dont parle très bien Aristote :

      « celui qui arrive à connaître les choses ardues et présentant de grandes difficultés pour la connaissance humaine, celui-là aussi est un philosophe (car la connaissance sensible est commune à tous ; aussi est-elle facile et n’a-t-elle rien de philosophique) (...) il est extrêmement difficile pour les hommes d’arriver à ces connaissances les plus universelles... » (Met. A, 2)

      Il y a une montée qui demande des efforts, et une fois là-haut, il faut redescendre pour manger, se laver, faire les courses au marché... c’est ce que le même penseur décrit aussi au livre X de son Ethique à Nicomaque. Les Grecs n’étaient pas plus des sur-hommes que les Médiévaux ou les Modernes.

      En fait, je crois que nous sommes même un peu plus forts que les Grecs et les Médiévaux, parce que nous avons à nous immuniser contre des poisons dont ils ne pouvaient même pas imaginer la toxicité. Le grand danger contre lequel il fallait s’immuniser, à l’époque des Grecs, c’était le vin (voir Les Lois)... Nous, on a Bruxelles, les IEP, Macron, France Télévision, Youtube, Amazon, Netflix, le libéralisme, le wokisme, etc. on a une montagne de merde sur la tête. On baigne dans l’arsenic... et on ne meurt pas.

       
    • #3035597

      Salut Clemens

      Quand je parle de théophanie il ne faut pas y voir une sorte de révélation au mont Sinaï avec la nuée et les trompettes... Théophanie du concept : pour le grec, le concept "affleure" facilement à la surface des réalités sensibles. C’est une chose assez simple à voir si l’on s’intéresse à la manière dont le sens du concept d’abstraction a évolué.

      Quand Aristote parle d’abstraction (aphairesis) il veut dire qu’il faut soustraire mentalement les qualités sensibles et accidentelles des choses. Cela suppose que "ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est" (ousia), c’est-à-dire son concept, vit objectivement DANS les choses. Si cela paraît une remarque insignifiante c’est parce que nous avons du mal à prendre la mesure de la révolution qui s’est opérée depuis Descartes. Pour les modernes, l’abstraction signifie tout autre chose : le fait de créer un modèle subjectif (plus ou moins mathématique) de la réalité. Dans le premier cas le concept est objectif, dans le second cas il est subjectif.

      La mise en question de la réalité des concepts (querelle des universaux) va de pair avec ce processus d’introjection. Les grecs pensent que les concepts sont réels : mais c’est énorme ! Aujourd’hui on pense que les concepts sont "dans la tête", au point qu’on ne peut même pas imaginer qu’il fût un temps où le concept venait de l’extérieur, comme aujourd’hui les impressions sensibles. Certes tout le monde n’était pas philosophe pour autant car l’abstraction demandait l’exercice d’une faculté, mais une faculté naturellement "ouverte" sur l’extérieur (comme le souffle) et qui ne vient donc pas des tréfonds du moi : le bien nommé entendement, de sorte que le concept est techniquement une apparition (phainen).

      Hegel ne dit rien d’autre, il critique la métaphysique d’entendement, qui comme l’indique ce terme, a un certain rapport avec la perception sensible. Son système vise en quelque sorte à retrouver les intuitions des anciens, mais en les installant et ordonnant dans la rationalité génétique. C’est cette rationalité génétique qui est nouvelle et demande une volonté énorme. La grosse différence avec la rationalité d’entendement c’est qu’elle établit la "connexion" entre les concepts, alors que l’entendement donne les concepts à l’état éclaté, sans que les termes soient liés par une raison (au sens mathématique du terme), sans "dialectique". Sans cette raison "intellectuelle", pas moyen aujourd’hui de voir que "la réalité est rationnelle", comme jadis.

       
    • #3035744

      @Abaris



      La mise en question de la réalité des concepts (querelle des universaux) va de pair avec ce processus d’introjection. Les grecs pensent que les concepts sont réels : mais c’est énorme ! Aujourd’hui on pense que les concepts sont "dans la tête", au point qu’on ne peut même pas imaginer qu’il fût un temps où le concept venait de l’extérieur, comme aujourd’hui les impressions sensibles.



      Mais alors, quand Aristote dit en Met. Z : « Il nous paraît, en effet, qu’aucun terme universel, quel qu’il soit, soit une substance. » (1038b5), il dit que les concepts ne sont pas réels ou quoi ? Il n’est pas Grec, il est déjà du Moyen-Age, il a déjà commencé la Querelle des Universaux mille cinq cents ans avant le Moyen-Age ? Et il fait de "l’introjection" là ? Je n’y comprends plus rien !

      Et puis ça me rappelle le reproche qu’a fait Hegel à Kant mais je ne sais plus bien ce qu’il lui reprochait. C’était le gros truc, je crois, vraiment un truc important, qui parlait aussi de tous ces machins là... mais bon tant pis ! Et puis, il y a le reproche de Kierkegaard à Hegel, ça aussi... J’ai la mémoire qui fout le camp. Kant, il imaginait encore je sais plus quoi, et d’après Hegel, c’est qui ça n’allait pas, le encore c’était trop, et puis Hegel, lui, il oubliait carrément la moitié des oeufs dans le nid, ou les deux-tiers, je ne sais plus, fallait pas qu’il y ait une petite plume collée à la coquille ou une petite tache de poulailler, sinon, il en voulait pas, je crois.

      Sinon, dans cette phrase :



      C’est la théologie catholique la plus classique (via la contre-réforme, le jésuitisme et l’hégélianisme) qui débouche sur la pensée d’Attali, Harari et autres Schwab.



      j’aime bien le verbe "déboucher"... ça débouche... c’est facile, c’est express... c’est l’aisance ! Et puis c’est encore la faute des catholiques ! Hein, bien sûr... Trop drôle !

       
    • #3036050
      Le 25 septembre à 15:02 par Le Strasbourgeois
      Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

      Je ne vois pas le rapport entre l’hégélianisme et la théologie catholique la plus classique. Si j’en crois Georg Lukacs (Le jeune Hegel), Hegel, après la chute de Napoléon, attribue à la Réforme (protestante) la place centrale de l’histoire des Temps modernes qu’il avait jusque là attribué à la Révolution française et à Napoléon.

       
  • #3035269

    Quelqu’un pourrait avoir la bonté de traduire ce texte ? ;-)

     

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    • #3035318

      Bon, je crois que je vais ouvrir l’Évangile selon saint Jean ce matin, histoire de rafraîchir mon coeur, mes yeux et mes méninges...
      J’ai fait (peu) de philo mais et mes quelques notions de grec m’ont permis d’aller au bout de la lecture cet exposé (pertinent dans les passages que j’ai cru capter) mais qui ne peut évidemment me combler autant qu’un acte de communion dispensé de logos : promenade contemplative en forêt, adoration eucharistique, repas en silence dans un monastère, main d’un mourant qu’on tient dans la sienne, regard fraternel avec un inconnu croisé dans la rue...

       
    • #3036199
      Le 25 septembre à 19:02 par ProtégeonslaPalestine
      Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

      Bien qu’ayant tout compris, il m’est difficile de voiler mon vif mécontentement. En effet, si ce texte abstrus, sibillin, encodé, a pour objectif de faire étalage des connaissances de son auteur, alors ce texte est une réussite totale.

      Toutefois, si l’on postule que le texte philosophique publié sur un site de réinformation a vocation à rendre accessibles des abstractions et à les articuler à des problématiques sociales ou géo-politiques, dans ce cas ce texte a complètement failli à sa mission.

      Le contenu pêche, à mon sens, par excès d’hermétisme, par absence de didactisme et d’altruisme pédagogique. Les notions ne sont pas explicitées mais tenues pour acquises, le raisonnement repose sur trois postulations de départ réfutables mais posées comme vérifiées, le fil directeur se perd en cours de second paragraphe pour être récupéré in extremis dans la conclusion.

      Les philosophies grecques pré-socratiques se caractérisent par le passage intellectuement révolutionnaire du mythe à la raison, sans que l’auteur du texte juge bon d’interroger les contradictions oxymoroniques inhérentes aux définitions qu’il donne de la démocratie : "organisation de l’égoïsme collectif" ?!, "organisation mafieuse" ?!, "théocratie sans thaumaturge" ?! Des bonds notionnels non explicités sont ainsi tenus pour des vérités apodictiques.

      Une belle opportunité de partage à spectre large s’est perdue...

       
    • #3036251

      @Protégeonsla Palestine



      postulations de départ réfutables mais posées comme vérifiées... Des bonds notionnels non explicités sont ainsi tenus pour des vérités apodictiques.



      Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous sur ces points. C’est comme si l’auteur espérait que ça allait passer au culot... J’espère que c’est pas une sorte de nouveau Botul qui se foutrait de la gueule de nous...

       
    • #3036271
      Le 25 septembre à 22:12 par ProtégeonslaPalestine
      Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

      Correctifs : #sibyllin# #intellectuellement#

       
  • #3035300

    >> dans la doxa « antitotalitaire » de l’idéologie davosienne, tous les torts des totalitarismes du XXe siècle doivent être mis sur le compte de déficits d’universalité

    Excellent et vraiment très bien vu !

     

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  • #3035308

    Tout ce baratin sophistiqué pour admettre que le monde occidental de par son orgueil intellectuel a abandonné la révélation et la foi au profit des « meandre de la philosophie occidental »pour singer Jacque

     

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    • #3035471

      je suis assez d’accord, la forme est tellement



      universitaire



      qu’à part des profs de philo, je crains que personne n’ait vraiment envie de se casser le cul à décortiquer ce qui se cache derrière cette complexité apparente.
      je viens de terminer comprendre l’époque et je dois dire que ce qui m’a scotché dans ce bouquin c’est la capacité de Soral à utiliser des mots simples pour expliquer les articulations intellectuelles les plus complexes. je préfère mille fois cette approche même si ça ne brille pas d’érudition formelle, le résultat est bufflant vu le peu d’usage des mots savants (et en plus il fait court).
      ah le langage hermétique des spécialistes, ça me fait penser aux inconnus :
      https://www.youtube.com/watch?v=V-w...

       
  • #3035319
    Le 24 septembre à 05:21 par QuiQui McNoL’âne
    Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

    « Il n’y a Temps que dans la mesure où il y a Histoire, c’est-à-dire existence humaine, c’est-à-dire existence parlante »

    C’est bien possible, mais l’existence humaine ne se réduit pas à l’Histoire : elle est d’abord l’action dans le présent, et c’est la considération mentale de l’individu sur les choses et sa pensée qui font naître la dimension du temps, laquelle n’existe que dans l’esprit humain, en tout cas sous forme consciente / réflexive - peut-être que certains animaux sentent un certain timing mais c’est de l’ordre instinctif.

    Je dirais plutôt il n’y a histoire que dans le cerveau humain où naît le temps, par sa capacité mémorielle à considérer ou comparer des idées et des pensées. Or bien souvent, hormis la nécessité de réfléchir à ses actions, cette effervescence réflexive mais souvent inconsciente, comme automatique, découle d’un mouvement qui part d’abord du bas-ventre c’est-à-dire de l’émotion - "motion" le mouvement.

    La colère part du coeur à partir d’un sentiment d’injustice, alors que du ventre part bien plus fréquemment la peur - au sens général, l’appréhension, l’inquiétude, l’anxiété... Et à ce moment précis, le cerveau prend le relais et commence à penser, à l’armée on dit "psychoter".

    Comme on se met à cogiter, on décroche du réel sans s’en apercevoir, et nous entrons dans le temps, car c’est toujours avec des idées connues donc mémorisées qu’on peut faire du neuf, mais bien souvent on ne réfléchit pas pour trouver une solution mais simplement pour combler le vide angoissant créé par la peur / l’émotion.
    Et pour ceux qui ne veulent pas "se prendre la tête", pour faire passer l’anxiété du moment, ils comblent ce vide en consommant puisque ça vient du ventre !

    Tout ça pour dire : l’histoire et le temps sont inévitables dans notre dimension matérielle, ce n’est pas un problème ; le problème c’est de vivre dans son mental pour échapper à ses émotions (surtout la peur donc), et là on vit soit dans le passé soit dans un futur idéalisé ou simple reformulation d’un passé déjà éprouvé, bref jamais dans le présent, dans l’action.

    Et je remarque que : s’il y autant de bavardage et de réflexivité, qui produisent à leur tour encore plus d’angoisse, d’articles, de livres, de débats, etc. ce n’est pas parce qu’on ne sait pas quoi faire, mais parce que nous vivons dans le mental et non dans le présent qui est l’action et le seul réel.

    Donc la peur est bien l’outil pour prendre l’âme d’un peuple - (Machiavel)

     

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    • #3035400
      Le 24 septembre à 09:44 par GJ supernova
      Le logos occidental, versant cognitif de la théandrie hégélienne

      Bien joué QuiQui : la manipulation par l’émotion est leur grande force,
      et face à des gens qui ne se comprennent pas eux-mêmes, c’est d’autant plus facile.

      Il faudrait déjà un niveau de conscience élevé sur la situation, et ensuite rester sage et serein face à celle-ci, or un coup le peuple est dans l’ignorance, l’instant suivant, comme ça le touche directement, il est dans la peur paralysante, il tourne en rond, dans les rues de Paris, il manifeste ; ensuite s’il n’arrive plus à survivre donc il se met en colère.

      Or aucun de ces sentiments ne sont pris en compte ni anticipés par les leaders qui par ailleurs sont confus dans leur discours puisqu’ils ne sont pas aussi clair et limpide qu’un Soral (et son réseau) qui ont nommé, détaillé, prouvé, édité les paroles de l’Ennemi depuis des années !!!

      Donc ouvrons les yeux, ces faux leaders conduisent les moutons à l’abattoir, voilà le drame, car nous (les Français dans leur ensemble) ne devrions pas être des moutons, mais fidèles à notre réputation de peuple révolutionnaire : où est passée notre clairvoyance ?

      Pour l’instant nous sommes dans la peur, nous tournons en rond, chaque samedi, mais quand arrivera la colère, sur quel objet se défoulera-t-elle ? Sur les FDO armées jusqu’aux dents ? C’est pas sérieux. Parce que le travail de ces faux leaders n’est pas sérieux car il ne va pas jusqu’au bout de la connaissance !

      Le Pouvoir sait très bien que tant que nous sommes dans la peur, nous nous renfermons sur nous-mêmes... et si la colère arrive, il lui suffira d’envoyer ses robocop et leurs nouveaux blindés, voilà notre triste avenir !

      J’en appelle à la raison et la lucidité pour sortir de l’émotion, beaucoup savent mais ne disent rien et c’est un tort car l’union fait la force. Si au départ ils seront seuls, ils seront vite rejoints par ceux qui n’osaient encore rien dire, donc la parole fait sens, mais l’omission nous conduit à l’abattoir.

      Et j’ajoute une chose : c’est que plus la peur règne, plus Philippot aura d’abonnés certes, mais il aura encore bien plus de monde et bien plus vite quand il ira au bout... car beaucoup ne manifestent pas car ils voient bien qu’on tourne en rond petit patapon !!!

      Il faut faire de l’éducation populaire en mode Soral tout schuss ! assez de nous planqués ! sur une caisse à savon ou pas, c’est clair mon QuiQui ? On n’a plus le temps justement, et on veut plus en perdre, cette politique abjecte n’a que trop duré ! Vive l’hiver réchauffant !

       
    • #3035968

      Et combien d’intellos, de profs, d’universitaires à l’aise dans le cérébral, le concept désincarné et totalement hors-piste pour afftonter le réel. Si on ne passe pas du cerveau au cœur et à l’action on n’est qu’une personne châtrée, un schizophrène, un bouffon, un écolâtre...

       
  • #3045504

    Nous venons du passé, nous sommes dans le présent et seront dans l’avenir par l’unité... Nous avons été, nous sommes et seront toujours dans un cercle, inscrit dans un cycle circulaire, les amérindiens nous ont légué l’enseignement et l’éclairage de ce cercle magique, que nous avons été et que la modernité a anihilée pour l’inscrire à l’avenir comme un point culminant de notre conscience .

     

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