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Fatwa

Le mot fatwā désigne, au sens littéral, une « réponse », un « éclairage » donné par un organe compétent sur une question particulière en matière de jurisprudence islamique. Le français commun a fait sortir ce terme du registre de la religion islamique pour l’entendre comme une « décision irrévocable, arbitraire », remplaçant en quelque sorte le mot oukase, ou alors une « condamnation », et plus particulièrement une « condamnation à mort ». Cela correspond à une tendance révélatrice des préjugés largement répandus sur l’islam. Il est vrai que l’appel à l’exécution de Salman Rushdie par l’ayatollah Ruhollah Khomeiny en 1989 y a contribué.

 

Une fatwa porte sur n’importe quelle question de droit islamique. Traditionnellement, elle doit respecter une procédure régulière, souvent assez complexe, être rendue par toute instance ou personne habilitée à rendre des fatwas, notamment le mufti [1], et être dûment fondée et justifiée en droit islamique. Tout cela selon les critères propres à chaque école juridique (madhab), le type d’organisation des oulémas [2] et les rapports établis entre eux et les institutions politiques dans les différents pays et les différentes époques — ce qui donne une infinité de configurations et de possibilités. La portée d’une fatwa dépend en conséquence de multiples facteurs, et elle est surtout liée au prestige de la personnalité ou de l’instance qui la rend et se limite à son périmètre d’influence.

 

Pour le djihad, contre le djihad

N’importe quel sultan ou émir, c’est-à-dire chef politique, ou imam, c’est-à-dire chef religieux, cadi, c’est-à-dire juge, ou même simple croyant peut poser à un mufti une question sur n’importe quel sujet qui touche à des questions de croyance, de comportement pieux, de pratique sociale, de statut personnel, de conformité d’un acte politique à la loi islamique. Cela advient tous les jours. Une fatwa du Cheikh Ali Gad al-Haqq parlant au nom du Dar al-Iftah (Maison de délivrance des fatwas) du Caire autorisait ainsi en 1979 l’utilisation chez l’homme de greffons osseux, de valves cardiaques et d’autres produits provenant du porc, dans les cas où il y a une « nécessité extrême » et que rien d’autre ne peut sauver une vie.

[...]

La séparation du mufti et du juge

Deux autres exemples de fatwas récentes, en Irak. Un religieux chiite invite à former des milices pour « tuer les wahhabites » – en réalité il pense aux sunnites ‒ où qu’ils se trouvent, en s’exclamant : « vous attendez une fatwa du sayyed ? Vous l’avez, la fatwa ! » Quelque temps plus tard, le sayyed [3] invoqué, à savoir le grand ayatollah Ali Al-Sistani, rend une fatwa dans laquelle il déclare « le caractère sacré du sang irakien, surtout le sang sunnite », et appelle les chiites à « protéger les sunnites des dangers qui les guettent en Irak ». Comme quoi une fatwa peut être un appel au calme, respecté ou non.

Revenons à la fatwa sur Salman Rushdie. On peut être étonné que ne soient pas dissociés, dans ce cas, l’avis et la décision exécutoire. L’ayatollah Mohammad Hussein Fadlallah confiait en mars 1989 à une journaliste de Libération, alors qu’il était considéré comme le chef spirituel du Hezbollab libanais, que « l’avis de Khomeiny déclarant la mise à mort de Rushdie n’était pas conforme à la tradition musulmane ». Cela s’explique par le fait que l’ayatollah Khomeiny n’était pas seulement le mufti suprême dans le clergé chiite, mais qu’il était en même temps au sommet de l’autorité politique. Ce n’est, dans la civilisation islamique, qu’une situation particulière, pas du tout générale. La règle la plus répandue dans le temps et l’espace est la séparation du mufti et du juge, eux-mêmes autonomes par rapport à l’émir ou au sultan, même lorsqu’ils sont nommés par eux. Elle cède cependant la place aujourd’hui — d’abord dans les États « modernistes et « laïcs » qui ont suivi en cela l’exemple donné par les colonisateurs — à la subordination totale du mufti et du juge au gouvernement. On retrouve pourtant ce cas de figure dans les mouvements où un religieux se porte à la tête d’un État.

La tendance actuelle est toute autre dans les mouvements révolutionnaires armés récents qui se réclament de la salafiyya jihadiyya, le « salafisme djihadiste » : lancés par des chefs politiques levant le drapeau de l’islam, ils se sont dotés à la longue d’un corps de doctrine théologico-juridique et prônent des pratiques contestées par la grande masse des oulémas des différents pays et des différentes écoles. Aux yeux de ces derniers, les avis donnés par exemple par Oussama Ben Laden et, plus récemment par Abou Bakr Al-Bagdadi ne sauraient être considérés comme des fatwas licites.

Lire l’article entier sur orientxxi.info

Notes

[1] Le mufti littéralement est « celui qui rend une fatwa ».

[2] Les oulémas — arabe ulamā’, littéralement « savants » — rassemblent toutes les personnes ayant suivi des études supérieures dans les disciplines religieuses, mais aussi profanes, et qui constituent, dans des formes variables selon les pays et l’époque, le corps clérical de l’islam.

[3] Sayyed (sayyid), « seigneur, maître » est, surtout chez les chiites, un titre porté par les descendants du prophète Mohammed ».

Le cas BHL-Rushdie

 






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35 Commentaires

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  • #3010419
    Le 15 août à 15:37 par Kal
    Fatwa

    Justement, dans un monde multipolaire où chacun se respecte eu égard au rapport des forces en présence, il n’y a pas la place pour des interprétations tendancieuses !

     

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  • #3010422
    Le 15 août à 15:48 par Groglan
    Fatwa

    La Fatwa des sionistes c’est de lancer
    une campagne de presse par l’intermédiaire
    des médias en lançant le rayon paralysant de
    l’"ANTISÉMITISME".
    Si ça ne suffit pas, il y a les coups (Dieudonné/Soral)
    ensuite l’empoisonnement(Ararat/Chavez) ou
    l’exécution par les services ou
    les attentats false flags pour ramener les
    Goys à la bergerie sioniste.

    https://www.egaliteetreconciliation...

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    • #3010732
      Le 16 août à 10:02 par toutou à sa mémère
      Fatwa

      Vous avez oublié les PROCÈS
      qui participent à la diabolisation
      et à l’exclusion sociale,
      et qui permet de taper au porte-monnaie
      tout accumulant les peines de prisons
      avec sursis dans un premier temps.

       
  • #3010480
    Le 15 août à 17:44 par Ali
    Fatwa

    Un aspect peu abordé qui est un bien grand mal chez les musulmans "connectés" est l’étendue géographique d’une fatwa. Les video Youtube participant de la non localisation (géographique, c’est à dire culturelle) et donc de l’invalidité d’un avis religieux.
    Ce qui fut une plasticité dans les décisions et cette dernière motivée d’une connaissance fine d’une culture et d’une époque - en plus des règles spirituels de décisions parfaitement élaborées et décrites - est devenue, avec la mondialisation un bric-à-brac sans nom, pour les non initiés. A Dieu ne plaise

     

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  • #3010486
    Le 15 août à 18:04 par Poseur de questions
    Fatwa

    Merci pour les explications au début de l’article, à propos du mot "fatwa" ! Si nous voulons mieux combattre le totalitarisme muzz, commençons par bien connaître son esprit et sa langue...

     

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    • #3010519
      Le 15 août à 19:15 par ꞀOꞀ
      Fatwa

      « le totalitarisme muzz » ? C’est quoi donc ? Goldmann Sachs c’est chiite d’après toi ?

       
    • #3010548
      Le 15 août à 20:15 par Saint Preux
      Fatwa

      @poseur de question.

      Vous semblez débarquer de la planète Pluton, en semblant ne pas avoir remarqué que le totalitarisme qui persécute actuellement toutes les nations européennes et pas seulement, ce n’est pas vraiment le totalitarisme musulmans, mais plutôt un totalitarisme bancairo messianiste dont il est de plus en plus aisé d’identifier les acteurs, puisqu’ils occupent la plupart des postes clés dans tous les domaines.
      Il faut d’urgence vous réveiller cela vous évitera de penser et d’écrire des sottises.

       
    • #3011184
      Le 16 août à 22:40 par Poseur de questions
      Fatwa

      LoL et St Preux,

      D’accord, je n’ai vu que la main "qui tient le couteau", sans penser à la main qui lui donne l’ordre... mais je maintiens ce que j’ai dit.

       
    • #3011279
      Le 17 août à 06:35 par karim
      Fatwa

      le mec a raison messieurs le totalitarisme muzz ca existe, il est certes secondaire car non autonome pour l’instant mais il existe.

       
    • #3013999
      Le 21 août à 10:29 par Convergence des luttes
      Fatwa

      karim d’accord avec toi, mais si tu vas par là, il y a tout un tas de totalitarisme enchevêtrés les uns aux autres et qui ne vivent pas l’un sans l’autre
      Exemple, le totalitarisme extrême gauchistes, le totalitarisme féminisme, le totalitarisme LGBTiste, le totalitarisme laïcquard, le totalitarisme vegano-antispéciste, le totalitarisme écolo-réchauffiste et tous ces totalitarisme font éclore, anime, vivre le totalitarisme d’extrême droite (sioniste)...
      Donc je pense qu’en effet, c’est les donneurs d’ordres, ceux qui financent en sous-mains, qui chapeautent, et on sait très bien tous qui cela est
      Car ce même totalitarisme muzz comme vous dîtes, tue des millions de muzz et ça depuis des lustres
      Syrie, Libye, Irak, Balkans, Afghanistan, Liban, Algérie, Tchétchénie, Soudan, Asie, Afrique, Orient Moyen-Orient, etc, etc...
      Comme le progressisme, le consumérisme, l’homosexualisme, le transgenrisme, le transhumanisme, le communisme, etc... comme dit Soral, ils attaquent de tous côtés, par tous les moyens, a tout moment, partout, c’est une guerre totale

       
  • #3010507
    Le 15 août à 18:42 par VIVACHAVEZ
    Fatwa

    Que de battage à ce sujet !!! Khomeini avait juste donné un conseil de prudence à Rushdie. Il lui a juste dit : "Salman, féga fatwa !!!".

     

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    • #3010683
      Le 16 août à 08:26 par Tator
      Fatwa

      Ce qu’a mal interprété le fanatique , il a compris " Fatwa plaisir ! "

       
  • #3010508
    Le 15 août à 18:47 par Atos, Portos et Aramis...
    Fatwa

    Merci pour cette mise au point de première importance.

     

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  • #3010557
    Le 15 août à 20:52 par Serilem
    Fatwa

    Un peu comme la charia, qui est les règles de vie des musulmans dans tout les domaines, notamment cultuel, pour les gens maintenant ça veut dire " couper les mains, couper les têtes, et lapider les femmes" ( ce sont les seules sources d amusement en pays musulman c est assez connu).
    Une fatwa qui est un avis juridique d une "autorité" sur n importe quel sujet, a valeur principalement locale, ça veut dire dans le monde occidental prononcer des appels aux meurtres pour faire régner la terreur ( d ailleurs la majorité des bons musulmans ont la liste avec photo et suivi des condamnés du jour, et ont pour devoir de les frapper s ils le peuvent).
    On a décidément un très haut niveau de culture et de connaissances du monde en Froncistan.
    On dirait les films d horreur de Hollywood, ou les séries japonaises de mon enfance avec gentils et mechants

     

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    • #3010592
      Le 16 août à 00:28 par VIVACHAVEZ
      Fatwa

      En effet, c’est un peu comme la Charia. Par contre, comme on dit à Tel Aviv :" Il ne faut pas mettre la Charia avant l’Hébreu"....

       
  • #3010642
    Le 16 août à 06:39 par anonyme
    Fatwa

    Et quand un dirigeant occidental d’une d’une démocratie droidlhommesque décide de supprimer une personnalité, ça s’appelle comment ?
    Et quand certains appellent à la mort ou à l’assassinat de Poutine, ça s’appelle comment ?

     

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    • #3010718
      Le 16 août à 09:31 par Bayinnaung
      Fatwa

      Oui, c’est comme quand l’empereur des Habsbourg a fait massacrer des millions de ses sujets juste parce qu’ils osaient penser différemment (être protestant dans l’empire des habsbourg, c’est comme être négationniste en France : c’est signer son arrêt de mort).
      L’occident a toujours été malade de certains de ses peuples les plus arriérés et de certaines dynasties les plus consanguines... L’Orient ignore la chance qu’il a eu de ne pas être dirigé par ces génocidaires de Habsbourg qui ont été les premiers exterminateurs d’indiens, bien avant les Anglais.

      Si seulement les pro-habsbourg et autres pan-germanistes connaissaient un peu mieux l’Histoire.

       
    • #3010806
      Le 16 août à 12:25 par Sedetiam
      Fatwa

      Il s’en est même trouvés, à heure de grande écoute, en appeler au peloton d’exécution, d’autres aux coups après la loi (ou la Loi, je ne sais plus). Et pas des branleurs de bars qui voudraient refaire le monde à quatre grammes dans le sang...

       
    • #3010989
      Le 16 août à 17:41 par anonyme
      Fatwa

      @bayinnaung. Leçon d’histoire pour les nuls :
      Les premiers qui ont massacré les indiens étaient les conquistadors de la couronne de Castille. Ce n’était pas des Habsbourg !
      Le seul qui a chassé les protestants était Louis XIV par la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 ! Ce n’était pas un Habsbourg !
      Tu devrais retourner à l’école car tu as dû sécher tout tes cours !

       
    • #3013363
      Le 20 août à 09:59 par Bayinnaung
      Fatwa

      @ anonyme

      Leçon d’histoire pour les nuls :

      Donc ton niveau ? (humour)

      Les premiers qui ont massacré les indiens étaient les conquistadors de la couronne de Castille. Ce n’était pas des Habsbourg !

      Heeeeuuuu ... Charles Quint était roi en 1521, quand l’empire Aztèque est tombé sous les coups de Cortes... il n’a rien fait pour rendre leurs terres aux indiens, bien au contraire ! Donc, si, ce sont bien les Habsbourg qui ont massacré ou laisser massacrer les indiens et qui ont baptis leur empire sur le sang des peuples sud-américains... une habitude chez les barbares nord-européens que de persécuter ceux qui ne sont pas de la bonne "race".

      Le seul qui a chassé les protestants était Louis XIV par la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 !

      Le seul ? Alors là, ce n’est plus une connaissance historique "pour les nuls", dont tu fais montre : c’est carrément une absence de toute connaissance historique !
      Et Maximilien de Habsbourg qui a fait crever des millions de ses propres sujets sous prétexte de faire la guerre aux protestants (que même en France, ça n’a pas été aussi loin...pour une Saint-Barthélémy, combien de massacres équivalents pendant toute la guerre de 30 ans ?)
      C’était un habsbourg qui, via Tilly & Wallenstein, était derrière le massacre de Magdebourg...Louis XIV n’a fait "que" révoquer l’édit de Nantes, il n’a pas massacrer des millions de ses sujets comme ces dingues de Habsbourg ont été capables de faire.

      Ce n’était pas un Habsbourg !

      Ben si, je viens de te démontrer en quoi.

      Tu devrais retourner à l’école car tu as dû sécher tout tes cours !

      Excellent conseil, tu montres l’exemple ? Parce que niveau connaissance historique, je viens de te sécher.

       
  • #3010703
    Le 16 août à 09:12 par Sedetiam
    Fatwa

    Les gonzes du coin ont déjà du mal avec la définition des mots de français, au premier degré, pire encore si tu demandes de décortiquer les symboles, d’expliquer le sens des métaphores ou d’exprimer les concepts signifiés par les divers signifiants et l’on souhaiterait qu’ils saisissent l’essence des termes qui tiennent à une autre spiritualité ou philosophie que la leur ?
    Quant aux citations et à leurs contextes...

     

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  • #3011269
    Le 17 août à 06:00 par enpassant
    Fatwa

    Bonjour ;

    particulier, pour quelqu’un qui prétend rétablir un sens et qui n’est même pas capable d’en donner la définition simple à la première ligne : "un avis juridique", cela n’a pas vocation à être autre chose. En apparté, Rusdhi n’étant pas musulman je ne vois pas comment il pourrait avoir des propos blasphématoires concernant l’islam... les mots ont un sens, de plus, ce qu’il avait écrit était insignifiant et il n’est pas l’auteur de l’expression.... juste une reprise anecdotique, enfin, l’on peut dire que le ridicule et la betise tuent, elles vont de pair, navrant. D’ailleurs Khomeiny n’était qu’un usurpateur comme l’était Bagdadi et bien d’autres, ils ne font que le bonheur de certains Occidentaux déviants, somme toute, les idiots "utilent du Diable".

     

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