Et si Trump n’avait pas viré casaque ?

Publié le : mardi 11 avril 2017
Modifié le : jeudi 13 avril 2017
Commentaires : 50
Nombre de vues : 26 554
Source : voltairenet.org
121 votes

Les chancelleries et la presse assurent que le président Trump a changé sa politique et trahi ses électeurs en acceptant la démission du général Flynn, puis en bombardant Chayrat. Thierry Meyssan, quant à lui, relève des incohérences qui laissent à penser le contraire : l’agression militaire états-unienne contre la Syrie pourrait en réalité être dirigée à terme contre les alliés de Washington.

 

Donald Trump, qui avait été élu sur son programme de fin de l’impérialisme et de service des intérêts de son peuple, a-t-il brusquement changé de bord, trois mois seulement après son arrivée à la Maison-Blanche ?

 

 

C’est l’interprétation ultra-majoritaire du bombardement de la base de Chayrat, le 6 avril 2017. La totalité des alliés des États-Unis a approuvé cette action au nom de principes humanitaires. La totalité des alliés de la Syrie l’a condamnée au nom du droit international.

Pourtant, lors du débat au Conseil de sécurité des Nations unies, l’argument d’une attaque chimique perpétrée par Damas n’était pas soutenu par le représentant du secrétaire général. Au contraire celui-ci soulignait l’impossibilité à ce stade de savoir comment cette attaque avait pu avoir lieu. La Bolivie a même mis en doute l’existence de cette attaque qui n’est connue que par les Casques blancs, c’est-à-dire un groupe d’Al-Qaïda que le MI6 encadre pour les besoins de sa propagande. Au demeurant, tous les experts militaires soulignent que les gaz de combats doivent être dispersés par des tirs d’obus et jamais, absolument jamais, par des bombardements aériens.

Quoi qu’il en soit, l’attaque états-unienne contre la base de Chayrat s’est caractérisée par sa brutalité apparente : les 59 missiles BGM-109 Tomahawk avaient une puissance cumulée presque deux fois équivalente à la bombe atomique d’Hiroshima. Pourtant, l’agression s’est aussi caractérisée par son inefficacité : s’il y a bien eu des martyrs tentant d’éteindre un incendie, les dégâts sont si peu importants que la base fonctionnait à nouveau le lendemain.

Force est de constater que soit l’US Navy est un « tigre en papier », soit cette opération n’est qu’une mise en scène.

Dans ce cas, on comprend mieux que la défense anti-aérienne russe n’ait pas réagi. Ce qui suppose que les missiles anti-missiles S-400, dont le fonctionnement est automatique, aient été volontairement désactivés au préalable.

Tout s’est déroulé comme si la Maison-Blanche avait imaginé une ruse visant à emmener ses alliés dans une guerre contre les utilisateurs d’armes chimiques, c’est-à-dire contre les jihadistes. En effet, à ce jour, selon les Nations unies, les seuls cas établis d’usage de ces armes en Syrie et en Irak leur ont été attribués.

Au cours des trois derniers mois, les États-Unis ont rompu avec la politique du Républicain George Bush Jr. (qui signa la déclaration de guerre du Syrian Accountablity Act) et de Barack Obama (qui soutint le « printemps arabe », c’est-à-dire la réédition de la « Grande révolte arabe de 1916 » organisée par les Britanniques). Cependant Donald Trump n’était pas parvenu à convaincre ses alliés, notamment allemands, britanniques et français.

Sautant sur ce qui paraît être un changement radical de la politique US, Londres a multiplié les déclarations contre la Syrie, la Russie et l’Iran. Son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, a annulé sa visite à Moscou.

Seulement voilà : si Washington a changé de politique, pourquoi donc le secrétaire d’État Rex Tillerson a-t-il, au contraire, confirmé son déplacement à Moscou ? Et pourquoi donc le président Xi Jinping, qui se trouvait être l’hôte de son homologue états-unien durant le bombardement de Chayrat, a-t-il réagi si mollement, alors que son pays a fait par 6 fois usage de son veto pour protéger la Syrie au Conseil de sécurité ?

Au milieu de cet unanimisme oratoire et de ces incohérences factuelles, le conseiller adjoint du président Trump, Sebastian Gorka, multiplie les messages à contre sens. Il assure que la Maison-Blanche considère toujours le président el-Assad comme légitime et les jihadistes comme l’ennemi. Gorka est un ami très proche du général Michael T. Flynn qui avait conçu le plan de Trump contre les jihadistes en général et Daech en particulier.

Thierry Meyssan

Retrouvez Thierry Meyssan chez Kontre Kulture :

Lire également :

Retour de flamme

Les banlieues de Damas, matrice de la barbarie terroriste qui frappe l’Occident – Chroniques de cinq années de guerre coalisée contre la République arabe syrienne. Ces chroniques, comme leur nom l’indique, ont été rédigées au fil des événements. Textes engagés, ils n’ont pas été remaniés a posteriori et se trouvent par conséquent publiés à l’état natif. Pour qui est familier des arcanes du Printemps syrien (...)

Voir aussi, sur E&R :

L’Heure la plus sombre n°74 – Émission du 10 avril 2017

Invités : Alain Soral et Youssef Hindi
Pour ce 74ème numéro de L’Heure la plus sombre, Vincent et Xavier recevaient Alain Soral et Youssef Hindi pour réagir aux derniers événements en Syrie. Au sommaire : Introduction 1’24 : Tableau général de la situation 3’25 : Propagande éculée 6’05 : Le chantage à l’impeachment 7’30 : À qui profite le crime ? 9’45 : Gazés mais par qui ? 11’50 : Changement dans l’entourage de Trump 15’07 : Détails (...)

Donald Trump affirme son autorité sur ses alliés

Ne vous laissez pas illusionner par les jeux diplomatiques et le suivisme des grands médias. Ce qui s’est passé ce matin en Syrie n’a aucun rapport ni avec la présentation qui vous en est faite, ni avec les conclusions qui en sont tirées. Ce matin, les États-Unis auraient tiré 59 missiles de croisières depuis la Méditerranée pour détruire la base militaire aérienne syrienne de Sha’irat. Il (...)
50 commentaires
Alerter

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

Suivre les commentaires sur cet article
Afficher les commentaires précédents
Le 11 avril 2017 à 20:32 par Mandark
#1699894

La vérité c’est que personne ne maitrise quoi que ce soit et que tout le monde fait n’importe quoi.

Le 11 avril 2017 à 20:34 par Bouba
#1699895

Merci Thierry mais force est de constater que les maths ne sont pas son fort : Hiroshima -> Little boy -> 15k tonnes équivalent TNT 59 Tomahawk BGM-109 -> 0.5 tonnes x 59 = 30 tonnes soit 0.03k tonnes C’est à dire 500 fois moins que la bombe sur Hiroshima. Facteur mille Thierry facteur mille ;)

Le 11 avril 2017 à 22:17 par Igor Meiev
#1699977

Ca me semblait bizarre aussi. Espérons qu’il soit plus rigoureux sur le reste.

Le 12 avril 2017 à 10:49 par PMJLL
#1700226

Il y a en effet surestimation grossière par Meyssan des kilotonnes employés ici. Heureusement pour les Syriens.

Le 11 avril 2017 à 20:49 par Kazio
#1699910

Il y a une erreur dans l’article : La bombe d’Hiroshima c’est environ 15Kt de TNT soit 15000 Tonnes. Un Tomahawk c’est 450Kg d’explosif pièce soit 26 tonnes pour l’ensemble.

59 Tomahawk c’est donc environ 500 fois moins que la bombe d’Hiroshima.

Le 17 avril 2017 à 12:02 par ipk74270
#1704392

Sur les 59 tomahawk envoyés 36 ont été détruits en plein vol par la DCA syrienne....

Le 11 avril 2017 à 21:37 par Ezio
#1699938

Ce que j’ai toujours pensé. Trump s’achète du temps et de la marge de manoeuvre. Il coupe l’herbe sous le pied de son opposition. Peu importe ce que l’armée américaine fait tant qu’elle ne laisse pas le pays aux terroristes.

Le 12 avril 2017 à 12:25 par Maxime
#1700304

Trump fait exactement ce que l’oligarchie lui demande et ce depuis toujours et pour toujours. Le terrorisme est créé par Trump, la soit disant "légitimité" de bombarder la Syrie est créé par Trump.

Pareil pour la propagande contre la Corée du nord qui ne va pas tarder à se faire massacrer. La Russie et la Chine se sont fait mettre au garde à vous par Trump et la Russie et la Chine savent très bien qu’ils n’ont qu’à s’incliner devant plus fort qu’eux.

Dire que Trump là joue diplomate avec l’oligarchie est une pure mascarade. Soyons clair se sont les plus forts, ce sont eux qui tiennent le manche point final.

Marine fera pareil que Trump, elle fait pareil pour sa campagne et fera pareil que Trump une fois élu. Et les fanatiques diront qu’elle fait ça pour donner un os à ronger à l’oligarchie... encore une mascarade.

Le 11 avril 2017 à 22:06 par paskl
#1699965

Je suis assez en accord avec Thierry sur cette possibilité là, ce qui bat en brèche une autre donnée par bien d’autres dont les orateurs de "l’heure la plus sombre" qui montre Trump comme impuissant et soumis. Je ne crois pas que cela soit le cas pour le moment et alors il y a là un coup de maître qui le fait paraître bien moins beauf qu’on cherche à nous le faire croire. Cet homme n’est pas le simple d’esprit qu’était G. W. Bush.

Le 11 avril 2017 à 22:52 par Fantomas
#1700002

Dans ce genre de chaos, la solution est simple : localisation, en temps réel, des ennemis, de ses soutiens et de ses ressources où qu’ils se trouvent (Satellites) . Déclenchement d’opérations multiples simultanément (missiles, etc...). Les russes contrôlent le terrain actuellement,donc ont toutes les informations pour coordonner l’attaque. Les américains sont bardés d’armes en tout genre et ont donc la puissance de feu additionnelle pour coopérer avec les russes.Encore, faudrait-il qu’ils soient d’accord pour coopérer avec les russes. Oui, il y aura des dégats collatéraux, mais la guerre n’a jamais été quelque chose de propre. Les terroristes jouent sur les lois internationales en utilisant des civils comme boucliers humains ou en se réfugiant dans des hopitaux pour provoquer des clashs diplomatiques entre américains et russes. La guerre c’est la guerre, à un moment, il n’y a malheureusement pas de détails à faire. Certe, des centaines de gens malheureux pris au piège seront victimes, mais c’est pour au final en sauver des milliers, voir des millions, y compris pour que les réfugiés européens retournent dans leur pays en toute quiétude. Oui, c’est un raisonnement militaire / diplomatique froid, mais que voulez-vous qu’on fasse dans ce cas là ? Ce qu’il se passe en Syrie et au Moyen-Orient est abominable et atroce, et croyez-moi les archives de guerre qui en sortiront plus tard feront honte à nos enfants, et à ceux d’entre nous qui seront encore vivants et qui n’auront pas réagi face à ces massacres.

Le 11 avril 2017 à 23:14 par kirale
#1700012

je pense que, menacer sa famille, est est un bon moyen de faire pression sur lui, une méthode que certains pays soi disant démocratique d’extrême droite n’hésiterais pas a utiliser...

Le 11 avril 2017 à 23:34 par Stev
#1700022

C’est l’industrie pétrolière, le complexe militaro-industriel, le lobby pro-israelien, neo-conservateur et la CIA qui dictent la politique étrangère des USA. Point final.

Le Président n’est là que pour donner une couleur "réac’" ou "progressiste" à la politique intérieure du pays.

Les antiracistes libertaires féministes LGBT étaient contents d’avoir Obama. Les conservateurs pro-armes anti-avortement sont contents d’avoir Trump.

Mais ça changera que dalle à la stratégie US au Proche-Orient. C’est juste que c’est plus facile de faire passer une politique impérialiste avec un président "progressiste".

Sûrement que Trump a été sincère. Mais il a vite compris qu’on ne lui demanderait pas son avis, voire même que ça pourrait être dangereux pour lui de vouloir infléchir 30 ans de politique étrangère américaine.

Le 12 avril 2017 à 10:42 par Tyler
#1700217

Cette hypothèse me paraît en effet plus plausible. Trump apprend que la Présidence n’a pas d’autonomie et qu’elle dispose en réalité de peu de marges de manoeuvre. Kennedy a déjà servi d’exemple il me semble.

Le 12 avril 2017 à 11:14 par SOBRY J-F
#1700248

Ceci n’est pas, à proprement parler, un commentaire sur l’article, mais un commentaire sur certaines remarques concernant cet article. J’ai l’impression que certains s’attardent sur des détails. La possibilité, ou pas, de bombardement de charges chimiques, l’important il me semble c’est que le Président élu el-ASSAD ne soit pas à l’origine du fait reproché ici. Et que Monsieur MEYSSAN ne soit pas un expert en matière technique n’implique pas que son raisonnement soit faux. Petite remarque, je m’aperçois que la version officielle du 11/09 a encore ses partisans, et j’ajouterai celle-ci, pourquoi les gens en charge de la destruction d’immeuble s’ennuient-ils encore à poser méticuleusement des charges explosives contrôlées à chaque niveau du dit immeuble, alors qu’une quantité suffisante de pétrole entreposée à l’un des étages suffirait à produire le même effet, et cela avec 100% de réussite, à méditer. Une dernière remarque, je sens que d’avantage de remarques serait un abus, concernant le calcul d’équivalent TNT. Monsieur MEYSSAN est peut-être également mauvais en calcul, mais il me semble que les missiles concernés ont la possibilité de recevoir des charges de capacité variable. Bon là j’arrête de défendre Thierry MEYSSAN, il n’a pas besoin de moi pour cela, mais je le fais avec tellement de plaisir qu’il me pardonnera probablement mes maladresses. Une dernière chose, je ne suis ni un expert, ni un robot, et pas forcément très bon en calcul mental.

Le 12 avril 2017 à 21:16 par Arthur Lepic
#1700848

Merci Thierry pour ton courage qui n’a d’égal actuellement que celui de A. Soral.
Au passage j’ai vivement conseillé à T.M. de se rapprocher de A.S. dès 2004. Mais depuis la baisse des cours pétroliers je n’ai plus l’oreille de T.M.
Cela dit, ma ligne est en train de s’imposer comme la plus logique :
Nous sommes déjà en train de subir les conséquences du pic de le production de pétrole conventionnel de 2005 : économie en berne à cause du choc des matières premières de 2008, donc demande faible et donc prix faibles. Rien pour tirer la croissance.
Au mieux, mais ça paraît peu certain, on va voir un regain provisoire de la croissance grâce à l’effondrement des cours des hydrocarbures. Mais ce sera provisoire puisque l’offre n’est pas là, ni en quantité, ni en qualité, pour suivre une éventuelle demande en rebond (faible nombre de forages exploratoires / découvertes ces dernières années)
Les initiatives de Trump sur le charbon et, plus récemment, sur le Moyen-Orient, ne laissent pas les experts du pétrole/gaz stupéfaits : nous sommes engagés dans une guerre à mort pour les derniers gisements fossiles à haute valeur ajoutée.
Bien à vous tous.