Allain Leprest, poète de la chanson française

Le grand chanteur des petites gens

Publié le : dimanche 23 juillet 2017
Modifié le : lundi 24 juillet 2017
Commentaires : 22
Nombre de vues : 18 147
Source : E&R
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En 2003, l’auteur de chansons Allain Leprest – mort huit ans plus tard par suicide – donne cette interview à Philippe Nicolet en Suisse en 2003. Ce qui fait l’originalité de Leprest, hormis ses indéniables qualités d’écriture, c’est qu’il est de « basse » extraction.

 

Aujourd’hui, ceux qui se lancent ou qu’« on » lance dans la chanson, mais plus généralement dans le showbiz, sont des enfants de la bourgeoisie, qui ont la possibilité matérielle de le faire. Leprest, lui, a commencé par un CAP de peintre en bâtiment, son père ayant toujours voulu que son fils ait un vrai métier entre les mains.

Il fait partie de ces chanteurs auteurs compositeurs qui sont peu connus du grand public, à l’image de Gérard Manset (dont PPDA est un fan absolu), mais qui ont le respect de leurs pairs. De la même façon, il y a des écrivains pour écrivains, on pense au très proustien et très stoïcien Matthieu Galey. On retrouve dans son album Voce a mano, enregistré en une prise avec l’accordéoniste Richard Galliano en 1992, des effluves de Brel, qu’il admirait. Un cousinage de qualité, pas un mimétisme.

Il est inutile d’opposer Leprest à la production « musicale » actuelle, puisqu’il se situait complètement en marge de cette industrie, et de ses excès : il affectionnait les gens, pas les foules, les petits bistrots, pas les salles glorieuses, la relation à l’autre, pas au « public ». Sauvé d’un anonymat certain par une poignée de personnalités médiatiques (Pascal Sevran en télé, Jean-Louis Foulquier en radio), il sait malgré tout que ses chansons ne « passent » pas en télé, et encore moins sur Canal+. Pas assez « grande famille » du showbiz, pas assez sourire, pas assez « jeune ». Pourtant, ses chansons ne sont pas déprimantes, selon la loi paradoxale qui veut que les désespérés donnent toujours de l’espoir aux autres.

Leprest chante la petite vie, les petites gens, les petites émotions, en apparence seulement. Une puissance se dégage qui n’a pas besoin de grands mots. Beaucoup en France se plaignent de ce que l’âge d’or de la chanson française serait définitivement derrière nous. Or les talents existent, mais la rentabilisation et l’anglo-saxonisation du métier les ont refoulés en marge. Seuls les derniers cabarets acceptent encore des chanteurs à textes, entre deux spectacles de comique et de magicien. Le slam de Grand Corps Malade et la poésie factice de Renaud ont balayé l’exigence.

Quelques lieux (un peu de gauche) où l’on peut encore entendre de la chanson française non frelatée. Une chanson française associée par automatisme à « vieille » chanson. C’est le résultat de la préférence industrielle et médiatique pour le public jeune, plus facile à manipuler que le public âgé. La chanson française a été ringardisée dans son propre pays, au profit de la variété anglo-saxonne et accessoirement de la variété française, ce qui n’empêche pas d’écouter l’une et l’autre, et de ne pas écouter les médias !

Alors un Leprest, poète, alcoolique (depuis son passage chez les paras à 20 ans), admirateur de Nimier (pas bien selon Libé), et communiste à ses débuts... ça « ne le fait pas » pour le showbiz. N’est pas Bruel qui veut !

 

Une valse pour rien, Leprest chante chez Lefait dans l’émission Des Mots de Minuit en octobre 2005 :

 

 

L’interview de 2003 :

 

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Mes semblables

Disponible en téléchargement : 1 L’homme parfait (4:48) 2 L’autre même (3:19) _ 3 Notre Père (3:43) 4 Darwin (avec Erik Truffaz) (4:45) 5 Faites-moi mal (2:58) _ 6 Dans le tumulte (avec Arianne Moffat) (2:00) 7 Le métro (avec Arianne Moffat) (2:51) 8 Laisse aller (3:53) 9 Ils ont (3:19) 10 On va (4:16) Durée totale de l’album : 29,36 Fichier audio MP3 320 (...)

Espoirs

Disponible en téléchargement : 1 L’assaut (1’24) 2 Bergisches Land (8’48) 3 Marche vers l’Est (4’19) 4 À prestu (3’55) 5 Space Conquest (7’26) 6 L’entre-saison (3’40) 7 La vie sauvage (4’46) 8 Hautes Priorités (3’42) 9 Russian smile (8’16) 10 Le départ (3’36) 11 Kontakt (6’44) 12 Marimbalove (1’36) 13 Le slow (3’57) Durée totale de l’album : 62’15 Fichier audio MP3 320 (...)

 

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Le 23 juillet 2017 à 22:10 par So6onseck
#1771579

Alain je l’ai croisé pendant plus de 10 ans dans la ville d’Ivry sur Seine. Je l’ai retrouvé un jour à la fête de la ville, ivre, faible, aux portes du ko. Nous avons parlé puis il m’a proposé de venir le rencontrer dans un rad, le limonaire, ou il poussait la chansonnette. Il pleut sur la mer et ça nous ressembles...

Le 23 juillet 2017 à 22:21 par Rusty James
#1771587

Je ne connaissais pas Alain Leprest ... merci pour cet article. Je connais Richard Galliano comme musicien donc je vais me hater d’aller decouvrir ce chanteur. Sa fin est triste mais c’est presque reconfortant de decouvrir de vrais artistes en dehors de la nebuleuse Universal, Nrj et autres fossoyeurs de culture francaise

Le 23 juillet 2017 à 23:06 par Franco
#1771607

RueBlondin ,petit bijou qui m’a fait découvrir Allain Leprest

Le 24 juillet 2017 à 00:06 par Calédonie
#1771638

Oui,merci belle découverte

Le 24 juillet 2017 à 01:19 par hahaha
#1771664

Hahaha, aux admins E&R (ne publiez pas svp) : vous êtes ce qu’il reste de liberté en France. Publier Leprest, Pasolini, Lemmy, Gotlib, Maradona, etc... sans oublier l’esprit Audiard, Charlie (le vrai) et les infréquentables de tous bords, est en soi une gageure. Ça ne conviendra pas à certains camarades, mais RESPECT !

Le 24 juillet 2017 à 01:37 par The Médiavengers
#1771667

Je ne connaissais pas. Immédiatement Lama, un peu de Brel. Pour un décrassage des oreilles, rien de tel.

Le 24 juillet 2017 à 07:26 par MPNF
#1771717

Comparaison n’est pas raison, ce chanteur qui m’était inconnu a une tessiture similaire à Serge Lamas. Très belle mélodie, beau texte ; ce qui devient rare vue que l’on se fait envahir par le plus acculturé des peuples, le made in USA = des chansons pour neuneus que l’on entend partout même le 14 juillet dans un village perdu de France, c’est dire que les amerloques sont omniprésents avec leur merde.

Le 24 juillet 2017 à 10:11 par Alan
#1771767

Oui, les amerloques sont omnipresents avec leurs merdes, en effet.

Encore un bon chanteur poète méconnu à cause du systeme qui ne met en valeur que les débilités, rap et rock inclus, avec "the voice" de merde. Pas la 1ere fois que j’entends dire que seul Pascal Sevran allait les dénicher pour en faire la promo, c’etait un chic type, aussi. Bref, 2 belles personnes nous ont quitté. Plus le temps passe, plus les vieux meurent, et plus on a un monde débile et vide....

Le 24 juillet 2017 à 12:35 par Palm Beach Post : "Cult !"
#1771831

"le plus acculturé des peuples, le made in USA"

T’as pas vu Délivrance (Deliverance) de John Boorman, sorti en 1972 ?

- La scène du banjo ? Le conflit culturel, justement, la question de la "civilisation" ?

Le 24 juillet 2017 à 17:41 par Pépère Chouinchouin
#1771979

@MPNF "tessiture similaire à Serge Lamas", tu ne voulais pas plutôt dire timbre similaire ?

Le 24 juillet 2017 à 09:54 par Palm Beach Post : "Cult !"
#1771758

Lorsque tu as lu les grands écrivains français, tu ne souhaites pas forcément te taper de la chanson française derrière. Musicalement, c’est pas intéressant, et niveau textes, ça veut faire de grandes phrases. Je ne parle même pas de l’interprétation, il faudrait aborder au mieux le comique involontaire (Coluche l’a très bien parodié), avec tout l’éventail des postures grotesques, jamais crédibles, faux poète, faux rebelle, etc...

Les Américains balèzes dans le domaine, eux, n’ont pas le complexe de "l’écrivain", c’est direct, il y a une culture de base spontanée, qui n’a pas besoin de se poser de fausses questions, et qui ne se sent donc pas obligée d’y répondre. Une bonne chanson est hypnotique, vous pouvez l’écouter en boucle, y’a pas un mot de trop, juste l’essentiel, une qualité d’abstraction, avec des mots-clés qui suffisent à évoquer bien plus qu’ils ne disent. Et là, tu commences à voir des paysages...

Le 24 juillet 2017 à 09:54 par Camille
#1771759

Dans ma petite cuisine j’ai écouté... le temps vient de se poser, le goût aimé, le parfum avalé, du miel sur le dos d’une cuillère. Je le laisse de côté car j’y retournerai...

Le 24 juillet 2017 à 10:49 par prodome
#1771779

J’aime beaucoup les chansons à texte françaises, j’écoutais les classiques mais je voulais voir s’il existait quelque chose de plus actuel...faut bien chercher, pas de pub pour ce genre de chanson ! C’est comme ça que j’ai découvert Allain Leprest... "Il pleut sur la mer" est un titre que j’apprécie... Eh oui il est de famille modeste ! Comme Céline disait les bourgeois ne vivent rien, ils sont dans le faux, dans le toc, leurs émotions sont mortes, alors pour faire du texte vivant ils sont en galère !

Le 24 juillet 2017 à 11:53 par ProtégeonslaPalestine
#1771814

Moi, il me fout le cafard votre Allain Leprest : voix et mélodie sublimes, mais paroles d’un nihilisme dangereux, sur cette chanson en tout cas.

Il me fait penser à Luigi Tenco, poète et chanteur italien qui traînait un mal-être de tous les instants et a fini par se tuer devant le manque de reconnaissance de son art.

Le 24 juillet 2017 à 18:56 par Les p’tites soeurs des pauvres
#1772028

Faut vraiment être dépendant du regard de l’autre pour donner sa vie contre de la reconnaissance, surtout pour du l’art. Tous ces mecs qui passent à la télé et qui nous font une tite déprime parce qu’ils y passent plus, on va pas en plus leur chialer dessus pour accentuer leur déprime. Faut rester humain même avec des pantins.