Vive le télétravail ?

Trouvez votre curseur entre sécurité et liberté

Publié le : samedi 14 mars 2020
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Source : E&R
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Le télétravail se développe dans notre société, c’est un fait, et la pandémie de coronavirus va accélérer la tendance. Ceux qui le pratiquent savent ses avantages, qui sont listés dans ce sujet (gain de temps, de concentration, de productivité, baisse du stress), mais aussi ses inconvénients : on se déconnecte d’une entreprise, d’un groupe, on crée une distance qui peut donner lieu à des interprétations négatives dans la relation employé/employeur. On s’éloigne aussi, pour ceux que ça intéresse, du lieu à la fois symbolique et physique du pouvoir. Il est nécessaire de conserver malgré tout un lien organique, pas seulement électronique, avec ses employeurs ou clients.

 

Mais ça, ça vaut pour les salariés en télétravail. La plupart des télétravailleurs aujourd’hui sont des indépendants ou des autoentrepreneurs. Ils travaillent pour des gens qu’ils peuvent « avoir » par téléphone ou par chat, mais pas forcément – voire jamais – de visu. La presse écrite connaît depuis longtemps ce système qui permet de réduire les équipes à un noyau dur incompressible, et de faire tourner autour des travailleurs en orbite qui ne font pas partie de la société mais qui appartiennent à son aire d’activité. On les appelle les pigistes, et ce sont les premiers télétravailleurs. L’accès physique au journal leur est généralement interdit.
Ainsi, les problèmes d’effectifs ou de syndicats sont réduits (on prend ici la position de l’employeur qui veut minimiser les risques dits sociaux). Ils servent quand l’activité est en hausse, et ne servent plus quand elle baisse. On peut dire qu’il s’agit d’une petite armée de réserve du Capital (les chômeurs), ou de variables d’ajustement.

Les télétravailleurs, même en activité, savent que leur activité ne tient qu’à un fil, à l’inverse des travailleurs salariés qui sont sur leur lieu de travail, qu’on pourrait appeler des territoriaux : ils peuvent défendre leur territoire. Il est plus facile de couper ce fil, surtout quand il n’y a pas de protection sociale (les autoentrepreneurs n’en ont quasiment pas), que de virer quelqu’un en CDI de son bureau physique.

 

 

Cette élasticité dont beaucoup rêvent a donc un sérieux revers de la médaille. On gagne en tranquillité de travail ce qu’on perd en sécurité. C’est la loi classique de la relation étrange qui unit sécurité et liberté, que l’on pourrait représenter par un yin/yang ou (n/1-n). Plus de sécurité, moins de liberté ; moins de sécurité, plus de liberté. Chaque individu placé devant la possibilité d’un télétravail doit donc savoir où il se situe sur le curseur sécurité-liberté. S’il veut la sécurité avant tout, alors il devra se diriger – si possible – vers un job en CDI dans la fonction publique. Il sera alors protégé quasiment à 100 % par les lois du travail, malgré le détricotage des néolibéraux au pouvoir depuis presque 20 ans en France (Sarkozy-Hollande-Macron). En revanche, s’il a besoin de liberté à tous points de vue, et surtout s’il supporte cette liberté, alors il pourra opter pour un job à risques... psychosociaux.

Aujourd’hui, il y a deux types de télétravailleurs : ceux qui l’ont choisi (ou qui n’ont pas eu le choix du fait de leur profession par comme les autres), et ceux qui ne l’ont pas choisi, car c’est l’employeur qui l’a décidé. Le système capitaliste actuel, qui a muté depuis Marx, détruit les collectifs sociaux mais aussi les collectifs d’entreprise, c’est-à-dire qu’il privilégie un travailleur isolé dans une structure très hiérarchisée. L’entreprise libérée, pour ceux qui y croient, n’est pas encore la norme, elle reste une utopie. La souplesse (on dit aussi la flexisécurité) est le maître-mot de ce système qui dégraisse à mort les humains jugés en trop, et il est probable que de plus en plus de gens bosseront de chez eux. L’Internet le permet.

 

 

Ce sera alors aux télétravailleurs (de tous les pays) de recréer des collectifs de résistance aux risques psychosociaux qui se présenteront et qui se présentent déjà. Pour exemple, les travailleurs à vélo, ces livreurs qui sillonnent nos villes pour nous apporter des plats chauds, se pensent libres mais ne disposent pas de droits : ils sont libres de travailler 7 jours sur 7 pour gagner leur croûte, libres d’acheter eux-mêmes leur outil de travail, libres de l’entretenir, ainsi que leur corps, libres de ne pas chuter, libres de ne pas se blesser et de ne pas se faire poisser par les flics quand ils roulent à contre-sens ou grillent un feu (les feux leur faisant perdre 30 % de vitesse en moyenne).

Le travailleur de demain, le télétravailleur, devra donc recréer les collectifs éclatés selon de nouvelles horizontalités, contre des employeurs qui ont eux-mêmes disparu ou qui sont en passe de disparaître : les plateformes électroniques qui dictent leur loi aux cyclistes ou aux chauffeurs d’Uber, par exemple, sont l’image même de la dépersonnification de l’employeur, du donneur d’ordres. Il n’y a même plus personne contre qui gueuler !

Dans ce contexte assez inhumain, ou déshumanisé, beaucoup d’individus devront apprendre à travailler dans la solitude (surtout en cas de confinement), dans la précarité, et il sera plus difficile de faire des plans sur la comète (achats de longue durée du type voiture, appartement). De plus, les frileuses banques françaises, pourtant parmi les plus riches du monde (elles possèdent une bonne partie de « notre » dette !), ne prêteront jamais le moindre radis à un télétravailleur, à un précaire, à un autoentrepreneur.

On le dit donc ici : télétravailleurs de tous les secteurs, unissez-vous !

 

 

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Le 14 mars 2020 à 20:36 par Pierre hilaire
#2407851

C’est bien... Mon travail consiste à nettoyer les hottes de cuisine, je fais comment pour télé travailler au karcher ? Soulever des parpaings, soigner les gens, taper sur les gilets jaunes. Pas applicable. Pour ceux qui restent le cul vissé sur une chaise pendant 7h en guise de travail, ok, c’est ptete cool pour eux. J’avoue ne pas avoir les chiffres au moment ou j’ecris ceci, mais je doute que cela concerne 70% des français. Ni même 50, maos ci possible !

Le 15 mars 2020 à 09:00 par Agriculteur tranquille
#2408121

Moi j’attends l’application tracteur, semi, ramasse des œufs, élagage, et maraîchage Je vais pouvoir rester au chaud devant ma cheminée en slip

Le 15 mars 2020 à 14:14 par KNB
#2408363

@Agriculteur tranquille

Le plus cocasse c’est que les programmes de guidage de tracteurs par satellite pour labours/semis/épandages existent déjà et ont peut-être été codés par des mecs en slip devant leur cheminée ...

Le 15 mars 2020 à 21:21 par Agriculteur tranquille
#2408595

@KNB Oui mais c’est des tracteurs que je n’aurais jamais,et qui coûte le prix de toute mon exploitation Si tu voyais le coût total de ce que l’on me propose pour mon exploit, hectares, bâtiments et ferme, j’ai honte de le dire, tellement c’est ridicule Alors que j’ai encore un crédit dessus Bon. il me reste l’humour, et ma femme et mes gosses (et mon crédit ) Heureusement ...je suis plutôt heureux Y’a pire que moi

Le 16 mars 2020 à 00:08 par Pifou
#2408668

On parle de teletravail pour les emplois de bureau et meme l’enseignement.

Dans ton type d’emploi, y’a pas le choix. Mais si tous ceux qui peuvent teletravailler le font, toi le prestataire de services verra que le trafic sur les routes diminue de facon spectactulaire. Tu verras aussi le prix de l’essence diminuer.

Tu auras aussi la possibilité de travailler chez des particuliers qui pourront te recevoir chez eux a n’importe quelle heure et jour de la semaine au lieu de te rencarder le seul jour ou ils pourront.

Le 14 mars 2020 à 21:22 par Sermanu
#2407871

Oui, vive le télétravail... C’est un témoignage évidemment lié à mon caractère ainsi qu’à mes différents jobs. Ils ont tj partagés temps de rencontre avec les gens, et temps de préparation ou restitution...

Bref, tout ce qui pouvait se faire coincé dans un bureau à 40km de chez moi se fait chez moi...

Ça fait 35 ans que je télétravaille.

Disons qu’au début de ma carrière je préparais mon taf sur papier, l’informatique n’étant pas encore un moyen d’organiser mon travail...

Quand j’ai changé de métier, contraint, j’ai eu peur à un moment de devoir pointer dans la métropole quotiennement pour taffer. Je l’ai un temps expérimenté, et puis, je re-télétravaille dès que je le peux. Le télétravail c’est pas forcément tout face à l’écran.

Je suis plus efficace puissance mille. Je suis plus décontracté. Mon temps autour du boulot est plus important et mon temps au boulot mieux valorisé. J’évite les gnangnan, les cancans les multiples pauses sucrerie, les regards multiples à travers les ouvertures multiples vers mon bureau... Je n’entends pas mon collègue parler au téléphone de sujets plus ou moins perso quand j’ai besoin de me concentrer. Je n’entends plus ni les talons des femmes taper le sol quand elles se rendent à la photocopieuse ou aux toilettes, ni les éclats de voix, ni les infos nécrologiques, ni les rires irritants... Je m’épargne aussi 1h30 à 2h de trajets entre routes départementales et bouchons sur périph. Fondamental.... Je dépense moins en diesel... Je mange mieux et je sors pour marcher ou courir plus facilement.

Heureusement, je croise des collègues en réunion ou des vrais gens lors des missions qui me sont assignées.

Je suis comme le boucher, le boulanger qui dors au dessus de la boutique.

J’en suis ravi...

Le 14 mars 2020 à 21:22 par Pitt68
#2407872

La preuve que la société française se dirige vers des marchés tertiaires, de service, et du sav...

Le 15 mars 2020 à 02:44 par fajs
#2408040

C’est un truisme ! Il ne reste plus rien de l’industrie française ! Ils l’ont tué dans les années 80 en abandonnant la machine outils. [ il ne reste que des emplois de gonzesse pour les vapoteurs ou le BTP ]

Le 14 mars 2020 à 21:28 par GERARD R.
#2407874

Vieux dicton : les absents au travail ou ailleurs, ont toujours tort. À force de ne plus être vu par vos collègues, par la hiérarchie, vous finissez d’exister. À bon entendeur, salut !

Le 14 mars 2020 à 22:29 par Mandark
#2407929

N’oublions pas que certains personnes isolées socialement n’ont parfois que la compagnie de leurs collègues de travail...

Le 16 mars 2020 à 17:56 par Pifou
#2409036

Il y a d’autres moyens d’avoir une vie sociale : joindre un club, une assoce, prendre son telephone et appeler ses amis et sa famille, les rencarder pour une petite bouffe, etc... etc...

Le 14 mars 2020 à 23:35 par KNB
#2407968

Je réalise une grande partie de mon travail sur ordinateur, et personnellement le télétravail à été une véritable libération. Fini les horaires inflexibles, j’organise mon temps comme je le souhaite. Et du moment que les objectifs sont remplis, personne n’a rien à me dire si je décide de me lever à 11h parce que j’ai du sommeil en retard, que je décide d’aller me promener avec mon chien pendant 1h pour prendre l’air ou que je dois aller à la poste récupérer un colis. Plus besoin de quitter mon poste de travail et interrompre mes taches pour boire un café ou me griller une clope. Plus de bruits de couloirs parasites. Plus de réunions hebdomadaires inutiles où l’on perd 2h à écouter untel ou untel palabrer, quand c’est pas pour raconter ses dernières vacances ... On échange par mails, les mots sont mieux choisis et les idées mieux réfléchies. J’adore mon travail, mais j’ai compris qu’avoir des horaires, des obligations sociales vis à vis de lui, c’est en être esclave et être aliéné. En tant qu’individu, ma vie ne tourne pas autour du boulot, je n’y suis pas soumis et je ne me définis pas par rapport à lui. Il me permet avant tout de régler les factures et de me payer des moments de loisirs qui eux sont ma véritable source d’épanouissement.

Le 15 mars 2020 à 21:39 par Reno
#2408603

Tout pareil. Enfin peinard !

Le 15 mars 2020 à 05:03 par paramesh
#2408061

le télétravail c’est comme la connexion internet, tant que ça marche tu ne vois pas le problème mais dès qu’il y a une couille et que tu essaies de joindre la hotline ou le service client tu t’aperçois vite que tu n’es qu’une merde sans intérêt dès que tu ne rentres plus dans le format standard. (pareil pour les impôts maintenant, ton seul interlocuteur est une machine qui ne répond que par oui ou non).

Le 15 mars 2020 à 08:54 par Macrona virus
#2408117

"Le télétravail rend libre", ça se dit comment en allemand ?

Le 16 mars 2020 à 14:05 par Rusty James
#2408911

Celui qui a ecrit cet article doit vivre dans le 19e siecle. La flexibilite du travail va se developper et c’est tres reducteur d’y voir la main de l’affreux capitaliste banquier assoife de sang derriere cette evolution. Il y a une raison naturelle en raison de l’evolution de la technologie et de la reduction d’impression de papier pour les metiers tertiaires. C’est idiot de dire que la seule motivation du patron a imposer le teletravail est de faciliter le licenciement d’une personne. Il est aussi facile de licencier une personne qu’elle travaille dans un bureau ou a son domicile. La flexibilite se developpe egalement parceque l’immobilier de bureau est une charge fixe qui augmente et pese dans les comptes d’une societe, surtout d’une PME avec tout son cortege de taxes La flexibilite peut etre une formule gagnante pour employeurs et employes dans la mesure ou un employe peut travailler 20/30 % de son temps a la maison. C’ette une organisation qu’il faut repenser et une communication a revoir. Cela implique que la societe a fait les bons choix en terme de systeme d’information et ERP. Si une societe travaille avec des systemes hybrides par departements. Le teletravail ne fonctionnera pas Si le teletravail donne l’opportunite aux personnes de travailler a leur compte, cela peut donner des moyens de creer des organisations alternatives et moyens de resistance au systeme plus important

Le 16 mars 2020 à 21:28 par PeriF
#2409115

Pour être en télétravail je ne trouve pas ça top, ça a beaucoup d’avantage c’est certain mais je ne sais pas... L’environnement compte beaucoup, et même si j’aime ce que je fais, je préfère avoir un "cadre" qui me rappelle le travail... là j’ai clairement moins de motivation à bosser de chez moi. Je rejoins un peu les commentaires qui parlent d’intrusion dans la vie privée.