L’Union européenne amorce-t-elle sa dissolution ?
3 décembre 2021 10:59, par Gerbert d’Aurillac
Beaucoup de choses très intéressantes et très justes dans cet article (Meyssan est toujours au moins intéressant). Concernant les rapports franco-allemands, on peut faire observer que l’"effet Frigidaire", dont on a parlé au début des années 1990 au sujet du bloc de l’Est, a existé aussi dans le bloc de l’Ouest. Chacun des deux hégémons de l’Europe (c’est-à-dire chacun des deux vainqueurs de l’Europe) a en effet imposé le calme au sein de son propre camp. En revanche, la poursuite des luttes nationalistes antérieures à 1939-1945 n’étaient pas interdites, dès lors qu’elles opposaient des États appartenant à deux blocs distincts. Par exemple la Pologne ou la Tchécoslovaquie pouvaient hurler contre le "nationalisme revanchard" des Allemands de l’Ouest, et la RFA pouvait grimacer (mais pas plus) en évoquant les atrocités commises contre des Allemands par les Tchèques et par les Polonais. La RDA pouvait commémorer le massacre de Dresde par les aviateurs anglo-saxons, et même sous-entendre que les Anglo-Saxons étaient des barbares. De son côté, la RFA pouvait commémorer le million de morts civils de Prusse, de Silésie ou d’ailleurs martyrisés par les Soviétiques, et même laisser entendre que les moujiks n’étaient pas civilisés... Dès la chute du Mur, on vit, en France par exemple, se réveiller au sujet de l’Allemagne un discours délirant, quelquefois digne du bourrage de crâne de 14-18 (le petit Rougeyron est l’héritier de ce délire). Jusque-là, le discours officiel, mais aussi celui de la presse, célébrait la réalité d’une "réconciliation franco-allemande" dont on ne savait pourtant pas bien si elle était parfaite ou si elle devait être relancée. On pourrait ajouter bien des choses sur les transformations des rapports franco-allemands depuis 1940 (cette année-là inaugure une période de grandes transformations, à côté desquelles les actes symboliques gaullo-adenaueriens sont probablement d’intérêt mineur).