Il y a quarante-cinq ans, Jean Gabin nous quittait
16 novembre 2021 18:48, par moules-frites
J’ai commencé à faire des dialogues pour
Gabin en 1955.
Gabin imposait les dialoguistes dans ses films.
Il a commencé à imposer Prévert parce qu’il
avait vu un court métrage de Carné, Nogent,
Eldorado du dimanche, avec un commentaire
de Prévert.
Ensuite il y a eu Jeanson et puis moi.
Il imposait les dialoguistes, parce que pour
lui, l’improvisation c’était du bidon.
Il partait du principe qu’on peut improviser
l’image, mais pas le texte.
Il faisait pourtant toujours semblant de ne pas
savoir son texte. Il arrivait le matin sur le
plateau, s’asseyait sur son pliant et demandait
à la script ou à son habilleuse :
" Passe-moi le texte que je voie ce que j’ai à dire".
Il faisait semblant d’apprendre.
Mais moi je sais que la veille de chaque
journée de tournage, il se couchait tôt,
il apprenait dans son lit et c’est sa femme qu’il
appelait "La Grande" qui lui faisait réciter.
Il savait tout, en fait, sur le bout des doigts.
Moi, je n’ai jamais eu de problème avec Gabin.
Il avait pourtant une mauvaise foi monumentale.
Quand on a tourné ensemble le Drapeau noir
flotte sur la marmite, Gabin ne supportait pas
que l’on mette un zoom sur la caméra.
Je suis sûr qu’il ne savait pas ce que c’était un
zoom, mais ce long truc noir sur la caméra,
ça l’exaspérait.
Extrait de l’hommage d’Audiard dans PM
Le 3 décembre 1976