Si vous le permettez, je voudrais insérer ici la substance d’un petit billet que j’ai publié ce matin sur mon journal en ligne et dont le sujet est, me semble-t-il, suffisamment proche de celui qui est débattu ici. Voici :
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Pierre Jean Jouve, dans la préface écrite en 1920 pour son Romain Rolland vivant a peut-être donné, en pensant à son héros — au sens que Carlyle a donné à ce mot —, une définition de l’âme française, quand il note :
« Cet entendement français “aux yeux toujours ouverts”, résonnant des plus grandes voix du passé, aspirant à l’âme universelle, et la créant… »
La France est une idée, disait Valéry (oui, ce même Valéry que Céline, excessif comme à son habitude, persiflait d’un « Madame Valéry » terriblement injuste). Or il se fait que cette idée n’est plus inculquée depuis bien longtemps déjà. Les jeunes générations, ne faisant plus leurs humanités, n’y sont plus exposées, et, to add insult to injury, comme disent les Anglais, ils ont du même coup perdu la maîtrise de leur langue. J’ai remarqué, et c’est la source d’une grande tristesse pour moi, que le domaine français sur Internet est le plus mal loti : que les Anglo-Saxons sont beaucoup plus chatouilleux sur la matière de leur langue qui est écrite à peu près correctement par à peu près tous (on m’objectera que la langue française est autrement difficile, et c’est vrai).
Revenant au texte de Jouve, quelques pages plus loin, je relève encore ceci :
A propos de la presse :
« Il n’y a plus rien à attendre dans l’ordre du mal de cette meute acharnée à détruire, condamnée à la besogne de fausser la pensée et de salir l’homme, quand l’homme est libre… »
Et encore :
« … nous vivons dans une époque monstrueuse à l’esprit, où une ivre opinion ne tolère presque plus la vérité… »
Pardonnez-moi d’avoir été long, et de sentir un peu le renfermé, le livresque, mais je n’aurai pas perdu mon temps si ces considérations trop superficielles ont parlé malgré tout à quelques-uns d’entre vous.