Erdogan se rendra en Russie pour rencontrer Poutine

Le basculement géostratégique se confirme

Publié le : jeudi 28 juillet 2016
Commentaires : 27
Nombre de vues : 22 433
106 votes

C’est désormais officiel. Le président turc Recep Tayyip Erdogan se rendra en Russie le 9 août prochain pour rencontrer Vladimir Poutine. La rencontre aura lieu à Saint-Pétersbourg.

 

La normalisation des relations russo-turques suit donc son cours. Ce qu’il est particulièrement intéressant d’observer, c’est la rhétorique ouvertement pro-russe de nombre de hauts placés turcs et parallèlement un discours de plus en plus hostile aux USA et à l’UE.

Petit rappel :

«  Le pays qui héberge le principal accusé de la tentative de coup d’Etat en Turquie (Fethullah Gülen) ne peut pas être un ami du nôtre », Binali Yildirim, Premier ministre turc, le lendemain de la tentative de putsch.

« La Russie nous a accordé son soutien total et inconditionnel pendant la tentative de coup d’État. Nous en remercions Vladimir Poutine et tous les officiels russes. Une rencontre entre les deux présidents aura très probablement lieu en août avant le sommet du G20. Elle aura au programme des sujets importants, comme la levée des barrières économiques et certaines autres mesures visant le plein rétablissement des relations », Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères.

« La Russie est non seulement notre proche voisin et une amie mais également un partenaire stratégique. Comme nous avons été confrontés à une situation indésirable, nos relations ont été interrompues à un moment donné. Pourtant nous sommes ici aujourd’hui pour accélérer la normalisation de nos relations, pour les faire finalement revenir à un niveau supérieur à celui du 24 novembre dernier », Mehmet Simsek, vice-premier ministre de Turquie.

Ajoutez à cela la rhétorique ouvertement pro-russe du maire de la capitale turque Ankara et les toutes récentes critiques d’Erdogan visant l’Union européenne, l’accusant même de malhonnêteté, en rapport avec l’arriéré de paiement de 3 milliards d’euros destiné à l’entretien des migrants.

Tout cela est donc fort intéressant à suivre et observer. Après tout c’est aussi logique. Économiquement et commercialement parlant la Turquie est beaucoup plus liée à la Russie qu’aux USA. On en avait déjà parlé précédemment. Plus de 35 milliards d’échanges bilatéraux avec pour objectif d’en arriver à 100 milliards d’ici 2020. C’était en tout cas le but fixé par Poutine et Erdogan avant les événements de novembre 2015. Quant à l’UE, en proie à d’énormes difficultés sécuritaires, idéologiques, économiques et sociales, la Turquie ne s’y fait pas trop d’illusions non plus. Si ce n’est de tenter à dicter ses conditions à Bruxelles pour limiter le flux migratoire transitant massivement par la Turquie.

L’autre question fort importante et qui nous intéresse concerne bien évidemment la Syrie. Plusieurs experts et hommes politiques turcs prédisent un consensus du leadership turc sur la Syrie, jusqu’ici tout aussi responsable du chaos y régnant, au même titre que les Occidentaux, Saoudiens et autres Qataris. Mais si la Turquie allait à faire marche arrière dans ses positions anti-Assad, en stoppant sa « collaboration » avec différents groupes terroristes (« rebelles modérés » diront certains), la « coalition » étasunienne se verrait définitivement obligée à oublier ses plans de faire tomber le gouvernement légitime syrien.

On n’en est pas encore là. Mais nous allons suivre avec grande attention. D’autant plus qu’on parle de pourparlers déjà en cours en Algérie entre les représentants des gouvernements turc et syrien, en vue de tenter de normaliser aussi leurs relations.

Quoiqu’il en soit, la Turquie comprend de plus en plus qu’elle ne gagnera rien si elle allait à poursuivre la politique criminelle qu’elle avait jusqu’ici en Syrie. Et les intérêts la liant à la Russie sont beaucoup plus importants que certains rêves néo-ottomans, tout comme le sale « business » avec les terroristes. Plus que cela, la Turquie a aujourd’hui une chance unique d’adopter une position ferme et radicale envers ces mêmes terroristes, qui représentent désormais une menace importante pour la sécurité intérieure turque. Les attentats ayant visé plusieurs villes de Turquie ne font que le confirmer. L’Europe, et notamment la France, en sait aussi quelque chose. Comme quoi il ne faut jamais jouer avec les terroristes dans le but d’atteindre des « victoires » géopolitiques discutables (dans le cas turc) ou suivre aveuglement le maître (le cas de la France actuelle). À la fin, on finit toujours par en payer les frais. Mais il n’est jamais trop tard non plus de faire un revirement à 180°, voire 360° s’il le faut, dans le but de défendre les intérêts de son peuple.

La nouvelle position turque, voir sur E&R :

Francis Cousin sur l’attentat de Nice et le coup d’État en Turquie

Francis Cousin livre son analyse, marxienne, de l’attentat de Nice et de l’échec du coup d’État en Turquie. La deuxième partie de la vidéo porte sur les rapports entre les pensées de Marx et de Hegel.

L’Heure la plus sombre n°45 – Émission du 25 juillet 2016

Invité : Alain Soral
Pour ce 45ème et dernier numéro de la saison de L’Heure la plus sombre, Vincent et Xavier recevaient Alain Soral afin d’analyser l’attentat de Nice et de mettre en perspective les derniers événements internationaux. Au sommaire de cette émission : Introduction 0’48 : L’attentat de Nice et la stratégie de la tension 5’54 : Retombées pour le FN ? 9’00 : Nice, un hasard ? 10’37 : À qui profite le crime (...)

Turquie : un immense incendie déclaré à proximité d’une base de l’OTAN

Un feu massif a pris le 24 juillet à Izmir dans l’ouest de la Turquie. Le brasier se situe à côté d’une base des forces terrestres de l’OTAN qu’il menace désormais. Des forces françaises y sont présentes. Les autorités soupçonnent un sabotage. Des images impressionnantes : un terrible incendie s’est déclenché dans la soirée du 24 juillet dans les environs des districts de Sahintepe et Mevkiinde à Izmir, (...)

L’OTAN et le "putsch" turc

Erdogan en fuite volant vers l’Europe à la recherche d’un gouvernement qui lui concède l’asile politique, les putschistes désormais au pouvoir parce qu’ils occupent la télévision et les ponts sur le Bosphore, Washington et les capitales européennes, jusque l’OTAN, prises au dépourvu par le coup d’État : ce sont les premières « nouvelles » venant de Turquie. Toutes plus fausses l’une que l’autre. Ce qui (...)
27 commentaires
Alerter

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

Suivre les commentaires sur cet article
Afficher les commentaires précédents
Le 28 juillet 2016 à 17:30 par Jean
#1522405

Quand le petit sultan rencontre le tsar ... Vive la democratie, hein !!

Le 28 juillet 2016 à 17:39 par fouineur
#1522409

Le virage à 180° de Erdogan ne me le rend pas plus sympathique pour autant. Il a quand même fait emprisonner les journalistes qui ont exposé le trafic d’armes à la frontière turco-syrienne avec DAESH. A moins d’avoir été placé devant le fait accompli par ses services, comme ce fut le cas pour ce qui concerne le Su 24 abattu (le pilote turc ayant été arrêté après le coup d’état). Mais cela est peu probable, dans la mesure où il est lui même monté au créneau pour déclarer que ces journalistes "paieraient cher". Difficile d’y voir clair. Mais je trouve que c’est pour V. Poutine un allié qui pourrait s’avérer encombrant.

Le 28 juillet 2016 à 23:11 par Tariq
#1522690

Nimporte quoi, ces journalistes sont les journalistes de Güllen qui disent partout que la Turquie c’est daesh, c’est le mal, et tout le monde y croit. La Turquie, c’est l’ASL, pas daesh qui l’a pour ennemi.

Le 29 juillet 2016 à 07:45 par Azur
#1522800

Ces personnes étaient avant d’être propriétaire du journal Guleniste, DES GULENISTES. c’est à dire des hommes infiltré par les USA

Le 28 juillet 2016 à 19:40 par vigile
#1522500

C’est Erdogan qui se déplace, donc c’est Erdogan le demandeur : il va à Canossa demander pardon et peut-être aussi une aide, mais laquelle ?

Le 28 juillet 2016 à 20:53 par Corso
#1522571

Il va donc prendre l’avion... j’espère qu’il a une bonne escorte militaire, avec tous les radars fonctionnels, sait-on jamais, des missiles se sont déjà perdus dans la zone. Des leurres pour subterfuges.

Le 28 juillet 2016 à 19:41 par The Shoavengers
#1522502

Vues toutes les saloperies et conneries dont Erdogan est le responsable, j’espère que personne n’est dupe de cette stratégie. Je pose la question : le coup d’Etat foireux et foiré est-il un piège destiné à faire entrer la Turquie dans le jeux Russo-Chinois pour l’infiltrer et le fragiliser, voire pire ? Tant qu’Erdogan ne change pas radicalement de politique pour que les Russes puissent lui faire confiance, à savoir sortir de l’OTAN et arrêter totalement tout soutien aux factions terroristes, rebelles et autres groupes manipulés, je ne parierais pas trop sur lui. Le fait que la Russie ait aidé la Turquie à déjouer cette tentative de déstabilisation montre à Erdogan que si Poutine avait voulu, il aurait pu laisser faire le processus jusqu’à son terme. Un avertissement qui va, j’espère, rendre Erdogan plus docile et intelligent. Il ne lui reste plus qu’à manger dans la main de Poutine. Bien fait.

Le 29 juillet 2016 à 14:56 par `nerval
#1523007

Intéressant comme point de vue, en effet, j’avais déjà oublié le côté versatile du sultan. Très curieuse de voir sur quelle politique cette entrevue avec le grand Poutine va déboucher, pour autant qu’Erdogan parvienne à faire l’aller retour sain et sauf ?! Peut-être devrait-il envoyer plusieurs avions pour que ceux qui voudraient éventuellement l’abattre ne sache pas dans lequel il se trouve ?!

Le 28 juillet 2016 à 19:48 par jacques Cellaire
#1522509

C’est dur pour les marionnettes, de jouer aux échec quant la mafia oligarques change sans arrêt les règles ! Pauvres marionnettes qui tournent leurs vestes plus vite que leur ombre pour sauver leur peau. Ce qui compte réellement pour les oligarques, c’est que les forces en conflit soient relativement équilibrée. Il est donc peut être nécessaire que la Turquie rejoigne la Russie pour rééquilibrer les forces. Ceci est utile pour que les oligarques puissent faire des crédits, vendre de l’armement des deux cotés afin que la guerre dure le plus longtemps possible. Deux avantage à cela : 1- Après des années de guerre, les gens oublient ou ne veulent plus se rappeler du désastre financier que les oligarques ont provoqué en pillant le travail et les ressources naturelles grâce à la planche à billet dont ils abusent allègrement. 2-Après guerre, les oligarques passent pour des héros en octroyant aux plus dociles des crédits pour reconstruire. Et c’est reparti pour un tour, que la fête continue !!!!

Le 28 juillet 2016 à 23:55 par amejidonc
#1522713

Vous avez vu le nombre d’infiltrés ideologiques ? Tous ne sont peut-etre pas coupables et d’autres ont pu esquiver la purge, mais ca donne un ordre de grandeur :)

Le 29 juillet 2016 à 00:14 par amejidonc
#1522725

du coup quid du petrole d’sis et de ses millards dans les poches d’Erdogan dont nous parlaient les Russes au sommet de leur intervention syrienne ? C’etait peut-etre du bidon remarque, enfin pas le petrole mais les milliards.

Le 29 juillet 2016 à 00:24 par hahaha
#1522730

Hahaha, malgré les arriérés historiques ces deux pays (si ce n’est réellement pas une entuberie au service de l’Empire) arrivent à pratiquer la realpolitik... Le FLN et un VRAI gouvernement fiançais devraient en prendre de la graine. Et pourtant le Sultan a des casseroles beaucoup plus récentes. Wait & see...

Le 29 juillet 2016 à 10:06 par Listo78
#1522853

Bientôt la fin de l’empire et probablement de notre "occupation", scénario probable :
- La turquie forme avec la russie, l’iran, la chine, une nouvelle alliance qui va négocier le pétrole avec autre chose que des dollars.
- La nouvelle alliance n’achètera plus de dollars "virtuels" contre des ressources non virtuelles. Tous ces pays vont progressivement se débarrasser de leurs dollars, devenus inutiles pour l’achat de matières premières...
- Le dollar va perdre de sa valeur.
- Les USA n’ont plus les moyens d’attaquer ces pays car ils vont devoir s’endetter encore plus pour financer l’effort de guerre, ce qui ne fera qu’accentuer la baisse du dollar par rapport à l’or (faire tourner la planche à billet)
- Les USA ne peuvent plus financer leur armée (budget 10 fois supérieur à celui de la russie)
- L’OTAN tombe, Israël n’a plus de protection.
- L’empire s’effondre et nous avec (grâce à nos dirigeants)
- La crise s’installe en Europe, le peuple cherche des responsables, le gouvernement part en exil à l’étranger.

Le 3 août 2016 à 11:40 par Scribe
#1526694

Il va falloir m’expliquer ce que vous trouvez de positif chez Erdogan. Il n’entend en rien lutter contre l’establishment et l’impérialisme américain. Dernièrement, il a fait pression sur le Premier ministre italien pour faire libérer son fils inculpé par un tribunal de Cologne.

Il s’ingère dans les affaires internes des autres pays. Exactement comme les impérialistes.