Egalité et Réconciliation
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Amérindiens : les premiers Palestiniens

Comment les États-Unis ont trahi les Amérindiens
et comment l’histoire se répétera en Palestine

La quasi destruction en quelques siècles d’une présence amérindienne, vieille de près de 20 000 ans, est rarement abordée. Une culture a été détruite, un Peuple écrasé. Pourquoi parler de ce passé si peu glorieux ?

Il existe un livre qui aborde ce sujet. Ce n’est pas l’histoire d’une révolution ni d’une simple conquête, c’est celle d’un peuple qui ne connaissait que les flèches pour se défendre contre les envahisseurs armés de fusils, d’armes bactériologiques et d’une incroyable arrogance. Ce livre donne, ce qui est extrêmement rare, la parole aux vaincus.

L’histoire, nous dit-on, ne repasse pas les plats. Est-ce vraiment la même histoire si on remplace les arcs par des pierres, qui aujourd’hui, s’opposent aux chars, aux avions les plus modernes et aux drones qui tuent sans que l’on connaisse le nom de celui qui appuie sur le bouton, ni celui des commanditaires ? Tout ceci dans l’indifférence des Occidentaux qui détournent leurs regards.

(Enterre mon cœur à Wounded Knee, Une histoire américaine (1860-1890) par Dee Brown, Albin Michel, 2009 [1970], 476 p. – traduction de l’américain par Nathalie Cunnington)

Les citations tirées de ce livre sont référencées : (D. B. p. xxx). Il existe aussi de très nombreux documents accessibles sur Internet. Ils présentent l’histoire des USA, de l’évolution de la population issue de l’immigration et de celle des tribus indiennes. Voir par exemple Google pour : Apaches, Comanches, Sioux, Cherokees, Kiowas, Iroquois, Navajos…

Les premiers colons arrivèrent avec Christophe Colomb, dépositaires d’une civilisation techniquement et surtout militairement plus « avancée ». Ils y ajoutèrent rapidement, au contact du bon sauvage, la certitude de leur supériorité morale. Comme le dit Dee Brown, p. 24 : « Il fallait contraindre les habitants autochtones à travailler, semer et faire tout ce qu’il est nécessaire de faire afin d’adopter nos mœurs. Ainsi au cours de quatre siècles (1492-1890), des millions d’Européens et leurs descendants entreprirent de faire adopter leurs propres mœurs aux peuples du Nouveau Monde. »

Toutes les agressions furent ensuite justifiées au nom du concept anglo-saxon de « Destinée manifeste », la conquête d’un espace vital trouvait dans le cas des Amérindiens ses lettres de noblesse. La conquête de l’Ouest, le déracinement des autochtones, les guerres contre le Mexique et l’Espagne seront par la suite justifiés ; le livre Our Country du père Josiah Strong, populaire à la fin du XIXe siècle, exprime le raisonnement de l’élite secrète anglaise : « Sa conviction que le peuple anglo-saxon est une race supérieure qui finira par dominer le monde. » Ce n’était pas, bien sûr, l’opinion des Amérindiens. « Les Sioux, par exemple, étaient eux persuadés qu’il n’y avait pas au monde meilleurs hommes qu’eux. Cette conception mercantile de la vie et la volonté de domination culturelle des européens leur étaient étrangères. Lorsque certains blancs ont abusé des femmes indiennes et les ont déshonorées, c’était inexcusable. Pour toutes ces raisons, nombre d’Indiens se sont mis à détester les blancs. » (D. B. p. 64)

Si la plupart du temps les Européens méprisaient les Amérindiens, quelques-uns s’unirent à des Amérindiennes. L’anglais John Rolfe épousera Pocahontas en 1613. Mais l’Indien restera longtemps au mieux un bon sauvage qu’il faut civiliser, une société évoluée ne pouvant en aucun cas le corrompre, au pire un diable à convertir puis à réduire en esclavage et, si nécessaire, à massacrer. Le commandement anglais ira jusqu’à fournir aux Indiens des vêtements et couvertures infestés par les germes de la variole.
Plus de 300 traités signés par des tribus amérindiennes et le gouvernement des États-Unis ont été numérisés par les Archives nationales. Un accès sans précédent à l’histoire du pays de la liberté et de la démocratie, qui laisse voir l’étendue de l’asservissement de ces populations.

« De toutes les choses dont nous sommes gardiens et responsables, je crois que les traités indiens sont les documents les plus précieux pour comprendre la rhétorique et les promesses du gouvernement, et réaliser comment elles n’ont jamais été honorées. » écrit David S. Ferriero, archiviste américain.

In fine, plus de 200 cultures amérindiennes seront détruites, du Massachusetts à la Californie au cours de la conquête des USA vers l’ouest. « Il faut nous souvenir de ce qui s’est passé à Sand Creek ou à Wounded Knee. » écrit Dee Brown dans son livre. Il démontre la façon systématique dont les gouvernements américains de l’époque ont utilisé les mensonges et la manipulation pour, tribu après tribu, faire main basse, sous la pression de colons avides, sur les terres indiennes. Ce livre a suscité l’admiration des uns et, des lois liberticides contraires au 1er amendement étant absentes aux USA, des accusations révisionnistes pour les autres. À la fin des années 50, il était encore fréquent d’offrir, pour les fêtes, des costumes d’Indiens ou de cow-boys. La figure mythique, très médiatisée par Hollywood, des cow-boys protecteurs de la veuve et de l’orphelin prévalait alors sur celle de l’Indien, régulièrement mauvais et sanguinaire. Aujourd’hui on appellerait les Indiens des terroristes.

Dee Brown remet un peu d’ordre et de vérité dans tout cela. Ce livre est « largement fondé sur des documents inédits, archives militaires et gouvernementales, procès verbaux de traités (jamais respectés) des récits de première main. Il retrace sur trente ans, de 1860 à 1890, les étapes de la conquête de l’Ouest, depuis la longue marche de Navajos, Cherokees… jusqu’au dernier massacre de Wounded Knee ».
Ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent l’histoire officielle, mais ici l’histoire des Indiens, la colonisation systématique de leurs terres et la perte de leur liberté sont rappelées. Ce livre, pour la première fois, donne la parole aux vaincus, à Cochise, Crazy Horse, Sitting Bull, Geronimo et Big Foot. Il a été vendu dans le monde entier à plus de six millions d’exemplaires.

Colonisation et évolution de la population amérindienne :
banalité d’un génocide

Pour l’année 1519, les premiers recensements donnent pour l’Amérique du Nord une population évaluée entre 22 et 28 millions d’habitants. Elle décroît à un peu plus de 15 millions d’habitants en 1530, puis un peu plus de 6 millions en 1550, jusqu’en 1605 où elle est de l’ordre de 1 million d’habitants. En cent ans la population amérindienne a été réduite d’un facteur 25.

Le continent américain entier (de l’Alaska au cap Horn) abritait environ 50 à 60 millions d’habitants en 1492, soit 10 % de la population mondiale au XVe siècle (pour comparaison, il y avait de 18 à 20 millions de Français à la fin du XVIe siècle). C’est une véritable hécatombe qui a frappé ces peuples après l’arrivée des colonisateurs. Ils ont amené avec eux des maladies dont la rougeole, la variole, la grippe ou encore la peste bubonique qui ont contribué à décimer des populations indigènes particulièrement vulnérables. « Une estimation à partir des données suggère un bilan de 56 millions de morts cumulés au début des années 1600. » En un siècle, la colonisation aurait ainsi provoqué la disparition de 95 % de la population amérindienne.

La conquête terminée, la population amérindienne augmentera. Elle passera, États-Unis et Canada confondus, d’un peu moins de 500 000 individus en 1930 à plus de 3 000 000 en 2000. On comptait alors quelque trois cents réserves indiennes aux États-Unis et environ deux mille cinq cents au Canada.
Pour les seuls États-Unis, la population amérindienne atteindra son minimum en 1870 avec moins de 30 000 personnes pour remonter à 240 000 en 1900 [1].

Construction des USA et
chronologie du déracinement des Indiens au XIXe siècle

« Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors, on saura que l’argent ne se mange pas. » (Geronimo)

L’invention de l’écriture à Sumer et les contrats mercantiles prévalaient en Europe depuis cinq millénaires. Napoléon Bonaparte, conscient de l’impossibilité pour la France de conserver une province aussi peu peuplée, vendra en 1803, sous la présidence US de Thomas Jefferson et après la guerre d’Indépendance, la « Louisiane », qui s’étendait sur un immense territoire, difficile à défendre, allant du golfe du Mexique à la frontière canadienne jusqu’au Nord-Ouest des USA actuels (Montana et Dakota). La population européenne y était de 45 000 habitants, très inférieure à celle des indiens qui ne furent pas consultés et ne participèrent en aucune façon à cette transaction.
Andrew Jackson, qui deviendra président de 1829 à 1837, écrasera les Creeks en Floride et déclarera en 1816, dans une envolée relevant plus de la sophistique orwellienne que de la logique :

« Vous ne pouvez pas rester là où vous êtes maintenant, vous devez partir vers l’Ouest… Il est impossible que vous puissiez vous épanouir au milieu d’une communauté civilisée… La moindre résistance entraînera la mort immédiate des opposants… » Terminant par : « Je suis votre ami et votre frère ! »

En 1830, après la découverte d’or sur les territoires des Cherokees, Jackson signera une loi sur le déplacement des Indiens de tous les États de la côte Est, vers l’Ouest (Indian Removal Act) afin d’exploiter les terres indiennes. L’armée déportera les Cherokees à l’ouest du Mississippi, au cours d’une marche forcée où ils y laissèrent la vie par milliers ; cette piste est connue sous le nom de : Trail of Tears, (la piste des larmes). Les Creeks, les Choctaws, les Cherokees… disparurent ainsi jusqu’à leur quasi-extinction.

Jackson est un président modèle pour Donald Trump. Il faut préciser que cette loi n’était pas un « ordre exécutif présidentiel » mais avait été votée par le Sénat et la Chambre des Représentants. Elle sera maintenue par son successeur le président Martin Van Buren. Jackson a mauvaise presse aux USA car après avoir « tué » la Banque centrale, il s’opposera à la création d’une banque privée que désirait ardemment un cartel de banquiers européens mené par la banque Rothschild. La FED, (Federal Reserve) ne verra finalement le jour qu’en 1913.

Le secrétaire à la guerre de Jackson avait fait une promesse solennelle, évidemment non tenue :

« Si vous allez vers le soleil couchant, alors vous serez heureux…Nous vous garantissons que ce pays sera le vôtre et qu’aucun blanc ne sera autorisé à venir s’installer près de vous. »

Dans un article publié dans la North American Review de 1830, on peut aussi lire :

« Un peuple barbare, dépendant pour sa subsistance des produits aussi chiches que précaires de la chasse, ne peut survivre au contact d’une communauté civilisée. »

Lorsque Martin van Buren remplacera Jackson en 1837, cette politique génocidaire, impérialiste et colonialiste continuera. Il déclarera :

« Pas un État ne peut atteindre une culture, une civilisation et un progrès digne de ce nom, tant que l’on permettra aux Indiens d’y demeurer. »

Le gouvernement US encouragea la colonisation et ces nouvelles terres furent vendues à un prix très bas. Ce vaste mouvement migratoire sera favorisé par le développement des routes et chemins de fer (voir la ruée vers l’or en 1849 pour la Californie).

Lorsque l’économie ne dépendit plus de l’agriculture, les terres attribuées, peu cultivables, devenaient intéressantes. Tous les traités déclarés « permanents, à jamais, pour toujours… aussi longtemps que le soleil brillera… », furent alors rompus par les colons blancs qui estimaient que la présence d’Indiens ralentissaient leur développement. Les pionniers se livrèrent à de véritables génocides contre des populations déjà déplacées de Cheyennes, Sioux, Nez-Percés…

Le général Philip Henry Sheridan écrira :

« Plus nous en tuons cette année, et moins nous devrons en tuer l’année prochaine. Car plus je vois des Indiens, et plus je me persuade qu’il faut les tuer tous ou ne les maintenir en vie que comme des spécimens de pauvreté. »

Le général Carleton, qui s’était fait pourtant de nombreux amis indiens à l’époque où il commerçait avec eux, déclarait en 1862 lors de la colonisation de la vallée du Rio Grande :

« Aucun conseil, aucune discussion ne sera engagée avec les Indiens. Les hommes seront tués, quel que soit le moment ou l’endroit où ils auront été découverts. Les femmes et les enfants pourront être capturés, mais bien entendu il n’est pas question de les tuer. » (D.B. p. 43)

En 1864, à la fin de la guerre de Sécession, le colonel Chivington déclarera pendant sa guerre contre les Cheyennes « qu’il avait l’intention de collectionner les scalps et de patauger dans des marres de sang. »

Certains gradés, rappelant qu’attaquer le paisible campement de Black Kettle reviendrait à rompre un engagement pris de garantir la sécurité des Indiens, il se mit alors dans une rage folle et hurla : « Qu’ils aillent au diable, ceux qui font ami-ami avec les Indiens ! Je suis venu pour en tuer, et je suis convaincu qu’avoir recours pour cela à tous les moyens mis à notre disposition par Dieu est une action honorable et juste. »

« Dans ce massacre de Sand Creek le drapeau des USA flottait sur le campement. On avait promis à Black Kettle qu’aussi longtemps qu’il ferait flotter le drapeau américain, lui et son peuple ne seraient pas inquiétés par les soldats. »

Le colonel Chivington qui était pourtant un prédicateur méthodiste et un opposant à l’esclavage (!) avait en quelques heures détruit la vie et le pouvoir de tous les chefs Cheyennes qui avaient travaillé pour la paix avec les Blancs. Lorsque Chivington rédigera son témoignage qui sera plus tard produit devant un comité du Congrès des États-Unis, il estimera que le nombre d’Amérindiens tués se situait plutôt entre 500 et 600, et que la grande majorité d’entre eux étaient des hommes.
Une source cheyenne rapporte de son coté qu’environ 53 hommes et 110 femmes et enfants avaient été tués. Bon nombre des cadavres sont mutilés, et pour la plupart ce sont des femmes, des enfants et des vieillards. Chivington et ses hommes coifferont leurs chapeaux et leur équipement de scalps et de différents morceaux humains, y compris des organes génitaux, avant d’aller afficher publiquement ces trophées de bataille à Denver.

Entre les effets de la boisson et le chaos résultant de l’assaut, la plupart des pertes américaines sont imputables à des tirs amis. Suite à une enquête conduite par l’armée américaine, Chivington sera condamné pour sa participation à ce massacre, mais l’amnistie générale succédant à la guerre de Sécession, aucune accusation criminelle ne sera déposée contre lui. Toutefois, un juge de l’armée déclarera publiquement que Sand Creek est « une lâche boucherie exécutée avec sang-froid, suffisamment pour couvrir ses auteurs de l’indélébile infamie, de honte et d’indignation, le visage de chaque Américain ». L’indignation publique sera intense face à la brutalité des massacres et la mutilation des cadavres.

De telles déclarations d’officiers sont des cas extrêmes. Alcool, maladies, faim : primes données aux Blancs pour les massacres de bisons (source essentielle de l’alimentation des Indiens), agressions, déplacements forcés, spoliation de leurs terres par le non-respect des accords signés, privation de leur liberté de culte ainsi que du droit de parler leurs langues, telles furent les causes principales de la disparition des Amérindiens.

Lors de l’invasion de la vallée de la Powder River en 1865, le chef Sioux Oglala Red Cloud déclarera :

« Quelle voix a retenti en premier sur cette terre ? La voix du peuple rouge, qui n’était armé que d’arcs et de flèches… Ce qui a été fait dans mon pays je ne le voulais pas, je ne l’ai pas provoqué. L’homme blanc qui vient dans mon pays laisse derrière lui une piste de sang… J’ai deux chaînes de montagnes chez moi, les terres sacrées des Blacks Hills et les Big Horn. Je ne veux pas que le Grand-Père y fasse construire des routes. Ces choses je les ai dites trois fois, et maintenant, je viens ici les dire une quatrième fois. »

Le terme Grand-Père était un terme de respect désignant des responsables âgés comme le président des États-Unis, les Indiens du Canada appelaient la Reine Victoria Grand-Mère.

Le chef Sitting Bull déclarera : « Les Blacks Hills m’appartiennent. Si les Blancs essaient de les prendre je me battrai » et Crazy Horse :

« On ne vend pas la terre sur laquelle marchent les hommes. »

Le traité signé en 1868 précisait : aucun Blanc ou groupe de Blancs ne sera autorisé à s’installer ou à occuper une seule portion du territoire, ou à traverser ledit territoire sans le consentement des Indiens. Il ne fut pas respecté. Quatre ans plus tard, des chercheurs d’or blancs l’envahirent, fouillant les ruisseaux et creusant les collines sacrées à la recherche du métal jaune qui rendait fou.

La bataille de Little Bighorn opposa, en juin 1876, les hommes du colonel George A. Custer à une coalition de Cheyennes et de Sioux. La mort de Custer rendit les Blancs fous de rage et le 22 juillet le général William Sherman prit le contrôle militaire de toutes les réserves du territoire Sioux avec l’ordre de traiter les Indiens qui y vivaient comme des prisonniers de guerre. Les Blacks Hills, ses esprits, ses mystères, ses immenses forêts et ses milliards de dollars en or passèrent entre les mains du gouvernement US. (D.B. p. 322)

Une tribu pacifique de l’Oklahoma-Nebraska, les Poncas, subirent aussi après des décennies de traités non respectés un déplacement forcé en 1877 connu lui aussi sous le nom de Trail of Tears, vallée ou piste des larmes.

Un chef Ponca, Standing Bear est célèbre pour avoir obtenu lors d’un procès en avril 1879 la première reconnaissance par la justice américaine que l’Indien était une personne à part entière et était donc sous la protection de l’habeas corpus qui le protège de toute arrestation arbitraire.
Les Poncas possédaient un sens de la morale très développé. Peter Le Claire, un historien métis rédigera leurs règles : N’avoir qu’un seul Dieu ; ne pas tuer ; ne pas voler ; être aimable avec son prochain ; ne pas calomnier ; ne pas être avare ; respecter la pipe sacrée (Chanunpa en lakota, les blancs l’appelaient le calumet de la paix. Voir aussi sur Google le récit de « la femme bison blanc » d’Archie Fire Lame Deer)

Standing Bear fera cette déclaration très shakespearienne :

« Cette main n’est peut-être pas de la même couleur que la vôtre mais si je la perce je vais ressentir la douleur. Si vous percez votre main, vous sentirez aussi la douleur. Le sang qui coulera de la mienne sera de la même couleur que celui qui coulera de la vôtre. Je suis un homme. Le même Dieu nous a créés. »

Le dernier grand massacre : Wounded Knee

En 1890, la population américaine dépasse 62 millions d’habitants. La colonisation se termine, l’Idaho et le Wyoming deviennent les 43e et 44e États de l’Union. En février 1890, le gouvernement des États-Unis rompt un traité passé avec les Lakotas en divisant la Réserve des Sioux de l’État du Dakota du Sud en cinq petites réserves. C’est la politique clairement affichée du gouvernement « de rompre les relations tribales » et d’obliger « les Indiens à se conformer au mode de vie de l’homme blanc, pacifiquement si possible ou sinon par la force ».

Le massacre de Wounded Knee est une opération militaire qui s’est déroulée le 29 décembre 1890 dans le Dakota du Sud. Entre 150 et 300 Amérindiens de la tribu miniconjou (dont plusieurs dizaines de femmes et des enfants) ont été tués par l’armée des États-Unis. Il existe différentes versions du massacre, mais les historiens s’accordent sur le fait que les tirs ont commencé pendant le désarmement des Amérindiens. Un coup de fusil a retenti et les Amérindiens, désarmés et encerclés, ont été mitraillés. Officiellement, ont été tués 26 soldats de cavalerie, par des tirs fratricides, et 153 Sioux, dont 62 femmes et enfants. L’armée américaine a admis par la suite que le nombre de victimes parmi les Amérindiens se situait plutôt entre 300 et 350. Les cadavres des Amérindiens furent enterrés dans une fosse commune sur le lieu du massacre. D’autres Sioux, ainsi qu’un lieutenant de la cavalerie, sont morts ultérieurement de leurs blessures. Le chef miniconjou Big Foot, abattu par un soldat, gisait dans la neige. Les soldats tirant de tous les côtés, on pense que certains d’entre eux ont été tués par leur propre régiment, mais aucune enquête n’a permis de connaître la vérité.

Les chariots découverts transportant les Sioux blessés, une centaine d’hommes, femmes et enfants, durent attendre par un froid glacial qu’on leur trouve un abri dans une mission épiscopalienne. Nous étions au quatrième jour après Noël en l’an de grâce 1890. Les premiers Indiens aux corps déchiquetés et sanglants furent transportés dans l’église éclairée à la bougie. Peut-être virent-ils, s’ils étaient suffisamment conscients, les décorations de Noël accrochées aux poutres. Au niveau du cœur, une banderole étalait en lettres grossières le mots suivants : « Paix sur Terre aux homme de bonne volonté » (D. B. p. 452).

« À présent que je regarde en arrière du haut de la colline de ma vieillesse, je vois encore les femmes et les enfants massacrés, leurs corps entassés le long du ruisseau, aussi clairement que je les voyais quand mes yeux étaient encore jeunes. Et je vois bien que quelque chose d’autre est mort dans la boue rougie par le sang, quelque chose que l’on a enterré dans la neige. Là-bas est mort le rêve d’un peuple. C’était un beau rêve… le cercle de la nation est brisé, ses morceaux éparpillés. Il n’y a plus de centre, et l’arbre sacré est mort. » (Black Elk, chef de la tribu des Indiens Lakotas, petit cousin du chef indien Crazy Horse)

Ce massacre est commémoré par la chanson engagée Bury My Heart at Wounded Knee (« Enterre mon cœur à Wounded Knee »), écrite par Buffy Sainte-Marie. Elle disparaîtra des médias durant le mandat de Lyndon Johnson, président des États-Unis de 1963 à 1969. Dans la grande démocratie US elle fait alors partie, à son insu, de la liste noire des artistes engagés politiquement et son nom était alors épinglé à la Maison-Blanche comme tant d’autres dont la musique « mérite de ne pas être diffusée ». Ses titres étaient interdits sur les ondes hertziennes. Invitée sur les plateaux de télévision grâce au succès de Until It’s Time for You to Go, on lui indiqua que les problématiques liées aux Amérindiens et le mouvement pour la paix n’étaient pas d’actualité, afin de limiter ses commentaires. (cf Buffy Sainte-Marie, Wikipédia)

Wounded Knee est généralement considéré comme l’évènement qui met fin à 400 ans de guerres indiennes. À strictement parler pourtant, le massacre ne sera pas le dernier conflit entre les deux peuples et ces tragédies ne sont toujours pas enseignées aux écoliers américains.

Évolutions sur le plan politique

Le 13e amendement de la Constitution, l’abolition de l’esclavage, est proclamé le 18 décembre 1865. Le 28 juillet 1868, le 14e amendement accordant la citoyenneté et l’égalité des droits civils à tous, à l’exception des Indiens, sera inscrit dans la Constitution américaine.

Au milieu du XIXe siècle les USA finiront par s’étendre jusqu’au Pacifique. En 1853 la frontière sud sera fixée par des guerres avec le Mexique. L’Alaska sera acheté à la Russie en 1867 et en 1959, Hawaï deviendra le 50e État des USA.
En 1924 les Amérindiens deviendront enfin citoyens à part entière. En ce début de XXIe siècle leurs habitants demeurent parmi les plus pauvres des États-Unis, les réserves ne représentent qu’une portion minuscule que ce qu’elles avaient été à l’origine et le taux de suicide est le plus élevé dans la population totale.

Pour le territoire des États-Unis (332 millions d’habitants en 2020) le recensement de 2005 donne une population d’Amérindiens de 2 820 000 habitants répartis sur les cinquante États, l’Arizona venant en tête avec 300 000 Amérindiens. En 1600, environ 500 000 Amérindiens peuplaient la côte Est de cet espace. Ils ne sont plus que 100 000 au début du XVIIIe siècle. Dans l’Empire espagnol, la mortalité des Amérindiens provoquait de tels ravages qu’ils durent aller chercher des esclaves en Floride pour pallier le manque de main d’œuvre en Amérique du Sud.

Quelques exemples parmi d’autres des ravages causés par les épidémies : les Timicuas, en Floride, qui étaient 13 000 en 1650, répartis sur 40 villages, ne furent après une épidémie de variole que 35 en 1728, regroupés dans un seul hameau ; les Wampanoags qui occupaient le territoire de l’actuel Massachusetts furent emportés jusqu’au dernier en 1617, ceci trois ans avant l’arrivée des premiers colons débarqués du Mayflower qui fonderont Plymouth.

Les conditions de vie pour les Amérindiens au XXIe siècle :
persistance des discriminations

Les Amérindiens sont rarement l’objet d’attention dans la presse occidentale. Le BIA (Bureau fédéral des affaires indiennes), crée en 1824 et souvent complice des colons n’a pas toujours eu bonne presse. Aujourd’hui il veille plutôt bien que mal sur l’intégrité des territoires indiens, toujours en proie à la convoitise. Le New York Times aborde les problèmes rencontrés par la nation amérindienne dans quelques articles annuels.

La communauté amérindienne connaît, depuis les années 1970, un certain renouveau : leur population augmente, la pauvreté recule lentement, les traditions revivent. Si les Amérindiens sont désormais des citoyens à part entière, ils restent malgré tout en marge du développement américain. Le taux de chômage dans les réserves reste en général très élevé. Les résidents de ces enclaves font figure de membres du quart monde si l’on compare leurs revenus, leur espérance de vie, leur niveau d’éducation aux moyennes nationales. Les réserves sont fréquemment touchées par des fléaux sociaux tels que l’abus d’alcool et de drogues. En ville, les Indiens peuvent avoir recours à des organisations structurées qui créent des réseaux d’entraide. En dehors des membres de l’élite indienne, qui occupent des postes à responsabilité, les travailleurs indiens ont souvent de bas salaires, à cause de leur manque de formation et de la discrimination dont ils font l’objet. Si le développement économique des réserves est devenu une priorité, il fait l’objet de débats. Des entrepreneurs, indiens et non indiens, y ont implanté des sociétés, créant des emplois et investissant des capitaux. Aux États-Unis, les secteurs d’activité sujets à discussion sont les casinos, le tourisme et l’extraction des ressources minérales. Après le vote par le Congrès de l’Indian Gaming Regulatory Act, en 1988, qui autorisa l’ouverture de casinos en territoire indien, près de deux cent quatre-vingts casinos se sont implantés dans les réserves. Ceux-ci ont sans doute sauvé des communautés défavorisées, mais il en résultera une multiplication des radiations d’Indiens des registres tribaux, menées par les conseils tribaux eux-mêmes, aux seules fins de les écarter de cette nouvelle richesse.

Le problème de l’alcoolisme

Dans son article très détaillé du 15 octobre 2006, l’auteur Stephanie M. Schwartz précise que c’est un sujet que la plupart des grands organes d’information américains n’aborderont pas. Elle donne l’exemple de la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du Sud, où chez les Sioux (Oglala Lakota) le problème de l’alcoolisme touche huit familles sur dix. Il en résulte un taux de mortalité trois fois supérieur au reste de la population US. La nation Oglala Lakota a prohibé la détention et la vente d’alcool depuis les années 1970. Mais à quelques centaines de mètres, dans le Nebraska, la ville artificielle de Whiteclay n’existe que pour ce commerce. Il n’y a dans cette ville fantôme qu’environ quatorze habitants, ni école, ni église, ni services d’organisation civile, mais il y a quatre débit de boissons ! Ils vendent plus de quatre millions de cannette de bière tous les ans correspondant à des échanges commerciaux de trois millions de dollars. Les responsables tribaux demandent la fermeture de ces commerces, sans succès pour l’instant [2].

Six ans plus tard, Timothy Williams dans son article du 6 mars 2012 du NYT aborde lui aussi ce problème [3].

Il présente ainsi cette ville du Nebraska, Whiteclay : Quatre cabanes métalliques branlantes qui bordent la route principale où une dizaine de personnes vendent en moyenne 13 000 canettes de bière et de liqueur de malt par jour. Presque tout l’alcool acheté à Whiteclay se retrouve sur Pine Ridge ou est consommé par ses habitants, selon les responsables de la tribu. Pine Ridge est l’un des endroits les plus pauvres du pays, selon les données du recensement de 2010.

En février, les Sioux Oglala ont intenté un procès fédéral contre les magasins, Anheuser-Busch et plusieurs autres grandes sociétés de brasserie américaines, les accusant d’encourager l’achat, la possession, le transport et la consommation illégale d’alcool dans la réserve. Le syndrome d’alcoolisme fœtal, les accidents mortels de conduite en état d’ivresse et les meurtres alimentés par la bière créent un malaise dans Pine Ridge depuis des décennies.
Thomas M. White, l’avocat d’Omaha qui a déposé, au nom de la tribu, pendant le procès parle d’une ambiance d’anarchie comme dans « Sodome et Gomorrhe ».

On notera également que Timothy Williams est le seul journaliste d’investigation du New York Times ayant, indirectement, annoncé un nombre de morts, victimes des guerres américaines en Irak, supérieur à 700 000. À ma connaissance, la lecture journalière du NYT n’aborde le problème des victimes irakiennes conséquence des deux guerres du Golfe qu’en le minorant considérablement. Il en est de même pour les victimes palestiniennes. T. Williams, tout comme Stephanie M. Schwartz précisent que dans les familles irakiennes et indiennes on ne rejette jamais des proches aussi éloignés soient-ils dans l’ordre de la parenté. Il peut y avoir ainsi plus de vingt personnes logeant dans un appartement de deux ou trois pièces [4].

Un article d’un activiste de la tribu Winnebago du Nebraska, Frank LaMere, sera publié dans le NYT du 16 mai 2012, quelques mois plus tard et reproduit dans l’International Herald Tribune [5].

« Des enfants Lakota, orphelins, luttent tout au long de leur vie contre les effets du syndrome d’alcoolisme fœtal. Leurs pères, leurs mères et leur nation se vident lentement de leur sang pendant que les fonctionnaires se tordent les mains, proclament qu’il n’y a pas de réponses faciles et murmurent quelque chose à propos d’entreprises légales et de capitalisme. Ce charabia sur la libre entreprise lancé par les fonctionnaires n’a d’autre but que de rassurer les braves gars et l’industrie de l’alcool en leur disant que tout va bien tant que les victimes de meurtres, de viols et d’exploitation à Whiteclay ne sont pas blanches. Le Nebraska a du sang sur les mains. »

Les responsables préfèrent affirmer leur moralité plutôt que d’aborder le fait que, sous leur surveillance, les gens meurent de froid dans les rues, que la violence contre les femmes est endémique, que des abus sexuels continuent et que des meurtres ne sont jamais résolus.

Le suicide chez les jeunes, conséquence de l’alcoolisme, est abordé par Julie Bosman dans un article du 2 mai 2015 [6].

« Quelques jours avant Noël, Santana Janis, une Indienne Lakota de 12 ans, a décidé qu’elle ne voulait plus vivre. Une fille brillante et extravertie, avec un sourire timide et une passion pour l’équitation, les humeurs de Santana étaient devenues sombres. Elle vivait dans une caravane abandonnée de deux chambres à coucher avec un grand-père, Earl Tall, et pas moins d’une douzaine de frères et sœurs et de cousins. Sa mère, une alcoolique, était une présence intermittente dans sa vie. Leur ville, Manderson, était déchirée par l’alcool, les combats et la violence. M. Tall a entendu sa petite-fille parler de suicide et a appelé son autre grand-père, Keith Janis, qui a immédiatement conduit quarante miles pour la voir. Je me suis assis avec elle et lui ai dit : "S’il te plaît, promets à grand-père que tu ne feras jamais ça", s’est rappelé M. Janis. Elle m’a fait son grand et beau sourire et m’a dit : "OK, grand-père, OK" . Six semaines plus tard, Santana se pendait dans un petit bâtiment à côté de la caravane. »

Dans un article écrit par Joe HEIM, le 28 février 2020 : « Pour les Amérindiens, une histoire de souffrance et quelques raisons d’espérer », il parle de Byron Dorgan, sénateur pour le Dakota du Nord [7]

Ce sénateur sera un jour frappé par la photo, dans un journal local, le Bismarck Tribune, d’une jeune fille en première page avec une larme qui coulait sur son visage. Son livre : The Girl in the Photograph (La fille sur la photo), raconte les abus dont étaient victimes les enfants amérindiens dans le système de placement familial de l’État. À l’âge de deux ans, elle avait été si sévèrement battue qu’elle avait été retirée de la charge de ses parents alcooliques et placée dans un système de placement en famille d’accueil qui la laisserait à jamais marquée. (Entre 1958 et 1978, des milliers d’enfants séparés de leur famille ont été adoptés par des Blancs. Aujourd’hui, ils cherchent à retrouver leurs racines.)

La vie de Tamara, a-t-il appris, n’était qu’une vie de misère et de désespoir. Elle s’est battue à l’école, s’est souvent enfuie de chez elle, a vécu dans la rue, a lutté contre le syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Dans le livre de B. Dorgan, il est difficile de ne pas voir un parallèle entre les maux subis par Tamara au cours des trois dernières décennies et la litanie des maux subis par les Amérindiens : génocide, vol, discrimination, abandon. C’était la continuation d’un cycle séculaire qui a commencé lorsque les Amérindiens ont été chassés de leurs maisons ancestrales. Tant de promesses n’ont pas été tenues en cours de route. Le capitalisme et le vol ont pris le pas sur les droits de l’homme et la moralité.

L’étudiant américain typique apprend peu sur l’histoire des Amérindiens, en particulier sur la succession des torts infligés aux tribus au fil des ans. Dorgan comble ces lacunes par de brefs paragraphes sur la Piste des larmes, les traités qui ont été établis puis rompus à maintes reprises, le vol des ressources des terres indiennes et les efforts détestables des pensionnats qui ont forcé les enfants amérindiens à abandonner leurs langues et leurs coutumes.

Les traumatisme, les viols

Timothy Williams, dans son article du 23 mai 2012 : « Pour les femmes amérindiennes, le fléau des viols, une justice rare » [8].

Le journaliste d’investigation raconte l’histoire d’une jeune femme de 19 ans, autochtone de l’Alaska. Dans ce village de pêche dans le delta du fleuve Yukon, un intrus s’est introduit chez elle et l’a violée. L’homme est reparti. Secouée, la femme a appelé la police tribale, une force de trois personnes. C’était tard dans la nuit. Personne n’a répondu. Elle a laissé un message sur la messagerie vocale du ministère. Son appel n’a jamais été retourné. Elle a dû se débrouiller seule.

« J’ai beaucoup bu », a-t-elle dit. Une Amérindienne sur trois a été violée ou a subi une tentative de viol, selon le ministère de la Justice. Leur taux d’agression sexuelle est plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale. Aucun endroit, selon les défenseurs des femmes, ne sont plus dangereux que les villages isolés de l’Alaska où les services téléphoniques, électriques et Internet sont peu fiables.
Ce problème est endémique dans les réserves indiennes. Dans la nation Navajo, qui englobe certaines régions de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et de l’Utah, 329 cas de viols ont été signalés en 2007 sur une population d’environ 180 000 personnes. Cinq ans plus tard, il n’y avait eu que 17 arrestations. Les défenseurs des femmes de la réserve affirment que seulement 10 % environ des agressions sexuelles sont signalées.

Dans un autre article : « L’épidémie d’abus sexuels sur enfants d’une tribu, minimisée depuis des années », Timothy Williams, le 20 septembre 2012, décrit la situation invraisemblable qui existe dans la réserve indienne Spirit Lake, N.D. L’homme qui joue le père Noël ici est un délinquant sexuel d’enfants enregistré et un violeur condamné. Un des frères du président de la tribu a violé un enfant, et un deuxième frère a abusé sexuellement d’une fille de 12 ans. Ils font partie d’un certain nombre d’hommes reconnus coupables de crimes sexuels sur des enfants dans cette maison isolée de la tribu des Spirit Lake Sioux, qui compte parmi les plus grands nombres de délinquants sexuels du pays. « Les auteurs savent qu’ils peuvent s’en tirer parce que les autorités ne font rien », a déclaré Joanne Streifel, une aînée de la tribu. L’homme, 59 ans, qui joue le père Noël pour la tribu, a été condamné pour viol en 1983, et en 1986, il a été reconnu coupable d’avoir commis des actes obscènes avec un enfant de moins de 14 ans à quatre reprises. Il a purgé un an de prison pour ce crime et 18 mois pour le viol [9].

Divers

Robert K. Elder, dans son article du 13 décembre 2010, raconte : « Une exécution de masse il y a 150 ans incite à demander le pardon » [10]

Nous sommes le 26 décembre 1862. A Mankato, dans le Minnesota, trente-huit Indiens Dakota condamnés à être pendus, dansent en gémissant, sur une potence qui se balance sous leur poids, construite pour accueillir la plus grande exécution de masse de l’histoire des États-Unis. « Il semblait que le but de ces chants et des danses était seulement de se soutenir mutuellement dans leur dernière épreuve », a observé un témoin. Alors que le dernier moment approchait rapidement, ils ont tous crié leur nom et ont hurlé dans leur langue maternelle : « Je suis là ! Je suis là ! »

La tension entre les Dakota, historiquement appelé les Sioux, et l’afflux de colons s’était accrue pendant des années avant la guerre civile, ce qui avait encore réduit les ressources, perturbant la nourriture et les fournitures promises aux Dakota dans une série de traités de paix rompus.
Enragée et affamée, la tribu a attaqué et pillé les colonies du nouvel État. Sur les plus de 400 Dakotas et « métis » détenus par le général de brigade Henry Hastings Sibley, 303 ont été condamnés à mort par un tribunal militaire. Mais Lincoln a constaté un manque de preuves dans la plupart des tribunaux, et il a réduit le nombre de condamnés à 38. Lors de ces raids, l’Indien Chaska a fait prisonnier une femme blanche, Sarah Wakefield et ses enfants. Ce qui sera rare, par la suite, ce fut la défense par Sarah Wakefield de son ravisseur devant un tribunal militaire : « Chaska m’a défendue, moi et mes enfants. Sans lui j’aurais été tuée. »

Sarah Wakefield savait que Chaska avait été exécuté, en représailles pour son témoignage et en réaction aux rumeurs selon lesquelles elle et Chaska étaient amants. Elle a nié toute relation sexuelle dans le livret qu’elle a publié l’année suivant son exécution, intitulé Six semaines dans les tipis des Sioux . Elle écrira : « Je n’aimais pas cet homme, mais ses actes de bonté. »

Dans ce récit nous avons un exemple de manipulation courante. Elle consiste à justifier une situation (les pendaisons) comme étant la conséquence d’une précédente activité (assassinats de colons blancs) en oubliant la multitude des souffrances infligées précédemment aux Amérindiens. C’est l’abandon d’un principe fondamental de logique : le principe de causalité.

Steve Chawkins, dans le Los Angeles Times du 15 mars 2009 [11], raconte l’histoire d’un élève d’origine Chumash (Les Chumashs disparaîtront suite aux chasses à l’Indien organisées par les colons américains qui s’installent en Californie au XIXe siècle) qui avait demandé à la commission scolaire de supprimer les images guerrières concernant les Amérindiens. C’est une pratique courante dans l’armée US d’utiliser des noms indiens pour leur matériel militaire. Une façon de reconnaître leur bravoure au combat car dans d’autres pays colonisés on effacera jusqu’aux noms de villages autochtones détruits. Par exemple, le CH-47 Chinook est un hélicoptère d’assaut (Les Chinook étaient des Amérindiens vivant sur la côte pacifique nord-ouest de l’Amérique du Nord) et l’AH-64 Apache est un hélicoptère d’attaque. Geronimo, chef de tribu Apache, dont les restes mortels n’ont toujours pas été ramenés sur sa terre natale, les sources de la rivière Gila au Nouveau-Mexique, sera le nom choisi, sous la présidence Obama, pour l’opération d’assassinat de Ben Laden. Bien d’autres noms auraient été préférables.

Il y a aussi des articles abordant le problème de la vente des terres sacrées apaches. Le 29 mai 2015, Lydia Millet dans le NYT appellera même à participer à une manifestation de soutien aux Amérindiens [12] :

« Le gouvernement américain s’apprête à laisser une compagnie minière internationale saccager, au sein d’une forêt nationale, un splendide site naturel sacré depuis des siècles pour le peuple apache. Mais en soutenant les chefs apaches pendant leur rassemblement à Washington cette semaine, nous pouvons bloquer ce projet scandaleux. »

La vente d’objet religieux, réglementée aux USA, est courante en France. Tom Mashberg, le 30 juin 2014, écrira : « Malgré les contestations devant un tribunal, la vente d’objets religieux Hopi se poursuit en France. » [13]

L’ambassade des États-Unis à Paris a passé plusieurs jours la semaine dernière à sensibiliser les responsables français aux fortes émotions qui ont conduit des tribus amérindiennes comme les Hopis et les Navajos à poursuivre les maisons de vente aux enchères parisiennes – sans succès, à maintes reprises – à propos de la vente d’objets sacrés.

Encouragés par une autre grande vente vendredi d’objets religieux amérindiens – la quatrième de ce type en 18 mois – les responsables de l’ambassade ont invité un juge américain, lui-même membre de la tribu Hopi, à expliquer aux responsables gouvernementaux, aux marchands d’art, aux universitaires et aux avocats pourquoi il est insultant et sacrilège de traiter les objets spirituels comme des marchandises.

Deux contestations judiciaires de la vente aux enchères, qui comprenait 29 coiffes spirituelles Hopi et des objets ressemblant à des masques, connus sous le nom de Katsinam, qui sont traités comme des entités vivantes par la tribu (…) Le tribunal français a décidé – comme il l’avait fait en décembre 2012, avril 2013 et décembre 2013 – qu’il n’y avait pas de raison d’arrêter la vente car les objets avaient été acquis légalement par un collectionneur français pendant ses 30 ans de résidence aux États-Unis.

Un responsable culturel Hopi, Thomas Banyacya Jr, a qualifié la décision du tribunal de « triste mais prévisible » . Ce ne sont que des Amérindiens après tout. Il s’est dit encouragé par le large soutien que la cause des Hopis a suscité ces derniers mois. En décembre, par exemple, la fondation Annenberg à Los Angeles a surpris les Hopis – et les commissaires-priseurs – en achetant secrètement 24 Katsinam pour environ 530 000 dollars et en les renvoyant à la tribu…

Gaïa Mugler et Pascale Solana, le 17 janvier 2020, abordent la défense de l’enracinement [14].

Née dans une réserve sioux du Dakota Sud, Madonna Thunder Hawk et sa fille Marcy ont consacré leurs vies à défendre la Terre Mère et les Amérindiens. À 80 ans, Madonna témoigne de la résilience et de la résistance des peuples autochtones :

Pourquoi votre peuple accorde-t-il autant d’importance à la Terre, jusque dans sa spiritualité ?

Marcy – « La seule manière de bien l’expliquer, c’est de dire que notre religion est la Terre. Notre histoire de la Création établit clairement nos liens étroits avec les autres "nations" que sont les animaux, l’eau, la terre… Nos prières sont en lien avec la nature. Nos cérémonies intègrent tout ce qui est vivant, y compris notre nourriture. Et nous appartenons à un territoire dont nous sommes une partie constitutive. Il conditionne notre vie…Nos bisons ont été tués et nous avons été expulsés de nos terres. On ne peut plus vivre comme nos ancêtres !

Beaucoup d’entre nous ne mangent plus de nourriture traditionnelle, ils ne la connaissent pas. Ils s’alimentent mal, sont malades, souffrent de diabète, de maladies du cœur. Les deux tiers vivent sous le seuil de pauvreté. En tant que tribu sous traité, nous recevons notre subsistance du département de l’Agriculture des États-Unis… [Le traité de Fort Laramie en 1868 contraint les tribus signataires à vivre dans des réserves tandis que gouvernement s’engage à ne pas y installer de colons et à fournir nourriture, vêtements…] Les Indiens du Nord vivent une économie de ranch. Pour payer les factures, beaucoup louent leur terre à des éleveurs étrangers qui amènent leurs troupeaux pour une saison avant de les abattre. Cela modifie le paysage car ils viennent par exemple avec leurs graines pour engraisser plus vite les vaches. Les plantes sauvages tels que les buissons d’aronia, toxiques pour le bétail, sont détruites…

Madonna – Nous mangeons de la nourriture de mauvaise qualité, très transformée. Nous n’étions pas des cultivateurs, nos terres n’étaient pas adaptées aux cultures, elles sont désormais dominées par l’élevage. Les produits bio ne sont pas locaux, sauf dans des petits jardins. Leurs prix sont hors de notre portée (…) C’est une énorme menace pour notre eau. C’est une violation de nos traités et par conséquent de la terre, de l’eau, de notre mode de vie (…) Avec l’arrivée de Trump, le projet DAPL (Dakota Access Pipeline) et l’oléoduc Keystone ont été réautorisés. Et maintenant, la construction d’un oléoduc supplémentaire afin de transporter encore plus de cette saleté de pétrole est en cours. Les compagnies d’extraction reviennent toujours (…) Mais à présent, nous attendons l’issue des procédures juridiques. »

Emeline Férard, dans son article publié le 1er février 2019 aborde le problème climatique : « La colonisation des Amériques aurait causé une telle hécatombe qu’elle aurait affecté le climat » [15].

Récemment, Jennifer Szalai, le 24 mars 2020, reviendra sur l’expulsion des Indiens dans les années 1830 [16].

The Associated Press titre le 20 décembre 2015 : « Les tribus amérindiennes approuvent le plan de culture et de vente de marijuana en Oregon » [17].

Les tribus déclarent qu’elles concluront un accord avec les agences de l’État pour s’assurer que les tests et autres réglementations sont conformes à la législation de l’État. Les ventes devraient commencer à l’hiver 2016.

« Notre principal objectif est de créer des emplois dans la réserve et de générer des revenus pour les tribus », a déclaré Don Sampson, de la société de développement économique des tribus. Nous pensons avoir un modèle que les autres tribus suivront dans leurs recherches sur ce commerce et cette industrie. La proposition ne modifie pas la loi tribale qui interdit la possession de marijuana dans la réserve, qui se trouve à environ 90 miles au sud-est de Portland. En novembre 2014, les électeurs de l’Oregon ont approuvé la mesure 91, qui légalise la marijuana à usage récréatif. Mais les ventes légales ne devraient pas commencer avant 2016. De nombreuses tribus se sont opposées à la légalisation et à la vente de marijuana en raison du risque d’aggravation des problèmes d’alcool et de drogue dans les réserves. Certaines tribus ont carrément interdit la marijuana. Mais cette année, au moins une demi-douzaine de tribus ont légalisé la marijuana dans leurs réserves ou ont poursuivi des projets liés à la marijuana.

Dans un des dernier article publié dans le NYT, le 27 novembre 2020 [18], concernant les Amérindiens, Michael Astor le 27 novembre 2020, fait l’éloge de Debra White Plume :

Éminente activiste amérindienne, elle est morte à 66 ans. Elle a affronté les balles de la police, les compagnies d’extraction d’uranium et les projets d’oléoducs en essayant de protéger le mode de vie traditionnel des Oglala Lakota dans le Dakota du Sud. Elle a été l’un des principaux acteurs des manifestations de protestation à Wounded Knee et sur les sites des oléoducs. Peu de choses ont changé. Aujourd’hui, quelque 20 000 Oglala Lakota mènent une existence difficile dans la réserve. Le taux de chômage avoisine les 85 %, l’alcoolisme est endémique, l’espérance de vie est inférieure de 30 ans à la moyenne nationale et les droits des traités sont régulièrement ignorés.

Le cas Abramoff

Dans un article détaillé du Monde du 3 novembre 2006, « Corruption à Washington : le scandale Abramoff » [19], Éric Leser écrit :

« Jack Abramoff personnifie le système de corruption qui s’est développé depuis des années à Washington. En échange de crédits, d’amendements aux lois, de contacts, des élus obtenaient des lobbyistes, pour eux et leurs proches, des avantages de toute nature : voyages, emplois et surtout de généreuses contributions à leurs campagnes électorales. »

Mélangeant tous les genres, utilisant une rhétorique très sophistique, il travaillera aussi bien avec des élus démocrates que républicains. Lors de la « révolution reaganienne », il fondera la Fondation internationale pour la liberté, une organisation anticommuniste, qui s’illustrera en soutenant le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Il commencera en 1995 à représenter de riches tribus amérindiennes inquiètes pour leurs bénéfices dans les jeux de hasard. Il s’est impliqué dans la réserve des Choctaw du Mississippi, une tribu reconnue au niveau fédéral. Il interviendra par la suite pour les Saginaw Chippewa, puis pour une dizaine de tribu. Il fera ainsi échouer un projet de loi du Congrès visant à taxer les casinos amérindiens.

« Celles-ci auraient versé plus de 85 millions de dollars à Abramoff et ses associés qui, non seulement surfacturaient leurs services, mais organisaient parfois des lobbyings contre leurs propres clients pour se rendre encore plus indispensables ! »

Sur cette somme, 4,5 millions de dollars se sont retrouvés dans les poches de près de 200 parlementaires, essentiellement républicains.
Ses interventions n’étaient pas motivées par un sentiment altruiste ni comme réparation de torts subis pendant près de 400 ans. Dans des courriels publiés par la commission sénatoriale des affaires indiennes, Abramoff qualifiera à plusieurs reprises les Amérindiens de « singes », de « troglodytes » et de « crétins ». Jack Abramoff s’activait aussi pour des entreprises cherchant à influencer des parlementaires, pour des gouvernements étrangers voulant obtenir des contacts avec des membres de la Maison-Blanche, voire même le Président.

En janvier 2003, deux sénateurs du Michigan tentent d’obtenir de l’argent fédéral pour la construction d’une école pour la tribu Saginaw Chippewa du Michigan, cliente d’Abramoff et l’une des réserves les plus prospères du pays. Chaque membre de la tribu perçoit 70 000 dollars par an comme part des profits réalisés dans les casinos. Le bureau des affaires indiennes refusera cette aide, considérant que la tribu n’en a pas besoin. Abramoff réussira en passant par un sénateur républicain particulièrement corrompu du Montana qui supervise… le bureau des affaires indiennes. Ce sénateur membre de l’organisation « Citoyens pour la responsabilité et l’éthique » étendra ainsi les principes de contradiction de Big Brother : La liberté, c’est l’esclavage, La guerre, c’est la paix ; et jusqu’à : la corruption, c’est l’éthique. Condamné à six ans de prison, Abramoff, qui a accepté de collaborer avec les enquêtes sur les corruptions de parlementaires, commencera sa peine de prison le 15 novembre 2006. Il n’en fera finalement qu’un peu plus de quatre.

Philippe Gelie, dans un article du Figaro du 22 avril 2006, « La politique gangrenée par les lobbies à Washington » [20], précisera que Jack Abramoff, est accusé d’escroquerie, de conspiration et de transferts frauduleux de capitaux. Il reconnaissait avoir « plumé » six tribus indiennes de la somme faramineuse de 82 millions de dollars, sous prétexte d’influencer le Congrès en faveur des casinos ouverts dans les réserves. D’autres tremblent depuis qu’il a décidé de coopérer à l’enquête. Bob Ney, membre de la chambre de Représentants élu de l’Ohio qui s’était fait remarquer en 2003 en rebaptisant les « french fries » (frites) « liberty fries » à la cantine du Congrès, apparaît dans le dossier Abramoff comme « l’élu n° 1 », menacé d’inculpation pour pots-de-vin.

Dans le Courrier international, du 12 janvier 2006, « Abramoff, l’étoffe des zéros »  [21] :

« Le lobbyiste américain Jack Abramoff est au centre d’un scandale, un de plus, qui éclabousse la majorité républicaine. Pendant des années, Abramoff a arrosé des élus avec les dizaines de millions de dollars versés par diverses tribus indiennes qui le rétribuaient généreusement en échange de services mal rendus. »

Ce journal résumera les contributions américaines à l’histoire des Amérindiens : 1600, la variole ; 1700, le mousquet ; 1800, l’exil dans les réserves ; 1900, les promesses et traités non tenus ; 2000, jusqu’à l’arrivée d’Abramoff.

Adriana Evangelizt, dans un article du 23 août 2005, aborde un aspect de Jack Abramoff ignoré par la presse politiquement correcte : « Abramoff, le truand qui escroque le Indiens pour financer les colons israéliens » [22].

« Un bandit qui a escroqué des indiens pour financer des colons en Palestine. Jack Abramoff, parent avec les Abramoff et producteurs cinématographiques de Golan Globus. Imaginez un peu la connexion… Abramoff est ami de Tom Delay, proche de Sharansky et Netanyahou… ou comment trouver de l’argent et coloniser encore et toujours… nous nous trouvons là en plein cœur d’un nœud inextricable qui ramène toujours au financement des colonies. Et ça va très haut… jusqu’au gouvernement Bush dont on peut se demander s’il est au courant ?

….Le magazine Newsweek a rapporté, que les investigateurs chargés des impôts de charité dont Abramoff est responsable, avaient constaté que de grandes sommes d’argent avaient été dirigées à une colonie israélienne en Cisjordanie sous forme d’équipements paramilitaires pour snipers, des jumelles de vision à nuit, une encre en poudre thermique et d’autres matériels décrits en tant qu’équipement de sécurité. »

Neil A. Lewis donnera le 4 septembre 2008, dans le NYT, quelques détails supplémentaires concernant les escroqueries en liaison avec les casinos amérindiens [23] :

« (…) Les familles et les enfants ont beaucoup souffert à cause de cet homme », a déclaré M. Sprague, en désignant M. Abramoff, déclarant ensuite que M. Abramoff avait laissé une « tache sombre » à travers toute la nation indienne. David Sickey de la tribu Coushatta de Louisiane a déclaré à la cour que M. Abramoff avait exploité le « manque de sophistication de la tribu » (…) « Veuillez donner à Jack Abramoff une peine qui reflète l’énormité de son crime et qui tient compte de son incapacité à rendre l’argent qu’il a volé à notre peuple », a déclaré M. Sickey.

Mark Leibovich parlera lui du comportement exemplaire de M. Abramoff dans le NYT du 23 juin 2010, « Abramoff de la prison à un travail dans une pizzeria » [24] :

« M. Abramoff aurait régulièrement donné des conférences sur la Torah, selon un rapport publié cette semaine dans le Baltimore Jewish Times, citant un ancien détenu. M. Abramoff s’est concentré sur la loi juive et a également donné un cours d’introduction à la prière, selon cette publication. »

Abramoff était sorti de prison en 2010 et avait ensuite été condamné à trois ans de probation.
Il reprendra le lobbying fin 2016 en tentant vainement d’organiser une réunion et un appel téléphonique entre le président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso et le président élu de l’époque Donald Trump.

Le gouvernement américain a déclaré jeudi que le lobbyiste et ancien condamné Jack Abramoff avait accepté de plaider coupable d’avoir violé une loi fédérale sur la divulgation de lobbying dans le cadre d’une présumée offre frauduleuse de la cryptomonnaie AML Bitcoin.

Promesses, promesses… « Le lobbyiste disgracié Jack Abramoff retourne en prison », titre récemment Nathaniel Popper dans un article du NYT du 25 juin 2020 [25].

La reconnaissance de sa culpabilité, sa collaboration avec la justice, ses accords avec les procureurs fédéraux et ses multiples actes de contrition, tout cela n’aura pas empêché la récidive de Jack Abramoff dans la même catégorie : escroquerie.

Les procureurs l’accusent cette fois de conspiration en vue de commettre une fraude électronique liée à la vente frauduleuses et non enregistrée du jeton numérique appelé AML Bitcoin (Anti-Money Laundering Regulation of Cryptocurrency : US). Une lutte contre le blanchiment d’argent, qui prétendait résoudre les problèmes d’anonymat et de blanchiment d’argent dont souffrait le Bitcoin.

Lors d’une conférence de presse à San Francisco, le procureur américain David Anderson a déclaré que M. Abramoff avait accepté de plaider coupable, selon des documents judiciaires, de violation de la loi sur la divulgation des activités de lobbying et de conspiration criminelle concernant le travail secret et hypocrite qu’il a effectué au nom de projets de crypto-crédit et de marijuana. Il risque jusqu’à cinq ans de prison.

Le lobbyiste condamné pour fraude, dont la corruption est devenue un symbole des excès du trafic d’influence de Washington, va en effet retourner en prison pour avoir violé la loi qui a été modifiée en réponse à ses crimes antérieurs, ont déclaré jeudi les responsables de l’application des lois. Les procureurs ont déclaré que M. Abramoff, 62 ans, est la première personne accusée d’avoir bafoué la loi sur la divulgation des activités de lobbying. Cette loi avait été modifiée en 2007 après la révélation des détails concernant ses anciennes activités avec les Amérindiens, l’un des plus grands scandales de corruption des temps modernes.

Les procureurs de San Francisco ont déclaré qu’en 2017, M. Abramoff avait rencontré des membres du Congrès – au nom de l’industrie de la marijuana sans s’enregistrer comme lobbyiste.

« Abramoff était conscient de l’obligation de s’enregistrer en tant que lobbyiste en partie parce que le Congrès a modifié les dispositions du Lobbying Disclosure Act en 2007 en réaction à la conduite passée de M. Abramoff en tant que lobbyiste », selon les documents du tribunal.
Les accusations portées contre M. Abramoff sont passibles d’une peine maximale de cinq ans.

M. Abramoff a également été inculpé pour son implication dans le projet AML BitCoin, (Anti-Money Laundering).
Les documents juridiques indiquent que M. Abramoff a travaillé en coulisses avec M. Andrade pour commercialiser les pièces AML BitCoin auprès d’investisseurs potentiels avec une série de fausses déclarations (…) Les procureurs ont déclaré que M. Abramoff avait fait la promotion de ces affirmations, qu’il savait fausses, lors de réunions avec des investisseurs et dans des articles qu’il avait écrits et fait publier. Le projet a finalement recueilli 5,6 millions de dollars auprès des investisseurs, dont une partie a été réorientée pour un usage personnel, ont déclaré les fonctionnaires. (…) Les accusations criminelles annoncées par les procureurs fédéraux de San Francisco marquent un tournant malheureux pour M. Abramoff.

M. Abramoff avait déclaré publiquement qu’il s’était réhabilité lors de sa sortie de prison en 2010 après avoir purgé près de quatre ans pour diverses accusations liées à un lobbying corrompu au sein d’un conglomérat qui a escroqué des millions de dollars aux tribus indiennes et a utilisé une grande partie de cet argent pour tenter de gagner la faveur des législateurs.

Mais en 2017, il a attiré l’attention lorsqu’il a annoncé qu’il participerait à une émission de télévision, Capital Makeover : Bitcoin Brigade, dans laquelle il servirait de tuteur et de guide pour le projet BitCoin de l’AML.

« Quand on m’a approché, je ne savais pas distinguer un bitcoin d’un filet de bœuf, a-t-il pourtant déclaré à l’époque. Je me suis engagé à faire tout ce que je pouvais pour aider – à part faire pression moi-même sur le Congrès. »

On pourra lire sur le même sujet : « Le lobbyiste Jack Abramoff plaidera coupable dans une affaire de fraude par crypto-monnaie. » [26]. Ainsi que l’article de Joel Rosenblatt du 25 juillet 2020 [27].

J.-C. Manifacier, Montpellier, le 17 janvier 2021

 

Comprendre l’histoire des Indiens du Proche-Orient

 

La destinée manifeste du peuple élu

 






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  • #3516357
    Le 5 avril à 15:19 par guibus
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    1. Les amérindiens, dans leurs prophéties, savaient qu’ils allaient être envahis et dominés par des étrangers venus de la mer et de peau blanche. ex : Les Hopis

    2. Les amérindiens de culture aztèques se sont convertis volontairement au Christ suite au miracle de la vierge de Guadalupe. 20 ans après le miracle, que l’on peut toujours voir et qui est d’ailleurs le plus grand pélerinage au monde, plus de 90% des aztèques étaient devenus volontairement chrétiens. La raison : ils croyaient à la vierge à l’Enfant, tout comme les gaulois du 1er siècle av JC.

    3. Les chrétiens ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour protéger les amérindiens de l’esclavage des "colons européens" qui étaient surtout des juifs qui avaient été forcés d’éligrer suite aux évictions forcées de 1492 en Espagne et de 1496 au Portugal, suite à la libération de la péninsule ibérique des judéo-musulmans. Dès 1517, au concile de Latran, la papauté a décidé de considérer les amérindiens cmme créatures de Dieu au même titre que les Européens, ce qui a entrainé qu’ils ne pouvaient pas être mis en esclavage et par la même occasion la traite transatlantique.
    Au Etats Unis d’Amérique, avant l’abolition de l’esclavage, 6 Etats représentaient plus de 95% des esclaves, de nombreux états n’en ayant jamais eu un seul (ce qui n’a pas enpêché les hystériques de Black Lives Matter and co de déboulonner tout ce qu’ils pouvaient). Les ’propriétaires’ d’esclavages étaient presque tous juifs : seulement 0.5% de la population "blanche" avait des esclaves, par contre 43% des juifs en avaient. Les pays/royaumes européens avaient interdit l’esclavage sur leur propre sol, afin de protéger les populations chrétiennes de l’esclavage pratiqué par les juifs (1315 en France par Louis X) ce qui a entraîné le commerce triangulaire, les esclaves ne passant jamais par l’Europe les populations n’étaient pas au courant du phénomène (pas d’internet pour être au courant comme aujourd’hui). Dans 97% des cas, les esclaves avaient été capturés par leurs propres congénères, africains, et vendus sur la côté atlantique aux européens et aux bâteaux afrétés par les juifs esclavagistes afin de leur faire traverser l’océan et être vendus à d’autre juifs sur le sol d’Amérique. On peut citer le royaume du Dahomey ou du Bénin, qui a pendant 3 siècles fait d’immenses fortunes en vendant d’autres noirs africains sur la côte. De l’autre côté du Sahara, Alger était le plus grand marché aux esclaves de tout l’ouest de la Méditerranée.

     

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  • #3516359
    Le 5 avril à 15:26 par сельачка буна
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Excellent livre, je confirme. Je ne sais pas quel est l’imbécile qui l’a mis dans une boîte à livres. Il a fait mon bonheur et n’est pas prêt de quitter ma bibliothèque.
    A ce sujet, je comparais un jour la conquête de l’Ouest à celle de l’Est après un "cassage de tête" par un fanatique des Usa. Il est reparti quelque peu sonné par les arguments. Les Cosaques n’étaient certes pas des enfants de chœur, mais ils n’ont pas tout éradiqué comme les Anglo-Saxons.
    A cette occasion, je vous recommande le livre de Bréhèret "Les Cosaques" dans la même collection que les Samouraï coécrit par ce dernier auteur et Jean Mabire.

     

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  • #3516367
    Le 5 avril à 15:45 par Sturmgewehr-Kalachnokova
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Tout à fait exact, alors pourquoi soutenir Trump. En quoi Trump est différent des autres présidents américains ? Il menace l’Iran. Titille la Chine. Commence à se braquer Poutine. Détruit la Syrie, la Palestine, le Liban. Donner les moyens à Israël d’envahir le Moyen-Orient. ll veut s’accaparer le Groenland. Américaniser le Canada. Rebaptiser une mer. Et il a lancé une guerre commerciale tous azimuts.

     

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  • #3516377
    Le 5 avril à 16:20 par pecos
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    État de droit en France
    Et la certitude de leur supériorité morale.
    (Les premiers colons arrivèrent avec Christophe Colomb, dépositaires d’une civilisation techniquement et surtout militairement plus « avancée ». Ils y ajoutèrent rapidement, au contact du bon sauvage, la certitude de leur supériorité morale. Comme le dit Dee Brown, p. 24 : « Il fallait contraindre les habitants autochtones à travailler, semer et faire tout ce qu’il est nécessaire de faire afin d’adopter nos mœurs. Ainsi au cours de quatre siècles (1492-1890), des millions d’Européens et leurs descendants entreprirent de faire adopter leurs propres mœurs aux peuples du Nouveau Monde. »)
    Même spectacles.

     

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  • #3516379
    Le 5 avril à 16:30 par Le cherusque farceur
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Nous sommes les aborigènes européens et nauzélites ressemblent en tout point à celles des USA, nous sommes anesthésies par le chichon, la binouze, le porno et Hranouna, la liberté d’expression s’impose à tous sauf à nouzautres, nos terres sont vendues aux promoteurs immobiliers, ou sinon elles sont tout bonnement préhemptées, nos rivages sont colonisés par des retraités avides d’iode et/ou de soleil ou bien, ils sont envahis d’abrutis pour qui, venir en bagnole pour marcher 5km est moralement supérieur au fait de marcher tous les jours 30mn pour aller puis revenir de l’atelier
    Ne parlons pas des colons, de leurs coutumes qui nous revulsent et dont vous avez parlé dans l’article précédent (traitant des féministes et de la hauteur de laquelle elles tomberont), de leur violence innée, de leur avidité, de leurs mentors, aussi vindicatifs que sous influence estrangère
    Bref, nous sommes les aborigènes d’Europe, et, pour l’immense majorité d’entre nous, nous n’avons aucun ascendant qui a pillé, colonisé, ou financé la traite transatlantique, la colonisation due à la république, colonisation vue comme un dérivatif aux troubles européens du 19eme

     

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  • #3516384
    Le 5 avril à 16:45 par Gerbert d’Aurillac
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Petites remarques...

    Il y a des choses intéressantes dans cet article, mais aussi des choses discutables.

    Le titre lui-même est tout simplement absurde. Presque tous les continents ont connu des substitutions de peuples, des refoulements complets, des exterminations massives parfois tempérées par des mélanges plus ou moins forcés. Pour prendre un exemple peu connu, tout le « Turkestan » a été entièrement européen pendant quelques millénaires, jusque dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, et il est aujourd’hui turcophone et mongoloïde. Comment le gros de l’Afrique australe est-il devenu bantou ? Comment le Sud de la Chine est-il devenu chinois ? Comment la Turquie est-elle devenue turque et le gros du monde arabe arabe ? Si dans ces derniers cas les choses n’ont pas été aussi radicales que dans celui de l’Amérique anglo-saxonne, c’est peut-être surtout parce que la différence des peuples mis en contact n’était pas aussi grande que là-bas.

    L’auteur laisse entendre que ceux qui voyaient les Indiens comme des bons sauvages les méprisaient. Ben, non : il y avait ceux qui les considéraient comme des bons sauvages (Montaigne, par exemple) et ceux qui les méprisaient. Ce n’était pas les mêmes.

    Les Anglo-Saxons n’ont jamais réduit en esclavage des Indiens d’Amérique. Ça, c’est les Espagnols… Mais l’auteur a visiblement une dent contre les Anglo-
    saxons.

    Il y a aussi des petites bourdes. L’épisode des couvertures infectées prend place pendant la « campagne du Nord-Ouest » qui a lieu pendant la guerre d’Indépendance. Elle est le fait de l’armée du Congrès continental, non celui de l’armée anglaise. Le territoire concerné (la partie de l’ancienne Louisiane qui n’avait pas été cédée à l’Espagne en 1763) faisait partie, au grand dam des colons, de la réserve indienne, laquelle n’a été ouverte à la colonisation que par les nouvelles autorités américaines.

     

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  • #3516388
    Le 5 avril à 16:55 par pecos
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Amérindiens : les premiers Palestiniens
    Non juifs Anasazis.
    L’Islam est plus tardif , mais de mêmes sources.

    - (une présence amérindienne, vieille de près de 20 000 ans)
    entre 26000 ans et 28500 ans pour parler de l’homme d’aujourd’hui.

    Les tribues mexicaines étaient un mélange de tribu es disséminées pratiquement sur un bon tiers des USA actuel.
    , le Mexique et le sud du continent.
    Nomades , sédentaires , ect ... très bien structurés avec leur environnement.
    Avec des villes de partout et une cogérance fraternel et très peuplé.
    Le progressisme comme un bien être cosmique est un désastre comme dieu unique.
    D’où la conquistador est un désastre .
    Faut bien comprendre les flux s’échanger entre peuples de l’époque entre sédentaires et nomades.
    Et l’échange des cultures et des langages.
    L Etrusque , le Grecs et le Latin.
    Ils se sont bien mélanger avant le christianisme.
    Avec Trump , il change la carte des flux financiers,
    c’est audacieux .

     

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  • #3516389
    Le 5 avril à 16:57 par Gerbert d’Aurillac
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Autres petites remarques...

    Que l’auteur puisse parler de « premiers recensements » de la population de l’Amérique du Nord à propos de l’année 1519, voilà qui surprend ! Même s’il ne s’agit que d’une maladresse de langage, celle-ci est un peu grosse. Des estimations faites après plusieurs siècles, c’est tout de même autre chose qu’une série de « premiers recensements » !

    La bonne volonté de M. Manifacier n’est pas en cause. Mais il donne l’impression d’être sous le choc de la découverte qu’il viendrait de faire du sujet. D’ailleurs, il nous parle du livre de Dee Brown comme il parlerait d’un ouvrage unique sur le sujet... C’est peut-être le seul qu’il ait lu, en effet. Il est trop dans l’indignation adolescente, la colère, et surtout le manque de recul, pour résumer d’une façon éclairante une affaire telle que le rouleau compresseur européen dans l’Amérique du Nord.

    J’ai finalement arrêté de lire…

     

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  • #3516396
    Le 5 avril à 17:14 par Rectificateur
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    La prochaine fois, ils choisirons les français...

    Les palestiniens ont formé des mafias qui règnent par la terreur sur les réserves ?

     

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  • #3516406
    Le 5 avril à 18:34 par Alain34
    Amérindiens : les premiers Palestiniens

    Une remarque concernant le non respect par l’Amérique et les Américains de la parole donnée et des traités signés avec les Amérindiens au début de l’article.
    C’est encore vrai aujourd’hui avec le traité signé par les États-Unis concernant le nucléaire Iranien et remis en cause par Donald Trump . La ruse la barbarie et le mensonge ,une constante chez les états uniens qui a la base viennent d’Europe et d’Afrique et ou prédomine
    L’esprit protestant et l’esprit dont on n’a pas le droit de citer.
    Mais bien sûr, c’est un hasard et les complots n’existent pas.

     

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