La France va-t-elle bâcler le centenaire de la Grande Guerre ?
4 janvier 2013 12:29, par MG 42
A quatre heures du matin, je ramenais ces garçons dans nos lignes, et je portais sur mes épaules un de ces gamins de dix-huit ans, qui avait eu les deux genoux brisés par une charge de mitraillette. En voyant son sang qui coulait sur mon uniforme blanc d’hiver, je pensais au réveillon de Nouvel An. Quatre heures du matin ! Il devait y avoir partout dans l’univers de ces fastes monstrueux de ceux qui avaient pu manger, avec ces cris stridents des femmes faciles, il y avait tout ce vieux monde qui se gobergeait, cependant que nous autres, la jeunesse d’Europe, nous étions là avec nos morts, nos blessés, nos souffrances. Croyez-vous qu’à ces heures-là, nous ne faisions pas le serment de bâtir un jour un monde propre et juste ?
Depuis des années, des centaines de milliers de jeunes hommes font cet immense sacrifice de leur jeunesse, de leurs aises, de toutes leurs espérances. Quel plus grand sacrifice peut-on consentir à sa foi, que de vivre dans ces paysages mouillés, ou devant ces neiges qui sifflent, que de ne jamais rien voir de beau, ni une cathédrale qui chante dans le ciel, ni un visage qui sourit ; ne jamais respirer dans la douceur de nos cieux, et savoir que la mort nous guette sans cesse ? Croyez-vous que nous aurions souffert tout cela pour que les mêmes dizaines de magnats exploitent des millions de travailleurs, pour que la jeunesse ne puisse ni respirer, ni vivre ?
En ce moment même, que se passe-t-il encore ? Que l’on regarde Paris, ou Bruxelles, on trouve en banlieue le même peuple humilié, avec des salaires de famine, avec un ravitaillement de lépreux. On arrive sur les boulevards et on trouve ces gros pachas insolents, lardés de beefsteack et de billets de mille, et qui vous disent « C’est pratique la guerre : avant la guerre on gagnait, pendant la guerre on gagne, après la guerre on gagnera ». Ah ça, qu’ils y comptent à la fin, ils gagneront nos décharges de mitraillette, ils gagneront la corde des pendus !