Se plonger dans Les Plaisirs du journalisme, ce livre cosigné par l’ancien rédacteur en chef du Canard enchaîné Claude Angeli et Pierre-Édouard Deldique, de RFI, c’est passer en revue plus de cinquante ans d’Histoire de France vus à travers le prisme des « affaires ».
On y voit défiler un invraisemblable cortège de malversations, combines et autres magouilles à la française révélées par l’hebdomadaire satirique, de de Gaulle à Hollande ; un florilège dont la vie politique de notre pays – et, par extension, le mode de pensée de sa population qui, finalement, s’en accomode – ne sortent pas grandis.
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« Les gouvernants se considèrent souvent comme intouchables », regrettent les auteurs en préambule et l’on se dit qu’ils n’ont pas tout à fait tort puisque la justice française, particulièrement docile et frileuse à quelques exceptions près, se montre la plupart du temps d’une indulgence anormale et d’une lenteur inconcevable pour châtier les fautifs et leurs subalternes.
L’illusion du quatrième pouvoir
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« En France, le droit d’étouffer les affaires politiques devrait être inscrit dans le Code pénal, ce serait plus honnête », ironise Claude Angeli qui balaie d’un revers de plume le concept totalement erroné de « quatrième pouvoir » attribué à la presse « par tradition ou par paresse intellectuelle », juge-t-il.
Les Plaisirs du Journalisme nous apprend aussi, ce que l’on ne sait pas forcément, que c’est à partir du début des années 1970 – date qui coïncide avec l’arrivée de Claude Angeli – que l’hebdomadaire satirique fondé en 1915 s’est véritablement lancé dans le journalisme d’investigation, pratique rendue possible par des finances saines qui lui ont permis, et lui permettent encore, de consacrer plusieurs mois à enquêter sur une affaire lorsque c’est nécessaire. Jusqu’alors, le Canard était surtout alimenté par des informateurs issus le plus souvent des arcanes du pouvoir, des administrations et du secteur privé, ce qui continue d’être le cas, évidemment.