Cher Alain Soral,
Vos échanges avec Eric Zemmour s’inscrivent dans la grande tradition épistolaire française qui voulait que la rencontre des grands esprits se fasse par le truchement de la plume. Il nous en est resté une abondante correspondance où l’orfèvrerie du verbe et la fulgurance de l’idée s’entrechoquaient dans un jeu dialectique sans concession duquel émergeait la Vérité.
Il est à craindre que votre conception aristocratique de la correspondance virtuelle ne soit pas partagée par celui qui, derrière des accents de patriotisme empruntés et compassés, n’a qu’une idée en tête : voler l’idée qui sort de votre tête. Il s’est impunément approprié votre fil directeur idéologique sur la féminisation, tout comme il a "emprunté" à Jean-Marie Le Pen l’ensemble de son discours anti-immigrationniste.
Puisqu’il est évident et incontestable que Zemmour est un copiste ingrat et que vous êtes le théoricien empirique des phénomènes sociaux et des accidents sociétaux contemporains, il n’a rien à vous apprendre mais tout à vous prendre.
Par conséquent, je suis d’avis que vous devez cesser de remplir la besace énergétique et idéologique de cet épigone aussi ingrat qu’opportuniste. La joute intellectuelle n’a d’intérêt que face à un adversaire qui accepte sportivement et de bonne foi de se convertir à l’opinion du meilleur. Face à un ennemi qui use de stratégies d’évitement éculées par souci d’allégeance communautaire, l’échange devient asymétrique. Le stylet et la couscoussière n’ont rien à faire dans la même pièce.
Vous êtes un pugiliste verbal animé par une urgence de Vérité ; il est un débatteur motivé par la soif de rejouer ici un contentieux avec les Arabes impossible à solder là-bas. Je vous trouve par trop gentil(homme) de correspondre avec Zemmour : son obsession est L’Islam ; votre horizon est la France.