Clefs de lecture #2 – Questions/Réponses autour du Traité de l’amour fou de Michel Clouscard
29 août 2018 13:51, par Thurar
Ca c’est sûr, avoir beaucoup de capital ça donne accès à beaucoup d’amour au sens Eros. C’est-à-dire le sexe, la passion amoureuse... l’amour est toujours tarifé, ça personne n’y coupe. Michel Clouscard démontre que l’amour-fou (l’amour « substance », sentimental) et l’idéologie libertaire (le sexe sans entraves, etc. ) sont les deux faces complémentaires de l’idéologie bourgeoise. L’auteur s’appuie sur le mythe de Tristan et Yseult justement pour dépasser cette contradiction : par exemple, dans un passage les deux amoureux fuient dans la forêt pour vivre « d’amour et d’eau fraîche », comme on dit. Mais bien sûr, comme c’est quasi-impossible (et qu’en plus ils s’ennuient ferme tout seuls dans les bois), ils finissent par revenir discrètement à la civilisation. C’est quand ils abandonnent leurs petites illusions et qu’ils acceptent la réalité qu’ils accèdent enfin à l’amour universel, la charité (le livre utilise également le terme Agapè). C’est la conscience du réel et de la nécessité qui permet d’aimer les autres : en effet puisque tout le monde est soumis aux mêmes nécessités, on peut s’identifier aux autres et les considérer comme ses semblables.
L’amour-fou n’est donc pas un « opium », et surtout très loin de la mièvrerie romantique qu’on nous vend sans cesse. Selon l’auteur, le mythe de Tristan et Yseult préfigure la société sans classes. Celle-ci est rien de moins que la réalisation concrète d’Agapè, la charité chrétienne : Il s’agit de rétablir l’équilibre capital/travail : consommation et production. Si tout le monde assume le « principe de réalité » et sa part de travail productif, cela permettra du même coup la reconnaissance intersubjective (les deux sont liés).