Ce pays, l’Amérique, n’est pas un pays comme un autre, il est double et il a secrété son double par le truchement du cinéma, c’est-à-dire de l’illusion. Les westerns de John Ford, le souffle immense, épique qui vient des grandes plaines de l’ouest, la poésie des pionniers faisant chauffer leur café entre deux pierres, protégés par le cercle des caravanes, enfin toute la naïve mythologie d’un peuple enfant nous abuse : nous avons tous étés abusés par les "séries" de notre enfance, par cette vision fraîche et neuve, brutale mais joyeuse que nous renvoyait l’Amérique d’elle-même par le canal d’Hollywood. Mais, l’illusion s’est assez vite dissipée en ce qui me concerne, et par des lectures, celle de Vladimir Pozner, entre autre, lequel il est vrai, donnait pour contre-modèle à l’Amérique exploiteuse qu’il dénonçait, la Russie communiste du camarade Staline... Quoi qu’il en soit, lorsque vous retirez le masque de John Wayne à l’Amérique de votre enfance, apparaît le visage beau, mais sombre, de Ted Bundy. Je ne sais pas si des camarades d’E&R ont la même sensation que moi, toute subjective, mais quand je vois un paysage américain, une rue américaine, une maison coloniale américaine se dressant sous le bleu pur du ciel, je suis saisi par une impression de malaise. Une atmosphère macabre règne dans ces chromos, une absence d’âme, je ne sais. Alors, qu’un politicien américain s’amuse à faire griller des tranches de bacon sur le canon de sa sulfateuse ne me surprend pas plus, venant de cet aimable région du monde, que les concours du plus gros mangeur de hamburgers ou les tueries de masses dans les collèges.