Entretien assez intéressant. Deux bémols, néanmoins.
1) Pagani envoit bien trop vite Deleuze, Guattari et Foucault dans les poubelles de l’histoire de la philosophie. Les deux premiers ont reconnu que Anti-Oedipe n’était pas une réponse adéquate à la mutation du capitalisme, chose qui sera réparée avec Mille Plateaux quelques années plus tard.
Quant à Foucault, Pagani semble totalement faire l’impasse sur ses derniers cours/travaux sur Les sociétés de contrôle et son travaille politique avec La pensée du dehors dont Deleuze se chargera de rendre compte après la mort de son ami, en 1986 dans son livre Foucault.
Or ces travaux s’opposent directement à ceux de L’école de Francfort et complètent parfaitement, via des concepts (savoir-pouvoir, discours/visibilité, diagramme, subjectivation..), les divers travaux publiés sur ce thème encore nouveau qu’est l’ingénierie sociale (La fabrication du consentement, Gouverner par le chaos, etc).
Si Clouscard a vu avant tout le monde le tournant libéral-libertaire, c’est bien Foucault qui analyse puis théorise ce que devra être la critique politique civile dans nos sociétés (post) modernes.
2) Ce n’est pas Spinoza qui dit "la liberté est l’intellection de la nécessité". C’est Engels en parlant de Hegel.
"Hegel a été le premier à représenter exactement le rapport de la liberté et de la nécessité. Pour lui, la liberté est l’intellection de la nécessité" - Engels
Spinoza dit ceci : "Les hommes se trompent en ce qu’ils pensent être libres, et cette opinion consiste en cela seul qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés."
Voila pourquoi Frédéric Lordon se réclame aussi de Deleuze et Foucault lorsqu’il cite Spinoza. Car cette phrase fait figure de point de départ à La pensée du dehors ET appuie sérieusement les recherches, parfois moquées, sur ce qu’est l’ingénierie sociale ( voir : Edward Bernays, Kurt Lewin, Walter Lippmann).