Pas grand-chose à tirer de ces chiffres, sinon le constat que les Français sont incohérents et idéologiquement confus. D’un côté, on ne veut soi-disant plus de l’Europe, mais de l’autre on vote en rangs serrés pour le système à chaque élection décisive et on veut conserver l’euro à tout prix. D’un côté, j’aime pas les désavantages de la mondialisation libérale, le chômage, la pollution, mais de l’autre je veux garder ce qui m’arrange, voyages pas cher, gadgets fabriqués par de la main d’oeuvre esclavagisée, consommation, etc.
Je m’en rends compte à chaque réunion de famille, on veut bien critiquer le système en termes par ailleurs très abstraits, ronchonner un peu sur le chômage, le "capitalisme" ou la perte de la qualité de vie et la destruction de l’environnement, mais dès lors que tu prônes certaines alternatives concrètes telles que la décroissance, le contrôle des flux migratoires, le protectionnisme, la sortie de l’euro voire de l’Europe telle qu’elle est construite depuis 40 ans, là tu vois les visages s’effaroucher et les esprits policés défendre le système, l’ouverture des frontières, la propagande des médias, et, bien entendu, appeler à la prudence contre toutes "dérives extrémistes", trois petits points...
Ces enquêtes ne sont pas significatives, du moins en termes d’analyse politique ou de positionnement idéologique.
De là la profonde perversité de la démocratie sondagière, qui permet de "purger" artificiellement, à coups de sondages bidons et autres enquêtes manipulées, le mécontentement de la population qui tendrait normalement à s’exprimer par le vote. Si un référendum était tenu demain sur l’Europe, il n’y aurait pas 65% de NON, mais de 50 à 55%. Les sondages, ou plutôt les commentaires des sondages, permettent de rappeler périodiquement aux gens les valeurs consensuelles auxquelles ils sont censés adhérer.